MÉTHODE
scs sensations, ses pensées, ses actes, ni connaître ces faits sans se connaître comme leur cause et leur sujet, en s'appelant elle-même je ou moi : « je sens, je pense, je veux. «Quand l'âme se replie sur elle-même pour analyser ses opérations, la conscience devient la réflexion, comme l'application de l'intelligence aux données des sens conslilue l'attention. Enfin, l'emploi méthodique de la réflexion forme l'observation interne, comme l'emploi méthodique de l'attention forme {'observation ext me. II en résulte que la méthode de la psychologie s'appelle méthode expérimentale, comme la méthode des sciences physiques, parce que toutes deux sont également fondées sur l'expérience ou observation ; mais l'analogie n'est qu'apparente; quand on examine les procédés des deux méthodes, on constate qu'il y a entre elles une différence essentielle.
Cette différence essentielle peut se formuler ainsi d'après Maine de Biran : « Le point de vue d'un être qui se connaît lui-même ne doit pas être assimilé au point de vue de l'être connu extérieurement. » 1° Dès le premier acte intellectuel s'établit en nous la distinction de l'objet et du sujet. L'objet est la matière telle qu'elle est représentée par les sens et par l'imagination, comme une pluralité de choses coexistant dans l'espace-, cet objet étant extérieur ne peut être connu que par le dehors, par ses phénomènes, c'est-à-dire par les apparences ou par jnes qui le manifestent, et qui nous suggèrent par une induction directe l'affirmation de son existence. Le sujet est l'esprit qui est immédiatement présent à soi-même, qui se connaît intérieurement par la conscience : « Je pense, donc je suis; » c'est là, comme l'a démontré Descartes, le vrai principe de la philosophie. Le sujet, le moi ne conclut pas de sa pensée à son existence, comme des phénomènes sensibles il induit l'existence de la matière ; en percevant ses pensées, ses sensations, ses actes, il s'attribue chacun de ces faits successivement et tous ensemble, se perçoit lui-même intérieurement par l'unité et la continuité de la conscience ; il a l'intuition de son propre être, parce qu'il agit sans cesse et qu'il sait qu'il agit. 2° La distinction de l'objet et du sujet a pour conséquence la différence de la méthode expérimentale qui est propre aux sciences physiques et de celle qui est propre à la psychologie. Dans les sciences physiques, l'observation externe ou attention appliquée aux objets extérieurs analyse les phénomènes perçus par les sens et représentés par l'imagination ; en les généralisant par le retranchement des circonstances accidentelles ou indiffé-
rentes, on a ce qu'on appelle les lois : en formant des séries dont les termes dépendent l'un de l'autre, on a ce qu'on appelle les causes, chaque cause n'étant que la condition définie qui détermine invariablement la production d'un phénomène ; p. ex. la mécanique explique comment le mouvement se transmet ou se transforme, et considère la véritable cause du mouvement, la force, comme une inconnue, x, dont elle laisse à la métaphysique le soin de définir la nature. Dans la psychologie, au contraire, l'observation interne ou réflexion appliquée au sujet pensant ne se borne pas à analyser la sensation, la pensée ou l'acte; elle en distingue le sujet qui se l'attribue et qui se perçoit ainsi immédiatement. Quand l'esprit attache son attention à un objet extérieur, s'il abstrait successivement chaque qualité physique, le composé sensible s'évanouit. Quand l'esprit réfléchit sur ses propres opérations, s'il écarte l'élément objectif du fait intellectuel et qu'il s'isole ainsi lui-même des choses sensibles, il se connaît comme sujet de ses opérations ; il acquiert, par la conscience qu'il a de lui-même, les notions d'être et de cause, d'unité et d'identité, etc., notions qui échappent à toute représentation. Il en résulte que, tandis que l'expérience externe dans les sciences physiques saisit seulement les phénomènes sensibles sans atteindre leur essence, l'expérience interne en psychologie connaît, ensemble les phénomènes de conscience et l'activité volontaire qui en est la cause ; elle aboutit ainsi à la métaphysique (cf. 128).
Les considérations précédentes peuvent servir à juger les diverses méthodes suivies en psychologie. 1° La plus éloignée de la vérité est celle de Condillac qui, se plaçant à un point de vue opposé à celui de Descartes, considérait l'homme comme une chose qu'on aperçoit du dehors ; c'est ainsi qu'il imaginait une statue dont il animait successivement les organes. Cette erreur, partagée par ses contemporains, l'a conduit à ce sensualisme qui ramenait tous les phénomènes spirituels à des sensations transformées. Elle a donné naissance à l'idéologie de Dcstutt de Tracy, qui, étudiant la pensée dans le langage, s'est occupé uniquement à classer et à définir des abstractions; et au matérialisme de Cabanis et de Broussais, qui ont confondu la psychologie avec la physiologie. Le même point de vue se retrouve sous une autre forme dans le positivisme de notre siècle. 2° Pour combattre l'empirisme de Locke et le scepticisme de Hume, Reid et Stewart, chefs de l'école écossaise, et Royer Collard, qui a introduit leur doctrine en France, ont cru devoir