‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 53 sur 189 · VIII THEORIE DE LA DISSERTATION · texte numérisé non relu

VIII THEORIE DE LA DISSERTATION

façon qu'il soit indigne de l'âme humaine; on peut le concevoir de telle façon qu'il ne soit plus rien pour les hommes et qu'il soit comme anéanti. Les dieux païens sont les honteuses apothéoses des faiblesses humaines; les dieux de Lucrèce et d'Épicure ne nous sont rien. Il importe donc de chercher par quelle voie on arrive à la connaissance de Dieu la moins imparfaite, la plus digne de notre raison, la plus conforme à notre nature.

A peine notre sensibilité est-elle éveillée par la présence du monde extérieur, que des idées, supérieures à celles qui nous peuvent venir des sens, s'éveillent à leur tour, et donnent à nos jugements ce nouveau caractère d'universalité et de nécessité, que n'auraient pu leur donner les phénomènes particuliers et variables qui forment le spectacle du monde sensible. Possédant alors en nous des vérités éternelles et nécessaires, dont notre esprit ne peut se départir, et n'en trouvant la source, ni dans le monde imparfait, ni dans notre nature bornée, nous les rapportons à une essence supérieure à lanôlre, qui devient pour nous la région des vérités éternelles, le lieu des esprits ; et nous l'appelons Dieu. Si maintenant, jetant les yeux sur le inonde, nous cherchons la cause de son existence, suivant en cela l'irrésistible élan de notre nature, nous concevons un Créateur de la matière; nous faisons venir de lui toutes les forces de la nature et nous reconnaissons sa puissance : nous le faisons Yauleur del'ordre de l'univers , de l'économie et du rapport de toutes ses parties, et l'intelligence de cet architecte des mondes nous est ainsi manifestée. Mais si nous portons nos regards en nous-mêmes, et qu'y découvrant les puissances intérieures qui nous font sentir, penser et vouloir, nous les rapportions à un Créateur : alors, le jugeant à la fois semblable et supérieur à sa créature, nous le douons de toutes les perfections qui nous manquent, et nous appelons Dieu cet être parfait qui nous a faits à sou image. La Raison, le Monde sensible et la Conscience sont donc les trois voies qui conduisent à la connaissance de Dieu. Nous allons chercher à quelle conception de Dieu l'on arrive par chacune d'elles, et nous verrons alors quelle est celle qui nous donne de Dieu l'idée la plus complète et la plus raisonnable, le vrai Dieu de l'humanité.

Les idées de Cause, de Substance, d'Infini, qui élèvent et généralisent nos connaissances, et qui sont impliquées dans nos jugements, ont paru de tout temps aux philosophes des traces d'une nature supérieure à la nôtre , des vérités au-dessus de notre intelligence bornée, et que la Divinité a pour ainsi dire

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