CONCOURS GÉNÉRAL. LXI
la fois élève l'âme par la conception de cette intelligence souveraine et l'accable par la vue des œuvres prodigieuses sorties de, la parole divine. Socrate confondant Aristodème, Clarke,
Fénelon, ont richement développé cet argument de la Cause En m 1ère et des causes finales. Mais, selon moi, Bossue! les a tous surpassés par sa simple et forte manière d'opposer la fai- I blesse matérielle de l'homme à la puissance divine : «11 n'y a i sorte de machine, dit-il, qui ne se trouve dans les corps hu- I mains ;» et plus loin, montrant la matière éternellement mobile et féconde : « Où est l'architecte, s'écrie-t-il, qui, ayant élevé un bâtiment caduc, y a mis un principe qui doit le faire se relever de ses ruines?»
. Mais le Dieu que nous découvre ce genre de preuve réduit à lui-même u'esl pas encore le Dieu que nous cherchons, et un court examen suffira pour le montrer. De l'existence du monde et de l'idée de cause, impliquée dans tous nos jugements, nous tirons l'existence d'une puissance créatrice. Puis, l'ordre et l'harmonie de l'univers nous découvrent l'intelligence de cette Cause souveraine. Mais là s'arrête ce que le monde sensible nous découvre de Dieu; et toute l'éloquence imaginable n'y peut rien ajouter. Les uns sont plus frappés de l'ordre du monde; les autres, de son existence même; d'autres enfin, du mouvement imprimé à la matière : « Qui a lancé les planètes sur la tangente de leurs orbites? » s'écrie éloquemment J.-J. Rousseau. Mais tous n'arrivent à montrer en Dieu que la puissance et l'intelligence. Et même, en se réduisant à cette seule preuve, ils ne peuvent arriver à découvrir en Dieu une puissance et une intelligence infinies. Que Dieu soif seulement supérieur en puissance et en intelligence au monde sensible, et le monde est expliqué. On voit à quel Dieu imparfait et étroit conduit cette preuve réduite à elle-même. C'est le Dieu des hommes qui ne vont à lui que par cette voie : c'est le Dieu du vulgaire. L'homme qui ne connaît Dieu que par le monde sensible, doit se le figurer assez puissant et assez intelligent pour faire le monde. Logiquement il ne peut aller au delà.
Disons enfin que le Dieu que cette preuve nous donne, non plus que le Dieu de la raison pure, n'est pas celui dont nous avons en nous l'idée et que réclame le cœur de l'homme. Si je ne vois que le monde sensible, la justice de Dieu est à mes yeux bien obscure et bien voilée. Le monde est un mélange de bien et de mal, plein d'irrégularités apparentes. Le désordre physique et le désordre moral, l'injustice et la