ABSTRACTION. COMPARAISON
Doms qui désignent des substances prises avec l'ensemble de leurs qualités, tous les motsexpriment des idées abstraites de qualités ou de rapports. Dans les sciences, les mathématiques rcent exclusivement sur des idées abstraites. La physique emploie aussi l'abstraction en ce sens qu'elle étudie successivementune à une les propriétés de la matière; pesanteur, chaleur, etc. ; mais elle conserve toujours une liaison entre celle | | riété abstraite et l'idée concrète de l'objet dont elle l'a tirée; p. ex,, quand je dis que la pesanteur est la force qui at lire un corps vers le centre de la terre, la pesanteur est une abstraction, un rapport, mais c'est un rapport entre deux choses concrètes, la terre et le corps qu'elle attire. Il en est de même dans les sciences morales. C'est une considération très-importante. Quand on la néglige, on a des idées incomplètes ou l'on réalise des abstractions, erreur qui consiste à convertir des phénomènes en êtres et à prêter une existence substantielle à des qualités ou à des rapports. Ainsi l'ancienne physique attribuait une existence réelle au froid et au chaud, au sec et à l'humide; certains scolastiques faisaient des universaux autant d'entités; des physiciens expliquaient avant Descartes beaucoup de pbénomènes par des qualités occultes, l'ascension de l'eau dans les pompes par l'horreur du vide, etc. C'est une cause d'erreur fréquente dans les systèmes scientifiques. Lire Logique de Port-Royal, I, v.
Comparaison. Idées de rapports.
67. De la Comparaison . Son rùle dans la formation de nos connaissances. (12 novembre 1873.)
Plan. Après avoir appliqué son intelligence successivement à plusieurs objets pour s'en former des idées claires (cf. 6î> . on peut examiner si les qualités que l'on a observées dans l'un d'eux se trouvent aussi dans les autres, par suite, chercher leurs et leurs différences, considérer leurs rapports : c'est l'œuvre delà comparaison. Elle comprend deux éléments dir-lincts, l'un analytique, l'autre synthétique : 1° l'application volontaire de l'esprit aux objets, c'est-à-dire l'attention, si l'on considère l'ensemble des qualités (comme le font la zoologie et la botanique dans les classifications naturelles), ou l'abstraction, si l'on n'en considère qu'une seule (comme la géométrie, quand elle démontre l'égalité, l'équivalence ou la PHIL. lév. 3
similitude de deux polygones) ; 2° la perception du rapport, acte essentiellement intellectuel, qui constitue le jugement et le raisonnement (cf. 72-79).
La comparaison est la condition de la généralisation (cf. G8).
Généralisation. Idées générales.
68. Comment se forment les idées générales? (11 novembre 1867.)
Plan. L'expérience ne nous fait connaître que des individus et des faits particuliers. Mais la répétition d'observations semblables ou analogues nous amène naturellement à comparer, par suite à généraliser. — 1° Pour former des idées générales abstraites qui représentent des qualités et des rapports (étendue, nombre en mathématiques ; pesanteur, mouvement, son, chaleur, lumière, en physique; faculté, etc., en psychologie), il faut étudier une qualité ou un rapport dans une série d'individus ou de phénomènes par l'abstraction (cf. 06), discerner les ressemblances et les différences par la comparaison (cf. 67), réunir les caractères semblables en une seule idée et lui donner un nom spécial, ce qui est l'œuvre propre de Va généralisation. — 2° Pour former des idées générales concrètes qui représentent des substances considérées avec l'ensemble de leurs qualités (soit des substances simples, âme, matière ; soit des substances composées, corps, végétal, animal, homme), il faut observer un certain nombre d'individus et considérer l'ensemble de leurs qualités par Vattention (cf. 65), discerner leurs ressemblances et leurs différences par la comparaison (cf. 67), grouper ces individus en plusieurs espèces dont chacune réunit les êtres qui se ressemblent par leurs principaux caractères et reçoit un nom spécial, puis former des genres avec les espèces par le même procédé qu'on emploie pour former des espèces avec les individus. On a ainsi un système d'idées générales : car l'idée de l'individu (Socrate, etc.) est subordonnée à celle de l'espèce (Homme), l'idée de l'espèce est subordonnée à celle du genre (Animal). En multipliant le nombre dos groupes constitués par ces idées générales, on obtient une classification.
Examinons quels éléments contient chaque idée générale dans le système dont elle fait partie. L'idée du genre (Animal) renferme les caractères essentiels qui se trouvent dans les espèces subordonnées (les propriétés relatives à l'union de l 'âme et du corps, savoir la sensibilité et h force motrice); l'espèce (Homme)