‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 58 sur 189 · CONCOURS GÉNÉRAL. LX1II · texte numérisé non relu

CONCOURS GÉNÉRAL. LX1II

produire librement tous les actes que prescrit ma raison ; et j'ai l'idée d'un être infiniment libre et infiniment puissant. Le Dieu qui aurait tout ce qui me manque et que vient de me montrer mon àme me louche déjà de plus près que le Dieu de la raison pure et que le Dieu du monde sensible. Il va me toucher de plus près encore si je poursuis cette rapide analyse.

Je découvre en moi l'idée du bien et j'ai le sentiment du juste et de l'injuste. La justice accomplie me réjouit et m'élève l'âme; l'injustice m'afflige et m'effraie pour son auteur. C'est ici que l'idée de Dieu s'agrandit et s'élève. Peut-il n'être pas libre, quand je sens ma liberté"? Peut-il n'être pas juste, quand je le suis quelquefois, quand je voudrais l'être toujours? Mais d'où me viennent, au milieu du désordre du monde physique et du monde moral, cette pure idée de la justice et celle soif d'équité qui me consume ? D'où me viennent-elles sinon d'un être infiniment juste, et qui est par nature ce que je suis par effort et par travail. Voilà le Dieu que m'a révélé l'élude de l'homme. Ce n'est déjà plus le Dieu de la raison pure, substance infinie, être vague et mystérieux. Ce n'est plus le Dieu créateur du monde el simple ouvrier de la matière. C'est un Dieu infini en intelligence, infini en liberté, et enfin, ce qui en fait le Dieu que je cherche, infiniment juste.

C'est là pour moi son plus grand caractère et celui qui le rapproche le plus de ma nature. Il sait le bien, il le veut et il le fait de loulc éternité. Je me repose désormais sur sa providence. Que m'importent les désordres du monde et les revers passagers de la vertu, puisqu'il y a entre moi et Dieu des rapports de justice ! Je puis maintenant faire mon devoir en invoquant sou nom. Je puis braver le mal en ce monde en m'appuyant sur lui, et ne pas compter mes blessures, disant comme Platon : « Du côté des Dieux la victoire reste tout entière au juste. » Je puis enfin au dernier jour me présenter à lui avec mes œuvres et revendiquer l'immortalité.

Le Dieu que me découvre l'étude de la nature de l'homme, guidée par les principes de la raison et appuyée sur le speclacle du monde sensible, est donc le vrai Dieu, le seul que puisse connailre et adorer l'humanité. Il se rapproche de l'homme par tout ce que l'homme a eu lui de bon et de grand : «Je veux mouvoir mon bras et je le meus, dit Bossuet. Cet empire est l'image du pouvoir absolu de Dieu qui remue tout l'univers par sa volonté et y fait tout ce qu'il lui plaît. » C'est de ce Dieu qui a mis eu nous les rudiments de ses attributs, qu'on peut

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