L'ON COURS GENERAL. LIX
aissé échapper dans nos âmes. Platon voit dans ces idées les reflets affaiblis du monde véritable dont celui-ci n'est que l'image trompeuse. Tous les philosophes ont depuis reconnu dans ces idées un élément supérieur au monde sensible et à notre nature. Leibniz a rétabli contre Locke l'existence de ces nées et leur source qui n'est ni dans le monde, ni en nousmêmes. Kant lui-même, au milieu des ruines qu'il entasse, les laisse debout, mais, leur étant toute réalité objective, il en fait des formes nécessaires de notre entendement. Supérieures au monde sensible et à notre nature, ces idées ne peuvent avoir pour origine que l'Être parfait et absolu comme elles, qui les résume en lui et les réunisse en un faisceau de lumière. Bossuet a dit : « Ces vérités sont des faces de Dieu ou plutôt sont Dieu lui-même. » Pour Descartes, découvrant en lui Vidée de l'infini, il s'écrie : « C'est la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage,» et ailleurs : « Je ne suis donc passeul au monde !» Dieu peut donc être conçu parle seul effort de la raison comme la source d s vérités éternelles que notre entendement possède, et dont il chercherait vainement l'origine en ce monde et en lui-même. Dieu peut être conçu comme une Substance éternelle et infinie d'où toute vérité découle; foyer immense, d'où nos intelligences se sont échappées comme autant d'étincelles.
Mais celle conception de Dieu réduite à elle-même nous donne-t-elle le Dieu véritable? Est-ce le Dieu que les hommes ont adoré sous tant de noms divers, exprimant tous la justice et la bonté? Est-ce enfin le Dieu que nous cherchons et répond-il aux besoins impérieux de notre nature? Le plus grand des représentants de cette doctrine, Spinosa va nous l'apprendre. Il s'est élevé à Dieu parle seul effort de la raison etsans avoir étudié l'homme. Pour lui, Dieu est une substance infinie, d'où découle sans fin l'Intelligence et l'Étendue, manifestées dans un nombre inlini d'âmes et dans un nombre infini de corps. Tel est le Dieu de la raison pure ; jamais on ne s'est élevé à lui avec plus de logique, jamais on ne l'a enseigné avec plus de sévérité et plus de grandeur; mais contemplons ce Dieu et nous verrons qu'il porte les marques de son origine toute rationnelle. Qu'est-ce que l'homme pour lui, et qu'est-il pour l'homme? L'homme, double émanation de la substance absolue, n'a rien à réclamer, rien à attendre de celui qui fut son créateur par nature et non par un acte de volonté. S'il s'élève à la conception des vérités nécessaires et de leur source éternelle, il est heureux, dit Spinosa. Mais s'il a une intelligence bornée; s'il souffre en