‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 168 sur 189 · THÉORIE DE LA VERTU · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA VERTU

dans lotîtes choses \e juste milieu1 : « Comme parmi les vices 1rs uns dépassent la mesure, que les autres restent au-dessous, la vertu consiste à trouver un milieu pour les actions et les sentiments. » De là résulte cette maxime célèbre : La verlu est un milieu entre </• ue extrêmes. Elle a pour fondement la définition qu'Aristote donne de la prudence. «Ce qui caractérise l'homme prudent , c'est la faculté de délibérer avec succès sur les choses qui lui sont bonnes et avantageuses, non pas sous quelques rapports particuliers, comme celui de la santé ou de la force, mais (pii peuvent contribuer en général au bonheur de sa vie. » -- La maxime du juste milieu revient donc à chercher le convcnable en tout d'après les données de l'expérience et de la raison. Elle a ainsi un sens clair et précis. Elle ne définit pas le bien; elle donne seulement une règle pratique qui est utile pour la conduite ordinaire de la vie : p. ex., l'économie est un juste milieu entre la prodigalité et l'avarice. Aussi a-t-elle été souvent citée et commentée par les moralistes. On peut seulement lui reprocher de ne pas s'appliquer aux actes et aux sentiments les plus élevés, à l'héroïsme, au dévouement, etc. Au reste, Aristotc le reconnaît lui-même en subordonnant la prudence à la sagesse, qui consiste dans Y action delà pensée et qui ne se trouve entière et parfaite qu'en Dieu, comme la félicité suprême.

Lire Janet, Élém. de morale, ch. VII, § 3 ; Charles, Lect. de

pfe'i.,11, P- 264.

Remarque. La maxime d'Aristote a pour antécédent celle de Pittacus, un des sept sages : Rien de trop {Ne quel nimis) :

De tous les animaux, l'homme a le plus de pente A se porter dedans l'excès....

Rien de trop est un point Dont on parle sans cesse et qu'on n'observe peint. (Lafostaink, IX, Xi).

1. Virtns est médium vitiorum et utrinque reductum. E^ modas in rébus, sunt certi denique fines, Quos ultra citraque nequit consistere rectum. Dum vitant stulti vitia, in contraria carrant. Insani sapiens nomen ferat, œquus iniqui, Ultra quam satis est, virtutem si petat ipsam. Horace. Non plus sapere quam oportet sapere , sed sapere ad sobrietatem. (S. Paul, Ep. ad Romnnos, xn, 3.)

La parfaite vertu fuit toute extrémité Et veut que l'on soit sage avec sobriété.

(Molière, Misanthrope, I, i.)

27 i MORALE.

283. Expliquer et apprécier ces vers d'Ovide (Métamorphoses, VII, 19) : « Video meliora provoque, Détériora sequor. » (27 août 1867.)

Plan. Tantôt notre devoir est d'accord avec nos penchants. Tantôt notre devoir est en coniradiciion avec eux. Dans ce cas, l'homme se trouve placé entre la passion qui l'entraîne par l'attrait du plaisir, et la raison qui lui ordonne d'accomplir le hien en soi, que ce hut lui plaise ou ne lui plaise pas. Cette lutte a été souvent décrite par les moralistes. On cite surtout à ce sujet les vers où Ovide nous représente Médéc dé* libérant si elle cédera à l'entraînement de l'amour ou si elle écoutera la voix de la raison :

Sed trahit invitant nova vis; aliudque cupido,

Mensque aliud suadet.

La passion l'emporte. Ici le poêle nous indique une grande vérité : il ne suffit pas de voir le bien et de l'approuver, il faut encore avoir la force de volonté nécessaire pour l'accomplir; si, dès l'origine, l'on n'oppose pas à la passion une résistance énergique1, on se laisse entraîner à faire le mal avec connaissance de cause :

Video meliora proboque, Détériora sequor2.

Molière dit aussi dans le Misanthrope (I, i.) :

Il est vrai : ma raison me le dit chaque jour; Mais la raison n'est pas ce qui guide l'amour.

La conclusion de cette discussion, c'est que, pour triompher, dans la lutte de la passion et du devoir, pour gouverner ses penchants et être maître de soi, il faut joindre à la connaissance du devoir la force morale, la volonté soutenue par l'amour du bien 'cf. 278, 2S4 :i.

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