‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 64 sur 189 · MÉTHODE · texte numérisé non relu

MÉTHODE

appliquer à la philosophie la méthode dont Bacon avait trace les règles pour les sciences physiques : il fallait, selon eux, décrire et classer les phénomènes intérieurs, puis s'élever de là par induction à leurs causes. Cette manière de procéder suffit sans doute pour déterminer les rapports de succession ou de simultanéité que les phénomènes intérieurs ont les uns avec les autres; mais elle ne peut faire connaître leur principe. Dans son Mémoire sw la légitimité de la distinction de la Psychologie et de la Physiologie, Jouffroy a démontré que c'est une erreur fondamentale d'admettre que l'âme nous est connue seulement par ses actes et ses modifications : « Comment comprendre, dit-il, que des pensées que j'aurais sans savoir que ce fût moi qui les eusse, j'en vinsse jamais à moi? » La vérité est donc que l'existence du moi est un fait aperçu primitivement par la conscience, que la spiritualité de l'âme est connue par intuition, qu'elle ne peut être conclue d'aucun autre fait ni par indurlion ni par déduction, et qu'il faut par conséquent renoncer à établir un parallélisme entre la méthode des sciences physiques et celle de la psychologie.

Lire Bouillet, D. des sciences, 'art. Conscience, Psychologie, Philosopliie; Charles, Lect. dephil., I, p. 32-40, 59-61.

Remarque. La question précédente a une grande importance en philosophie, puisque de la solution qu'on lui donne dépend toute la métaphysique. Aous avons résumé ici la doctrine de Maine de Biran, de Jouffroy, de MM. Ravaisson et Janet. Voici comment M. Ravaisson s'exprime sur ce point : « Tandis que la science du monde extérieur n'a pour objet immédiat que des phénomines, l'expérience de la conscience est l'expérience d'une cause. Le physicien ou le naturaliste voit devant lui un monde changeant d'apparences diverses qu'il ramène par degrés à des lois générales. Le philosophe sent en soi : il voit d'une vue intérieure le principe de la science; lui-même il est ce principe, lui-même il est la loi et la cause immanente de ce qui se passe en lui. 11 faut repousser l'application imprudente de la méthode de Bacon à la science des facultés ou des faits de l'âme humaine; c'est l'erreur la plus funeste à la philosophie. C'était l'erreur de la philosophie du xvue siècle de vouloir s'assimiler aux mathématiciens et se traiter par leur méthode. Ce fut l'erreur de l'école anglaise du xvme siècle, et c'est surtout l'erreur de l'école écossais^, d'assimiler la philosophie à la physique et de la soumettre au joug de la méthode naturelle. La philosophie n'est ni, comme les mathématiques, une science

fondée sur les définitions, ni, comme la physique expérimentale, une phénoménologie superficielle. C'est la science par excellence des causes et de l'esprit de toutes choses, parce que c'est avant tout la science de l'esprit intérieur, dans sa causalité vivante. Elle a son point de vue à elle, le point de vue de la réflexion subjective, indiqué par Descartes, mais qu'il avait laissé flottant dans la sphère mal définie de la pensée en général, mais déterminé par Leibniz, et maintenant établi par un progrès original de la philosophie française au centre de la vie spirituelle, dans l'expérience intime de l'activité volontaire. »

15. De la méthode psychologique. Ses difficultés. Objections élevées contre cette méthode. (28 juillet 1874.)

16. De Y observation psychologique. Difficulté de celte observation. Gomment peut-on remédier à cette difficulté? (3 août 1872.)

17. Quels sont les moyens auxiliaires dont dispose la Psychologie pour compléter et confirmer les résultats de Y observation intérieure? (6 novembre 1872.)

Plan. La méthode psychologique consiste à étudier par la réflexion ou observation intérieure les phénomènes psychologiques et le moi qui en est la cause ou le sujet (cf. H), en faisant abstraction de l'organisation corporelle et des phénomènes physiologiques (cf. 8), mais en tenant compte de l'influence que les phénomènes physiologiques exercent sur les phénomènes psychologiques lorsqu'ils en sont les conditions. — Elle a un fondement certain dans la conscience dont l'autorité est primitive, immédiate, subjective, puisque c'est le sujet qui se connaît lui-même. Cette connaissance acquiert une forme scientifique par la réflexion, quand le moi se replie sur luimême pour analyser ses opérations. Dans le sommeil, le rêve, et dans tous états où la conscience est obscure, la réflexion se remplace par Y induction qui procède du connu à l'inconnu.

L'application de la méthode psychologique présente plusieurs difficultés qui ont donné lieu à des objections. 1° Les faits sont difficiles à saisir, soit parce qu'ils passent rapidement et qu'ils offrent une grande complexité, soit parce que nous avons l'habitude d'accorder notre attention de préférence aux objets extérieurs. 2° 11 est impossible de s'observer soi-même au moment où le fait a lieu. 3° La conscience est personnelle; elle ne peut fournir que des observations individuelles, insuffisantes

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