‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 75 sur 189 · ATTENTION · texte numérisé non relu

ATTENTION

chaque homme n'est que la collection des sensations qu'il éprouve et de celles que la mémoire lui rappelle. » Ce Sensualisme a donné naissance à l'Idéologie et an Posi-

esl .Maine de Biran qui a le mieux démontré les erreurs de ce système. La première est de considérer l'homme

comme une chose qu'on aperçoit du dehors, ainsi que la matière, tandis que l'esprit, étant immédiatement présent à luimême, se perçoit intérieurement par la conscience : « Je pense, donc je suis. » La seconde erreur, qui est la conséquence de la première, consiste à nier l'activité essentielle du moi et à en faire une collection de sensations, c'est-à-dire de modifications passives, tandis que dès le premier fait de conscience il se conuaît lui-même comme cause en même temps qu'il connaît la matière par la résistance qu'elle oppose à son action (cf. 11, 41). La troisième erreur est de réduire l'idée de l'Être infini à une abstraction ou à une négation.

Lire Charles, Lect. dephil., I, p. 68-71.

Remarque. Four l'exposition et la critique des systèmes modernes qui se rattachent à la théorie de la sensation transformée ou qui lui sont analogues, voyez ci-dessus § H -14 (p. 8), § 47-48 (Remarque, p. 31-32).

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Idéologie, Positivisme.

Attention. Idées claires.

65. Analyser Y Attention. Son rôle dans la formation de nos idées. (16 juillet 1874.)

Plan. Nous pouvons exercer nos facultés intellectuelles spontanément ou volontairement. Dans le premier cas, nous considérons les objets extérieurs dans l'ordre où ils s'offrent à nos regards et sans nous arrêter à aucun d'eux. Dans le second cas, nous choisissons entre ces objets, et nous concentrons nos facultés intellectuelles sur un seul d'une manière exclusive et prolongée. L'effort nécessaire pour accomplir cet acte constitue Y attention : il est ordinairement accompagné d'une tension des organes; de là résulte la différence de voir et de regarder, A' entendre et d'écouter, etc. En s'appliquant à une perception des sens confuse et obscure, l'attention l'isole des autres; elle en discerne et en parcourt les éléments , opération que la logique nomme analyse ; elle nous donne ainsi une idée distincte et claire. En s'appliquant à une perception de la conscience, elle produit le même effet et s'appelle réflexion, terme

qui exprime l'effort par lequel le moi se replie en quelque sorte sur lui-même pour reconnaître ce qui lui appartient en propre dans chaque opération. — Toute notion scientifique a pour condition la clarté, par suite, exige l'attention ou la réflexion. Cette clarté est plus ou moins facile à obtenir selon que l'objet contient peu d'éléments (par exemple, un triangle) ou est très-complexe (par exemple la structure d'un organe). Elle est indispensable à la certitude. C'est pour celte raison que l'école cartésienne s'est beaucoup attachée à la clarté des idées.

Lire Douillet, D. des sciences, art. Attention, Clarté; et Logique de Port-Royal, I, ix.

Abstraction. Idées abstraites.

66. De Y Abstraction et des idées abstraites. En donner des exemples dans les différentes sciences, (lo mai 18G7 ; 19 mars 1874.)

Plan. Pour être réellement une notion scientifique, une idée doit être distincte et claire; elle possède le premier caractère quand son objet nous apparaît séparé des autres, et le second, quand nous discernons tous ses éléments. Elle n'arrive à remplir ces conditions que par le travail de l'esprit sur les premières données de nos facultés intellectuelles, parce que les objets que nous percevons sont toujours complexes. Supposons que j'aie devant moi un dé d'ivoire. 1° Par l'attention, je concentre mon intelligence sur cet objet; je le regarde et je le palpe; puis je discerne par la vue sa forme et sa couleur; par le toucher, son poids, son poli, sa solidité, son volume. J'ai ainsi une idée claire, mais complexe, parce qu'elle est concrète, qu'elle représente la substance avec toutes ses qualités. 2° Dans cet ensemble de qualités, il y en a ordinairement une que j'ai besoin de connaître spécialement, p. ex., la forme : en ce cas je considère celte qualité seule indépendamment de toutes les autres, je fais une abstraction. Cette opération facilite beaucoup le travail de l'intelligence, puisqu'au lieu de l'appliquer à un ensemble de qualilés, comme dans l'attention, on l'applique à une seule. Ainsi, dans un dé d'ivoire, le mathématicien observe la forme cubique et le nombre des plans; le physic:en, le poids spécifique; le peintre, la couleur, etc.

Aucune opération n'est plus familière à notre esprit. Dans le langage, si l'on excepte une parlie des noms et des pro-

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