GÉNÉRALISATION
joint aux caractères essentiels que possède le genre (Animal) uu caractère propre qui établit une différence essentielle entre elle et les autres espèces (la qualité de raisonnable) ; quant aux différences accidentelles qui distinguenl les individus l'un de l'autre, elles sont écartées par la généralisation parce qu'elles n'ont aucun intérêt pour la science. Les rapports qu'offrenl ainsi le genre, l'espèce et l'individu par leur subordination réciproque et le nombre des qualités qu'ils possèdent constituent l'extension et la compréhension. L'extension d'une idée de genre ou d'espèce est la propriété de s'étendre à un plus ou moins grand nombre d'individus ; sa compréhension est la propriété de comprendre un plus ou moins grand nombre de qualités. Ces deux propriétés sont en raison inverse l'une de l'autre. Elles ont une grande importance pour le jugement et le raisonnement.
Valeur des idées générales (cf. 09, 70).
Lire Logique de Port-Royal, I, vi.
69. Expliquer cette assertion d'Aristote : // n'y a pas de science du particulier. La rapprocher de cette formule de la philosophie scolastique : Nulla est fluxorum scientia. (7 août 1873.)
Plan. L'observation ne nous fait connaître que des individus et des faits particuliers; or la réunion des notions qu'elle nous donne ne constitue pas une science-, elle en fournit seulement les matériaux. Toute science est uu système d'idées générales formées chacune par la réunion des qualités principales des individus ou des conditions principales des phénomènes (cf. 08). Les qualités accidentelles qui font discerner un individu d'un autre, les circonstances variables qui se rencontrent dans tel ou tel phénomène n'ont aucune valeur ni pour la théorie, qui est inintelligible si elle se perd dans la multiplicité indéfinie des détails, ni pour la pratique, qui est impossible si elle tient compte des moindres différences.
Pour déterminer la valeur des idées générales, il faut en distinguer trois classes : 1° idées générales concrètes de substances simples (cime, matière) ou de substances composées (corps, végétal, animal, homme) ; elles représentent des êtres pris avec l'ensemble des qualités principales qui constituent leur essence ; 2° idées générales abstraites de qualités : elles représentent des qualités séparées des sujets dans lesquels elles subsistent, soit qu'elles en constituent l'essence (étendue et force de la matière;
sensibilité, intelligence et activité de l'àme humaine), soit qu'elles en forment simplement des modes {mouvements de la matière; vertus de l'âme) ; 3° idées générales abstraites de rapports ; elles représentent les conditions déterminantes des faits, les lois de la nature. — Cette division des idées générales en trois classes contient tout ce qu'il y a d'utile dans les dix catégories d'Aristote (Log. de Port-Royal, I, m).
Eu résumé : 1° au point de vue métaphysique, les idées générales représentent les essences des espèces qui subsistent au milieu de la succession des individus, et les lois qui constituent l'ordre de l'univers au milieu de la multiplicité des phénomènes ; par suite, le plan même de la création conçue par l'intelligence de Dieu et réalisée par sa puissance ; 2° au point de vue scientifique, elles résument tous les êtres et toutes leurs propriétés eu classes subordonnées et rangées d'après la double loi de l'extension et de la compréhension (cf. 68); elles substituent ainsi à la confusion et à la multiplicité des observations particulières la simplicité et la clarté, l'ordre et la symétrie; 3° au point de vue psychologique, elles sont les éléments ordinaires de nos jugements; elles servent de fondement à la Grammaire générale, qui nous fait retrouver la classification des idées générales dans celle des termes généraux (substantifs, adjectifs, verbes, etc.), sans lesquels il serait impossible aux hommes de s'entendre.
Cet examen démontre la vérité de l'assertion d'Aristote : Il n'y a pas de science du particulier ; et celle de celte formule de la philosophie scolaslique : Nulla est fluxorum scientia.
70. Quelle est la nature et la valeur des idées générales? Qu'appellc-t-on dans l'histoire de la philosophie JSominalisme, Conceptualisme, Réalisme? (11 nov. 1871.)
71. Est-il vrai de dire, avec quelques philosophes contemporains, qu'une idée générale n'est qu'un mot? (24- octobre 1873.)
Plan. Quand on a étudié la nature et la valeur des idées générales (cf. 69), on peut apprécier les trois opinions qui ont été soutenues à ce sujet daus la philosophie scolastique : 1° (Nominalisme de Roscelin). Les genres sont de simples abstractions que l'esprit se forme en rassemblant sous une idée commune ce qu'il y a de semblable en divers individus; ce ne sont que des mots, nomina (opinion soutenue encore par des philosophes de notre siècle). 2° {Conceptualisme d'Abélard). Les