DISPOSITION
XII. Il y a deux manières d'exposer une théorie, la forme analytique et la forme synthétique. Descartes les a parfaitement définies dans ses Réponses aux secondes objections contre les Méditations.
« La manière de démontrer est double ; l'une se fait par l'analyse ou résolution, et l'autre par la synthèse ou composi- A tion.JJanalyse^montTe la vraie voie par laquelle une chose a yt<^yé\& méthodiquement inventée, et fait voir comment les effels ^ dépendent des causes; en sorte que si le lecteur veut la ^r suivre et jeter les yeux soigneusement sur tout ce qu'elle contient, il n'entendra pas moins parfaitement la cliose ainsi démontrée et ne la rendra pas moins sienne que si lui-même l'avait inventée. Mais cette sorte de démonstration n'est pas propre à
1. « Nos sentiments intérieurs n'étant que des phénomènes suivis sur les êtres externes, ou bien des apparences véritables et comme des songes bien réglés, il faut que ces perceptions internes dans l'âme même lui arrivent par sa propre constitution originale, c'est-à-dire, par la nature représentative (capable d'exprimer les êtres hors d'elle par rapport à ses organes) qui lui a été donnée dès sa création et qui fait son caractère individuel. » (Leibniz, Système nouveau de la nature et de la communication des substances, § 14.) Cf. Marion, Essais de Théodicée, notice sur la philosophie de Leibniz, p. xxxiv.
ANALYSE. SYNTHÈSE. Xl.iX
Ktnvaincrc les lecteurs opiniâtres ou peu attentifs: car si on
aisse échapper sans y prendre garde la moindre des choses juYIle propose, la nécessité de sesconclusions ne paraîtra point; ?t od n'a pas coutume d'y exprimer tort amplement les choses ;mi sont assez claires d'elles-mêmes, bien que ce soit ordinairement celles auxquelles il l'aut le plus prendre garde.
» La synthèse, au contraire, par une voie toute différente, et comme en examinant les causes par les effets, bien que la preuve qu'elle contient soit souvent aussi des effets par les causes, démontre à la vérité clairement ce qui est contenu clans ses conclusions, et se sert d'une longue suite de définitions, de demandes, d'axiomes, de théorèmes et de problèmes, afin que si on lui nie quelques conséquences , elle fasse voir clairement comment elles sont contenues dans les antécédents, et qu'elle arrache le consentement du lecteur, tant obstiné et opiniâtre qu'il puisse être ; mais elle ne donne pas comme l'autre une entière satisfaction à l'esprit de ceux qui désirenl d'apprendre, parce qu'elle n'enseigne pas la méthode par laquelle la chose a été inventée. Les anciens géomètres avaient coutume de se servir seulement de cette synthèse dans leurs écrits, non qu'ils ignorassent entièrement l'analyse, mais à mon avis parce qu'ils en faisaient tant d'état qu'ils la réservaient pour eux seuls comme un secret d'importance.
» Pour moi j'ai suivi seulement la voie analytique dans mes Méditations, pour ce qu'elle me semble être la plus vraie et la plus propre pour enseigner; mais quant à la synthèse, encore que, touchant les choses qui se traitent en la géométrie, elle puisse utilement être mise après l'analyse, elle ne convient pas toutefois si bien aux matières qui appartiennent à la métaphysique. Car il y a cette différence que les premières notions qui sont supposées pour démontrer les propositions géométriques, ayïïnï de la convenance avec les sens, sont reçues facilement d'un chacun : c'est pourquoi il n'y 'appoint là de diTficuîté, sinon à bien tirer les conséquences, ce qui se peut faire par toutes soTTés de personnes, même parles moins attentives, pourvu seulement qu'elles se ressouviennent des choses précédentes ; et on les oblige aisément à s'en souvenir en distinguant autant de diverses propositions qu'il y a de choses à remarquer dans la difliculté proposée, afin qu'elles s'arrêtent séparément sur chacune, et qu'on les leur puisse citer par après pour les avertir de celles auxquelles elles doivent penser. Au contraire, touchant les questions qui appartiennent à la