MÉMOIRE
-/■' f. Cette distraction a été établie par Aristote, développée pr Plotin, saint Augustin et l'école cartésienne. Bossuetla dé- Kit ainsi dans la Conn. de Dieu eh. I, xu : « On Bstingue la imaginative, où se retiennenl 1rs choses Énsibles et les sensations, d'avec la m '■ llectuelle, par ■quelle se retiennent les véritéset les choses de raisonnement I d'intelligence. » Il rattache avec raison cette distinction à fale de l'imagination et de l'en ■' (cf. 82).
La mémoii et la mémoire intetfectuei/e sont ordinaire-
ment liées entre elles comme la perception extérieure, qui nous :lonne les images, est liée elle-même aux opérations des autres facultés intellectuelles qui nous donnent les idées. Le retour de 'image provoque le retour de l'idée, parce qu'elle excite l'ac- [ivité de l'intelligence, comme la sensation déterminée par l'impression organique fait entrer en action la conscience et la raison avec les opérations qui se rattachent à leur exercice : o'est uu des principes de la mnémotechnie (cf. 80). A son tour, Pidée éveille l'image de l'objet auquel elle se rapporte. L'alliance de l'idée et de l'image se manifeste dans celle de la et de la parole. Aristote dit que la pensée ne va jamais sans image. On peut dire dans le même sens que la mémoire intellectuelle s'exerce généralement avec la mémoire sensible.
82. Distinguer l'Imagination et Y Entendement. (14 août 1806; 17 août 1869.)
Rem. Distinguer l'Imagination de l'Entendement revient a distinguer l'image de Vidée (cf. 81). Cette question est traitée par Bossuet dans la Connaissance de Dieu et de soi-même, I, ix-xi (cf. édition Charles, p. 41-47, notes .
Lire Charles, Leet. dephit., I. p. 340-347, 330-358, 301 3G2, 304-305.
83. Des conditions psychologiques de la Mémoire. Analyse du souvenir. (2 août 1867.)
84. Montrer par des exemples la différence de la rémince et du souvenir. Analyser les éléments et les lois
du souvenir. (31 octobre 1874.)
85. En quel sens est vrai ce mot de Royer-Collard : « On ne se souvient pas des choses ; on ne se souvient que de soi-même. » (13 novembre 1873.)
Plan. Pour comprendre quelle est la fonction propre de
la mémoire dans les opérations intellectuelles, il faut en déterminer les conditions psychologiques en analysant le souvenir. Chaque acte de la mémoire comprend, quand il est complet : 1° la reproduction spontanée (souvenir) ou la reproduction voA lontaire (rappel) d'une notion précédemment acquise; cette notion est une image ou une idée (cf. 80) ; 2° la notion du temm où l'objet du souvenir a été perçu; quand nous nous souvenons d'une chose, nous reconnaissons qu'un certain temps s'es écoulé depuis le moment où nous avons acquis la notion de cette chose jusqu'au moment où elle nous revient à l'esprit, c'est-àdire que nous avons duré nous-mêmes, que notre activité a produit une série de phénomènes successifs qui sont passés, tandis qu'elle-même subsiste toujours et apprécie sa propre durée par la continuité de son action ; 3° la notion de noire identité personnelle ; en reconnaissant comme antérieurement acquise la notion reproduite actuellement par la mémoire, nous jugeons que le sujet qui a acquis cette notion est le même qui la reproduit en vertu de la continuité de son existence qui est la continuité même fie son action. — De cette analyse on peut tirer les conséquences suivantes. 1° Nous ne nous souvenons ni des objets que nous avons perçus, ni de nos sentiments, ni de nos résolutions, ni même de nos idées; nous nous souvenons seulemont des actes intellectuels par lesquels nous avons eu conscience de nos états ou de nos opérations. C'est en ce sens que Royer Collard a dit : « On ne se souvient pas des choses; on ne se souvient que de soi-même. » Il en résulte que la clarté du souvenir est proportionnée à la clarté de la conscience, parce qui la mémoire, comme la conscience, ne s'applique qu'au mon 2° Nous ne connaissons d'autre durée que la nôtre; c'est la seule attestée par la mémoire. Quand nous jugeons qu'un phénomène extérieur a duré, nous jugeons que nous avons duré nousmêmes en le voyant, et nous lui appliquons l'idée de durée par induction. En généralisant toutes les durées individuelles, nous concevons l'idée abstraite de temps ; c'est le mode d'existence propre aux choses qui changent, comme l'éternité est le mode d'existence propre à l'Être immuable, à Dieu. Nous mesurons le temps par notre propre durée, et celle-ci, par la succession des faits dont nous avons conscience. 3° Nous acquérons par la mémoire la notion de notre identité personnelle ; mais celleci est elle-même la condition de la mémoire : car le souvenir suppose un lien continu entre l'existence passée du moi et son existence présente. 4° Les conditions psychologiques énumé-