PREUVES DE L'IMMORTALITÉ DE L'AME
Immortalité de l'âme.
310. Exposer les preuves de l'immortalité de rame. (21 octobre 1874.)
Plan. On entend par immortalité de l'âme la persistance de fexistence personnelle de l'àme après la mort avec la conscience d'elle-même, avec le souvenir qui relie la vie fulure à la vie passée, et avec la responsabilité qui en est la conséquence Sa démonstration comprend trois arguments.
^o Preuve métaphysique. L'àme, étant simple et indivisible, peut survivre à la dissolution du corps, si telle est la volonté de Dieu (cf. 312).
2° Preuve morale. La vie actuelle est une épreuve. L'barmonie entre la vertu et le bonheur ne s'y trouve pas réalisée. Il est conforme à la justice et à la bouté de Dieu de réaliser celte harmonie dans une autre vie (cf. 313).
3° Preuve psychologique. Il est conforme à la sagesse et à la bonté de Dieu d'accorder à l'àme humaine une autre vie pour accomplir entièrement sa destinée (cf. 307).
311. Quelle différence existe entre Y immortalité de la substance et Y immortalité personnelle ? (1 1 août 1873.)
312. Donner les preuves de l'immortalité de l'âme. Distinguer Y argument métaphysique et Y argument moral. (28 novembre 1867.)
313. Exposer la preuve métaphysique de l'immortalité de l'âme. Montrer que cette preuve a besoin d'être complétée par la preuve morale. (19 août 1870.)
Plan. Pour comprendre et pour apprécier les arguments par lesquels on démontre l'immortalité de l'àme, il faut d'abord déterminer en quoi elle consiste. Elle implique deux condii tions : 1° la persistance de l'existence substantielle de l'âme après la mort [imm jrlalitéds la substance) ; 2° la persistance de l'exis- : personnelle avec la conscience, avec le souvenir qui relie la vie fulure à la vie passée et avec la responsabilité qui en est la conséquence [immortalité personnelle). La lrc se démontre par la preuve métaphysique ; la 2e, par la preuve morale.
1° Preuve métaphysique. La matière est indestructible. L'organisation seule du corps est détruite par la mort. L'âme est
une substance simple et indivisible (cf. 130). Donc elle ne doit point se dissoudre comme le corps. — Celle preuve établit que l'âme peut survivre au corps. Elle suppose deux conditions : 1° la spiritualité de l'âme, niée par le matérialisme ; 2° l'existence d'un Dieu intelligent et juste, ayant une raison pour conserver notre activité intellectuelle et morale, laquelle constitue notre substance tout entière.
2° Preuve morale. C'est un principe fondamental de la raison que la vertu mérite le bonheur (cf. 289). Or cette harmonie entre la vertu et le bonheur n'est point réalisée ici-bas. D'un côté, il n'y a pas un rapport nécessaire et constant entre l'ordre physique et l'ordre moral. D'un autre côté, si l'harmonie entre la vertu et le bonheur était réalisée immédiatement, la vie actuelle ne serait plus une épreuve (cf. 309), la vertu ne serait plus désintéressée ; elle perdrait ainsi un de ses caractères essentiels. Donc la réalisation de la justice dislributive exige l'immortalité de l'âme, pour que nous puissions mériter le bonheur dans cette vie et l'obtenir dans une autre. D'ailleurs, la loi morale et la principe de mérite et de démérite nous font concevoir Dieu comme législateur et comme juge (cf. 236). Donc il doit vouloir nous continuer l'existence pour rétribuer chacun selon ses œuvres.
La preuve morale sert à démontrer l'erreur du panthéisme qui admet l'immortalité substantielle sans admettre l'immortalité personnelle : telle a été la doctrine des Stoïciens, de Spinosa, etc.
Elle sert à juger la croyance de la métempsycose, d'après laquelle l'âme passe d'un corps dans un autre et vit toujours dans des conditions analogues à l'existence actuelle. C'est une ébauche imparfaite du dogme de l'immortalité de l'âme.
Lire Douillet, D. des sciences, art. Immortalité, Métempsycose, Palingénésie; Charles, Lect. de phil. II, (preuve métaphysique) p. 560-562, (preuve morale) p. 568-570; Janet, Êlèm. de morale, ch. xvin, §3 : Ovide, Métamorphoses, XV, 153-172.
Remarque. De la croyance à l'existence de Dieu et de la croyance à l'immortalité de l'âme découlent nos devoirs religieux. Nous en avons déjà donné la formule (p. 233) et démontré le principe (p. 234-235). — Lire Janet. Élém. de morale, ch.,xviu§2;Charîês^Lecf. de phil., II, p. 314-316; Féuelon, b lires sur la mélapliysique et la religion, II, III.