LX THEORIE DE LA DISSERTATION
ce monde et que sa conscience lui ronde témoignage; s'il est juste et malheureux? Spinosa répond dans une de ses lettres:
« L'univers est nécessairement varié ; chacun a son lot; les faibles sont faits pour souffrir sous l'empire des forts. » Quoi, rien de plus? Et le mérite et le démérite, et le besoin de Justin' qui est en nous, et notre liberté? Tout cela n'est rien pour Spinosa; et l'homme n'a aucun rapport avec son Dieu, parce que son Dieu a été fait sans la connaissance de l'homme. Un seul mot montre que le Dieu de Spinosa n'est dénué de liberté et de justice, que parce que l'homme n'était pour Spinosa ni un être libre ni un être moral. 11 ajoute après avoir condamné les faibles à souffrir sans espérance : « Un cheval ira-t-il se plaindre à Dieu de l'avoir fait cheval? » Voilà le dernier mot de celte triste philosophie. Si l'homme n'est ni libre ni juste, Dieu n'a ni liberté ni justice. David disait des idoles : Uanui habent et non palpabunt, non clamabunt in gullure suo(Lib. Psalmorum, exur, 7). On peut dire du Dieu du Panthéisme rationaliste : Il est Dieu, et il n'est pas libre! Il est Dieu, et il n'est pas juste ! Il crée l'homme, et l'homme ne lui est rien ! Telle est la conséquence rigoureuse de toute philosophie qui veut arriver à Dieu par la seule raison, et sans le secours de la connaissance de l'homme.
11 est pour arriver à la connaissance de Dieu une voie plus facile et qui est à la portée de tous les hommes. C'est la vue du monde sensible, c'est la contemplation de l'ordre et de l'harmonie de l'univers. Preuve de tous les temps et de tous les lieux, elle est de préférence celle des esprits simples et des intelligences vulgaires. Les peuples enfants connaissent Dieu par cette preuve et elle est longuement développée dans les poèmes des premiers âges. On se rappelle dans les livres saints la magnifique énuméralion que l'ange fait à Job des ouvrages sortis de la main de Dieu. Les enfants adorent d'abord le Créateur du ciel et de la terre; ce n'est qu'après l'éveil de leur raison qu'ils adorent le Créateur de leur âme. Enlin , cette preuve si sensible et si frappante de l'existence d'un Créateur semble faite pour réunir tous les esprits, et pour ne laisser aucun être intelligent dans l'ignorance de son Dieu. Hàlonsnous donc de reconnaître combien celte preuve est simple et solide. L'existence d'un Dieu créateur, sa puissance, son intelligence sont du même coup prouvées et d'une façon si simple et si naturelle que nul esprit ne s'y refuse. Il y a même dans ce genre de preuve une sorte de grandeur sensible qui, à