‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 24 sur 189 · ANALYSE. XXIX · texte numérisé non relu

ANALYSE. XXIX

ou l'exercice d'une faculté, distinguer ses éléments et ses conditions, en signaler les rapports, résumer son exposition dans une définition et en indiquer les conséquences.

Nous donnons de nombreux exemples d'analyse dans les dissertations que renferme la deuxième partie de ce traité (§ il, 52, b7, 78, 90, 92, etc.). La plupart de nos plans sont des sommaires analytiques ,'§ 8, lo, 18, etc. ). Nous nous bornerons ici à citer comme modèle le morceau suivant qui détermine le * domaine de la conscience (§ 45, p. 28).

« Autre chose est sentir, penser, vouloir; autre chose est en avoir conscience. La sensation, la pensée et la volition sont des phénomènes internes sans doute, mais qui directement ou indirectement supposent un objet en dehors de l'âme. Mais la conscience est le sentiment intime, immédiat, conslanl , de l'activité du mo*' dans chacun des phénomènes de sa vie morale. Elle nous révèle, non le phénomène tout entier, mais seulement la part que le moi y prend, l'action du sujet, abstraction faite de l'influence de l'objet; elle nous montre le côté subjectif d'un phénomène qui présente toujours à l'analyse un double aspect. En sorte qu'à parler rigoureusement, ce n'est pas de la sensation même ni de la pensée que l'âme a conscience, mais seulement de l'énergie et de l'activité qu'elle manifeste dans ces phénomènes. En un mot, c'est d'elle même, et d'elle seule, qu'elle a conscience. Dans ses sensations, dans ses pensées, comme dans ses désirs et ses volitions, elle ne sent et ne voit qu'elle. La conscience n'a qu'un objet immuable et permanent : le moi; si elle change elle-même, si elle paraît se diversifier à l'infini, c'est qu'elle suit exactement les modifications et L s variations infinies du moi. On pourrait définir la conscience, « le sentiment du moi, dans tous les phénomènes de la vie morale. »

» Selon une doctrine généralement répandue, il faudrait distinguer trois degrés dans l'étude des faits de conscience : les actes proprement dits, les facultés, et le principe même de ces facultés, l'âme, considérée dans sa nature intime et sa substance; la conscience n'atteindrait directement que les actes; ce ne serait que par une induction que la

PBIL. LÊV. à

JfXX THÉORIE DE LA DISSERTATION.

science pourrait s'élever aux facultés et pénétrer jusque dans la nature intime du moi. Celte théorie est en contradiction avec la vraie définition de la conscience.

» Si la conscience n'est que le sentiment de l'élément actif et purement interne du phénomène complexe qui résulte de la double action du sujet et de l'objet, ainsi que l'analyse le démontre, elle est le sentiment même du moi en action. Il est clair, dès lors, qu'elle ne se borne point à nous instruire des modifications et des actes du moi, et qu'elle nous révèle, en outre, immédiatement et les facultés et le principe même des facultés. La psychologie n'a nul besoin ici de l'induction, procédé indirect auquel les sciences d'observation ne doivent recourir que là où l'expérience directe et immédiate fait défaut. Si je crois à l'existence en moi de telle faculté, de telle capacité, de tel penchant, ce n'est point parce que d'un certain nombre de cas observés j'aurai induit l'existence de cette faculté, de cette capacité, de ce penchant; j'y crois en vertu d'un sentiment intime, immédiat, profond. Je n'ai pas conscience seulement de la manifestation extérieure et objective de mon désir ou de mon penchant; je retrouve ce désir ou ce penchant dans la profondeur de l'âme, où il sommeille. Il en est de même de toute faculté, de tout principe de la vie morale : la conscience n'en révèle pas seulement l'action et la manifestation, mais encore l'être et la nature intime. J'ai à la fois la conscience de l'acte et de la puissance volontaire; j'ai en même temps le sentiment de la passion fugitive du moment, et de la tendance profonde et permanente qui se cache sous le mouvement passionné. Et comment, d'ailleurs, en pourrait-il être autrement? Si la conscience des phénomènes de la vie morale n'est que le sentiment du moi lui-même en tant que cause active, en tant que force, comment le sentiment du moi lui-même n'impliquerait-il pas la conscience de toutes les faculti s, de tous les penchants par lesquels se manifeste son activité ?

» 11 y a plus : le témoignage de la conscience ne s'ar-

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