‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 74 sur 189 · ORIGINE DES IDÉES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES IDÉES

63. Exposer et discuter la théorie de la table rase. Expliquer comment il faut entendre la fameuse exception proposée par Leibniz. (29 novembre 1872.)

Plan. Locke, que l'on peut considérer comme le chef de ■empirisme moderne, s'est appliqué à combattre la théorie ■artésienne des idées innées (cf. G2: et à lui substituer la théorie de la table rase (cf. 61). — L'erreur fondamentale de la théorie de Locke est de méconnaître l'activité intellectuelle de l'âme : car, s'il admet qu'outre les sensations il y a en nous la réflexion par laquelle nous prenons conscience et de nos sensations mêmes et de nos opérations intellectuelles, il n'y voit pas une source originale de connaissances. Leibniz, en critiquant dans ses Nouveaux essais sur l'entendement humain la théorie de Locke, en a fort bien montré le défaut : « Cette table rase, dont on parle tant, n'est à mon avis qu'une fiction que la nature ne souffre point, et qui n'est fondée que dans les notions incomplètes des philosophes, comme la matière première qu'on conçoit sans aucune forme.... On me répondra peut-être que cette table rase veut dire que l'âme n'a naturellement et originairement que des facultés nues. Mais les facultés sans quelque acte ne sont aussi que des fictions, que la nature ne connaît point et qu'on n'obtient qu'en faisant des abstractions. Car où trouvera-t-on jamais dans le monde une faculté qui se renferme dans la seule puissance sans exercer aucun acte? Il y a toujours une disposition particulière à l'action et à une action plutôt qu'à l'autre. Et outre la disposition il y a une tendance à l'action, dont même il y a toujours une infinité à la fois dans chaque sujet; et ces tendances ne sont jamais sans quelque effet. L'expérience est nécessaire, je l'avoue, aliu que l'âme soit déterminée à telles ou telles pensées, et afin qu'elle prenne garde aux idées qui sont en nous... On m'opposera cet axiome reçu parmi les philosophes, qu'/7 n'est rien dans famé qui ne vienne des sens; mais il faut excepter l'âme même et ses affections. « Nihil est in intellectu quod non fuerit in sensu: excipe : nisi ip.se intelUetus. »

Cette exception a un sens excellent; elle maintient l'activité propre de l'esprit qui tire de son propre fonds les idées fondamentales de la métaphysique et les principes a priori de toutes les sciences. Leibniz indique quelques-unes de ces idées dans sa Monadologie (§ 30) : Les actes reflexifs nous font penser à ce qu'on appelle moi, et considérer que ceci ou cela est

en nous ; et c'est ainsi qu'en pensant à nous nous pensons à l'être, à la substance, à l'immatériel et à Dieu même, en concevant que ce qui est borné en nous est en lui sans bornes. » Néanmoins Leibniz n'a pas donné une énumération méthodique des idées qu'il regarde comme innées (cf. 47), et on peut lui adresser les mêmes criliques qu'à Descaries (cf. 62). Il en est résulté que la polémique de Locke, malgré ses erreurs, a paru victorieuse auxvme siècle et a préparé le succès de la théorie de Condillac, qui n'est qu'une simplification de sa propre théorie. Lire Charles, Lect. dephil., I, p. 169-181, 206-210.

64. Exposer et discuter le système de la sensation transformée. (ieT août 1872.)

Plan. Le système de Locke sur l'origine de nos connaissances, système que l'on appelle souvent la théorie de la table rase (cf. 61), consiste à admettre que l'âme a deux sources de connaissances, les sens , qui lui donnent la perception des objets extérieurs, et la réflexion, qui s'exerce sur les opérations de l'esprit. Comme Locke ne voyait pas dans la réflexion une source originale de connaissances, ainsi que le lui a justement reproché Leibniz, Condillac crut pouvoir simplifier son système en supprimant la réflexion. Il enseigna que toutes nos connaissances ne sont que des sensations transformées, en ce sens que, d'après son hypothèse, toutes les opérations de l'entendement et de la volonté dérivent de la sensation considérée comme représentative et comme affective. Dans son Traité des sensations, il suppose une statue animée et qui n'a encore aucune idée; il ouvre successivement aux diverses impressions dont ils sont susceptibles tous les sens de cette statue; il examine ce qu'elle doit à l'action de chaque sens considéré isolément, puis à l'action combinée de plusieurs sens, et ainsi, en partant d'une simple sensation d'odeur, il élève graduellement sa statue à l'état d'être raisonnable : « Si nous considérons, dit-il, que se ressouvenir, comparer, juger, discerner, imaginer, avoir des idées abstraites, connaître des vérités générales et particulières, ne sont que différentes manières d'être attentif; qu'avoir des passions, aimer, haïr, espérer, craindre et vouloir, ne soDt que différentes manières de désirer, et qu'enfin être attentif et désirer ne sont dans l'origine que sentir, nous conclurons que la sensation enveloppe toutes les facultés de l'âme. » Il en tire cette conséouence : « Le moi de

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