‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 68 sur 189 · INCLINATIONS · texte numérisé non relu

INCLINATIONS

inclinations, les appétits, les penchants et les passions. (18nov. 1871.)

Plan. Le plaisir et la douleur supposent des dispositions ou tendances en vertu desquelles l'âme recherche certains objets parce qu'ils favorisent le développement de ses facultés ou l'exercice des fonctions vitales de l'organisme (cf. 23) : on les nomme Penchants, Appétits, Inclinations.

On classe les inclinations d'après leurs objets, ou leur origine ou leur forme.

Considérées d'après leurs objets, nos diverses inclinations se rapportent à nous-mêmes, ou aux autres hommes ou à Dieu et à tout ce qui se rattache à Dieu, c'est-à-dire au vrai, au beau et au bien. 1° Appétits : ces penchants nous portent à la satisfaction des besoins du corps; ils ne sout pas continus, mais périodiques; ils s'annoncent par une sensation quelquefois désagréable. 2° Inclinations personnelles : ce sont la curiosité (désir de connaître) clY ambition (désir du pouvoir), qui provoquent le développement de l'intelligence et de l'activité; l'amour de soi, qui porte l'individu à faire les actes nécessaires à sa conservation. 3° Inclinations sociales : elles se rapportent aux hommes en général (sociabilité, bienveillance, philanthropie), à un homme (amitié), à la patrie (patriotisme), à la famille (amour conjugal, a. paternel et maternel, a. filial, a. fraternel). Leur principe est la sympathie : celle-ci nous attire vers les personnes ou même vers les animaux dont les qualités nous agréent; elle nous fait partager leurs plaisirs et leurs peines. Le penchant opposé est l'antipathie, principe des affections malveillantes. 4° Inclinations morales et religieuses : supérieures aux précédentes, elles nous font rechercher le vrai, le beau, le bien, et aimer Dieu dont provient toute perfection.

Considérés d'après leur origine, les penchants sont : 1° naturels, liés aux facultés de l'âme dont ils provoquent l'exercice; 2° acquis, produits par l'expérience qui nous apprend que certains objets servent à satisfaire nos besoins, ou nés d'une association d'idées qui nous rend agréables des objets propres à réveiller en nous certains souvenirs.

Considérées dans les différentes formes qu'elles peuvent prendre, nos tendances ont trois degrés : 1° la simple disposition appelée jonchant, inclination (quelquefois sentiment, dénomination qui confond le penchant et le plaisir né de sa satisfaction) ; 2° le désir ou l'affection et l'aversion ; 3° l'amour et

]a haine, principes de toutes les passions (en désignant sous ce

nom les inclinations exaltées par l'imagination et fortifiées par

l'habitude).

Lire Janet, Élém. de morale, ch. II, § 2 ; Bouillet, D. des sciences, art. Désir, Aversion, Passion, Amitié, Amour, Entliousiasme; Charles, Lect. dephil., I, p. 428-445, 461-468.

Classification des passions.

27. Des passions d'après le Ier chapitre du Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, de Bossuet. (18 novembre 18G8.)

Plan. D'après saint Thomas (Summa theologica, pars I, quaest. 23), qui s'était lui-même inspiré d'Aristote (Morale à Nicomaque, II, v), Bossuet définit les passions des mouvements de l'âme qui, touchée du plaisir ou de la douleur ressentie ou imaginée dans un objet, le poursuit ou s'en éloigne, et il en admet 1 1 ; savoir : 6 passions concupiscibles (où domine la concupiscence, c'est-à-dire le désir), amour, haine, désir, aversion, joie, tristesse; et 5 passions irascibles (où domine la colère), audace ou courage, crainte, espérance, désespoir, colère. (Voyez les définitions dans le traité de Bossuet, Conn. de Dieu, I, vi.) Puis il les ramène toutes à Yamour, désignant ainsi la faculté d'aimer, c'est-à-dire l'ensemble des inclinations naturelles. — Cette théorie de Bossuet donne lieu à deux observations. 1° La définition que Bossuet donne des passions confond sous une même dénomination quatre choses différentes : les penchants ou inclinations, les désirs, les passions proprement dites (cl. 25) et les sentiments, c'est-à-dire les plaisirs et les peines qui naissent de ces trois espèces de dispositions (cf. 21-24). 2° La classification que Bossuet donne des passions n'est fondée que sur leurs caractères extérieurs. Quand on examine quelles sont les causes de ces émotions, on est conduit à reconnaître qu'elles supposent des tendances en vertu desquelles l'âme recherche certains objets, parce qu'ils favorisent le développement de ses facultés ou l'exercice des fonctions vitales de l'organisme. C'est de la classification de ces penchants qu'il faut déduire celle des passions (cf. 25).

Lire Charles, Lect. de phil., I, p. 468-472.

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