‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 38 sur 189 · XL THÉORIE DE LA DISSERTATION · texte numérisé non relu

XL THÉORIE DE LA DISSERTATION

provoir et annoncer d'avance les résultats. Ainsi nous sommes faits de manière qu'un certain nombre d'hommes inconnus les uns aux autres, placés dans des situations diverses, opposés d'âge, de caractère, d'intérêts, de passions, de préjugés, et qu'on ne peut soupçonner d'une fraude concertée, ne se rencontreront pas par hasard à se donner pour les témoins oculaires des mômes faits, qu'ils ne seront pas méchants et fourbes sans motif, qu'ils ne sacrifieront pas leur conscience, l'amour naturel de la vérité, leurs intérêts présents et à venir, leurs passions les plus chères au plaisir d'affirmer un mensonge. Maintenant venons à l'application.

» Ou il s'agit de choses sur lesquelles on peut interroger des témoins oculaires, ou bien il s'agit de choses qui remontent au delà des générations présentes. Dans le premier cas, on peut fonder sa foi particulièie sur la foi publique, sur une croyance tellement universelle, ferme, éclairée, qu'elle subjugue l'esprit, et qu'on est forcé comme malgré soi à y donner son assentiment. Je vous le àer mande, dans ce qui concerne les diverses contrées du globe que nous n'avons pas visitées, les usages, les lois, le culte, le gouvernement des peuples qui y habitent, les productions de leur sol, la température de leur climat, les fleuves qui les arrosent, les montagnes qui s'élèvent à leur surface, ne pouvons-nous pas avoir des connaissances plus ou moins étendues où nous avons le droit de nous reposer avec une entière sécurité? et si, sur ces divers objets, quelques détails peuvent être fautifs, n'est-il pas vrai aussi que nous en avons des notions invariables, placées au-dessus de toute incertitude ?

» Je viens aux faits dont il n'existe plus de témoins que l'on puisse consulter; je puis les connaître par la tradition, parles monuments, par l'histoire.

» J'appelle tradition un récit fait de vive voix par les témoins oculair< s, transmis par eux aux générations contemporaines qui n'ont pas vu les faits, et par celles-ci aux suivantes d'âge en âge jusqu'au temps présent. J'appelle monuments certains ouvrages, certaines institutions qui

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