‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 23 sur 189 · XXVI THÉORIE DE LA DISSERTATION · texte numérisé non relu

XXVI THÉORIE DE LA DISSERTATION

en une idée générale. Si je suis peinlre, je ne considère que leur forme et leur coloris, et j'ai ainsi une idée abstraite. Je conclus de cette analyse que mes idées sont d'abord confuses , obscures, concrètes, complexes, individuelles; que le travail de mon esprit peut ensuite les rendre distinctes, claires, abstraites, simples, générales, et leur donner ainsi les qualités requises pour la science (§ 69, p. 51). J'ai expliqué au début de cette discussion que l'étude de la nature des idées sert à déterminer méthodiquement leur origine. Je les ai classées ; il me reste donc à tirer de leur classification des inductions légitimes sur leur acquisition.

Déterminer l'origine des idées qui constiluent l'essence de l'intelligence humaine, c'est constater par quelles facultés intellectuelles elles sont acquises. L'analyse que j'ai faite plus haut m'a conduit à diviser les idées en deux grandes classes, idées relatives et contingentes, idées ab- ^ solues et nécessaires. Puisque leurs caractères objectifs )t* s sont opposés, je dois admettre une division correspon- J!r dantedans l'intelligence, l'expérience et la raison. Mais cette conclusion n'a de valeur, que si j'examine brièvement la nature de ces facultés et les conditions dans lesquelles elles s'exercent.

Lorsque la veille succède au sommeil, les objets qui m'entourent produisent sur mes organes des impressions que les nerfs transmettent au cerveau; par suite de ces excitations, mon âme éprouve des sensations de résistance, de couleur, etc. ; elle les juge produites par tel ou tel objet; par suite, elle lui attribue autant da propriétés correspondantes, nommées qualités premières et qualités secondes, dont l'étude forme le domaine de la géométrie, de la physique et de la chimie (§ 42, p. 25). Cette connaissance constitue la perception externe. Mais mon âme ne peut l'acquérir qu'à condition de réagir sur les excitations qu'elle reçoit, soit par l'attention qu'elle accorde aux sensations, soit par l'effort qu'elle fait pour palper un objet en imprimant à la main un mouvement volontaire. Par là, elle ajoute aux sensations un élément qui lui est pro-

INTERPRÉTATION DE LA QUESTION. x.xvil

prc, l'attention on l'effort moteur; elle s'y reconnaît et dit d'elle-même moi, pour se distinguer de tout le reste. En se repliant sur elle-même par la conscience, elle se saisit comme came dans chacun de ses actes , comme sujet dans chacune de ses modifications, et elle acquiert ainsi les idées de cause, de puissance ou faculté, de force, de substance, d'être, d'existence, d'unité, d'identité, de durée, etc., qui servent de fondement à la métaphysique (§ 43, p. 28). Elle ne s'arrête point là. Elle voit qu'elle est une cause véritable et substantielle, qui agit sans cesse et qui tend sans cesse à agir ; mais elle voit également que sa puissance est limitée et soumise à certaines conditions, puisque son effort est toujours arrêté par quelque obstacle ; par suite, en même temps qu'elle perçoit sa propre puissance comme limitée parles forces extérieures sur lesquelles elle agit et dont elle éprouve elle-même l'action, elle reconnaît qu'il y a nécessairement au-dessus d'elle et des forces extérieures la Cause première qui est I leur principe, parce qu'elle est infinie et absolue. Cette idée ne peut être tirée ni directement ni indirectement de l'idée de la matière ou de celle du moi. Elle suppose donc une faculté spéciale, la raison, dont la fonction est de percevoir les rapports des êtres relatifs, contingents, finis, imparfaits, avec YÊtre absolu, nécessaire, infini, parfait (§48, p. 30; § 56, p. 38). Comme il est toujours présent à mon âme, je découvre son idée dès que j'y réfléchis.

Il me reste à considérer à quoi peut servir l'étude des formes su&ectivesj\psL\dr'p* . Je les ai divisées en plusieurs espèces opposées une h une : idées confuses ou distinctes, obscures ou claires, concrètes ou abstraites, complexes ou «impies, individuelles ou générales. Ces différences s'expliquent par le développement graduel de l'intelligence. Eu l'étudiant, j'y distingue un ensemble d'opérations qu'il me suffit d'indiquer, attention, comparaison, abstraction, généralisation. Ce travail de décomposition et de combinaison constitue la formation des idées (§ 31, p. 18).

Pour résumer toute cette discussion, l'analyse de la

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nature des idées conduit à les diviser en classes et en espèces. L'étude de leurs caractèresobjectifs sert à distinguer le rôle de l'expériencè^eÛcBui de la raimh'Pt'ttuàe de leurs formes subjectives montre par quelles opérations se réalise le développement de l'intelligence humaine. Enfin la solution méthodique de la question de la nature et de l'origine des idées donne le moyen de passer sûrement de la psychologie à la métaphysique.

Conception du plan.

§ III. Quelque sujet que l'on traite, il faut avant tout rassembler les idées qui s'y rapportent, les grouper et les lier pour en former une théorie, c'est-à-dire un ensemble de propositions dont l'enchaînement constitue une explication ou une démonstration.

Les éléments de toute dissertation sont les définitions, les principes et les exemples.

Dans la philosophie comme dans les autres sciences, les définitions ont une grande importance. Tantôt elles résument les démonstrations, tantôt elles leur servent de fondement.

Les principes sont les lois tirées des faits par la généralisation, et les vérités premières ou principes a priori que nous devons à la raison *.

Les exemples fournissent les matériaux du développement. On les emprunte à l'expérience, à l'histoire, à la littérature classique, aux sciences. On les trouve aisémeutpar Vassociation des i écs, quand on a l'habitude d'établir des rapports rationnels entre les choses que l'on étudie et de les classer d'une manière méthodique"2.

La manière de combiner les éléments d'une discussion constitue le plan. Il varieselon les sujets : analyse, comparaison, délinition, exposition d'une théorie, explication ri une mnximcT problème, réfutation, appréciation cfune dociriae.

t. Analyse.

§ IV. Faire une analyse, c'est décrire un fait psychologique

1. Nous mettons en italique les définitions et les principes pour que le lecteur les trouve aisément. Il est indispensable de les apprendre par cœur.

2. L'emploi des exemples a tant d'importance qu'il est souvent indiqué dans le texte même du sujet.

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