LXIV THEORIE DE LA DISSERTATION
dire avec Leibniz: «Il est un océan dont nous avons reçu quelques gouttes. » C'est de lui encore que Bossuet a pu dire : « Je me rends semblable à lui en imitant sa bonté. » Enfin lorsque Kant a entassé ruines sur ruines et a détruit le Dieu de la raison pure et le Dieu du monde sensible, il s'arrête devant le Dieu que lui révèle l'étude de l'homme. Nous méritons et nous déméritons, où est le rémunérateur? Nous aspirons à la sainteté : où est l'idéal, où est l'Etre saint par nature. C'est ainsi que ce puissant génie, après avoir voulu effacer Dieu de la raison et du monde, respecte son empreinte ineffaçable dans la nature de l'homme.
Nous avons montré que la Psychologie seule donnait à l'homme la connaissance d'un Dieu digne de lui et conforme à sa nature. Nous rendrons cette vérité plus sensible encore , en montrant que de tout temps on peut rapporter à l'état de la connaissance de l'homme l'idée qu'on s'est formée de la Divinité.
Pour les peuples sauvages, qui ne voient dans l'homme que la force corporelle, et ne trouvent grand et digue d'estime que la puissance matérielle qui en dérive, Dieu n'est que le maître et le moteur du monde. Il tonne, il foudroie, il veut du sang : on l'apaise avec des victimes. Pour les Grecs qui croyaient l'homme esclave de la fortune, et doué seulement d'une apparence de liberté, qu'est-ce que Jupiter ? Le bras droit du Destin; rien de plus. Quand les hommes ont méconnu la dignité humaine et ont cru que la servitude était l'état légitime des peuples, qu'était-ce que Dieu? Le protecteur des tyrans. Il les instituait à sa place et leur déléguait une autorité tempérée par la miséricorde et non par la justice. Mais le Dieu de la Psychologie est un Dieu de justice : c'est le Dieu des peuples libres. Plus la science de l'homme a été s'épurant ets'approfondissant, plus l'idée de Dieu s'est dégagée de toutes ces imperfections, que l'homme transportait de sa nature mal connue à son Créateur rabaissé. Qui ne reconnaît aujourd'hui un Dieu libre et juste? Qui ne l'implore comme la source du droit, comme le protecteur des gens de bien? C'est à une philosophie plus complète, c'est à une élude de l'homme plus profonde, que nous devons notre croyance aux attributs moraux de Dieu et tout ce que cette croyance nous donne d'espérance et de consolation.