SANCTION DE LA LOI MORALE. BONHEUR
responsabilité civile, qui a beaucoup d'applications dans le Droit naturel et le Droit positif.
Lire Janet, Élcm. de morale, cil. VIII, § 3.
Sanction de la loi morale. Bonheur.
289. Sanctions de la loi morale. Les énumérer, les définir, et donner des exemples. (1er août 1870.)
290. Des peines et des récompenses ; leurs différentes espèces. (5 novembre 1808.)
Dissertation. Les idées rationnelles qui forment les fondemonts de la morale se rapportent à trois principales; ce sont le but ou le bien en soi, la règle ou la loi, la conséquence ou la sanction. Ces trois idées sont étroitement liées entre elles : . 1° le bien en soi est pour l'homme le développement de son essence (cf. 254); 2° la loi est l'obligation morale d'accomplir volontairement le bien pour le bien (cf. 255); 3° la sanction est l'ensemble des récompenses et des peines qui sont les conséquences de l'observation et de la violation de la loi : car la récompense (qu'il ne. faut pas confondre avec le salaire et avec la faveur) est le plaisir attaché à une action moralement bonne, et la peine, une douleur infligée à une action moralement mauvaise.
Pour résoudre les questions auxquelles donne lieu la sanction, il faut distinguer la sanction légale et la sanction morale. La sanction légale est établie pour rendre la loi cflicace. Comme l'homme peut être tenté par son intérêt particulier de violer la loi établie dans l'intérêt général, la sanction légale l'excite à obéir par la promesse de quelque récompense, ou le détourne de lui désobéir par la menace de quelque peine. Kilo est donc un moyen; elle ne, considère que Y effet matériel. Il n'en est pas de même de la sanction morale. La loi morale doit être accomplie par respect pour la loi, quelles qu'en soient les conséquences. Elle ordonne d'accomplir volontairement le bien pour le bien; elle exige avant tout Y intention ci constitue ainsi un motif qui est entièrement désintéressé. Il eu résulte que la sanction morale ne peut être un moyen qui assure l'exécution de la loi par une promesse ou une menace : car elle ôlerait ainsi à l'obéissance de l'agent le caractère de désintéressement qui fait son mérite. Elle ne peut donc être qu'une conséquence dont notre raison conçoit la nécessité en vertu de
ces deux principes : 1° Quiconque fait le bien^ mérite, et quiconque fait le mal, démérite. 2° Quiconque mérite doit être récompensé, et quiconque démérite doit être puni. C'est ainsi que nous arrivons à l'idée de la justice dis tribu tive, qui consiste à traiter chacun selon son mérite, par conséquent, à proportionner la récompense ou la peine à la bonté ou à la méchanceté de l'action. Nous admettons donc que la vertu est digne de bonheur et que le vice est digne de châtiment. Enfin, comme nous voyons que la sanction légale n'existe qu'à la condition qu'une puissance soit chargée de l'exécuter, nous concevons que la sanction morale ne peut exister qu'autant qu'il existe un Être parfait qui, étant souverain législateur et souverain juge, réalise l'harmonie nécessaire entre la vertu et le bonheur. Examinons si la vie terrestre offre les conditions de sa réalisation. Pour le reconnaître, il faut passer en revue les diverses espèces de peines et de récompenses qui constituent autant de sanctions : 1° la sanction morale, c'est-à-dire le remords et la satisfaction de la conscience-, 2° la sanction noiurclle, c'est-à-dire les conséquences naturelles de nos actions (p. ex., la sobriété entretient la santé); 3° la sanction sociale, c'est-à-dire l'estime et le mépris de nos semblables; 4° la sanction légale, c'est-à-dire les peines et les récompenses instituées par le législateur en vue de l'observation des lois positives. — Le remords et la satisfaction de la conscience remplissent seuls les conditions nécessaires à la vraie sanction de la loi morale : ils constituent des peines et des récompenses qui ont leur cause en nous-mêmes, qui résultent de la violation ou de l'observation de la loi morale. Cependant ils ne réalisent pas l'harmonie nécessaire entre la vertu et le bonheur. En effet, le bonheur consiste dans un état durable et constant, dans un contentement calme et doux, dont on a pleinement conscience, dans lequel on se complaît, où l'on trouve sans cesse de nouvelles jouissances. Or la vertu ne suffit pas pour l'assurer sur la terre. Si l'on écarte les plaisirs qui ne dépendent pas directement de la vertu, la satisfaction des besoins du corps et la satisfaction des inclinations propres à l'âme comme la curiosité, l'ambition, la sympathie, on voit, que la vertu, étant une habitude, augmente la force de la volonté et l'amour du bien, adoucit ainsi ce que la pratique du devoir offre do pénible à l'origine. par suite, y fait trouver des jouissances de plus en plus vives et durables. Cependant l'excès des maux qui dépendent de causes extérieures peut accabler l'homme de douleurs qui