‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 88 sur 189 · LINGUISTIQUE · texte numérisé non relu

LINGUISTIQUE

teinent pour diminuer l'effort et arriver à une prononciation plus aisée : p. ex., compâsitus a donné compôstus (Virgile) j pôsila adonné posta en italien et en espagnol, poste en français. Les flexions des noms et des verbes ont particulièrement souffert de cette loi dans le latin populaire : les lettres finales m et s. qui jouent un rôle si important dans la déclinaison el la conjugaison, sont tombées après n'avoir eu pendant longtemps qu'un son sourd et affaibli qui en permettait l'élision dans la poésie (mortalibu' = mortulibus, UV etiam= illum etiam); de là est résultée la nécessité de substituer des formes analytiques aux formes synthétiques des cas.

2° Loi psychologique. Autant qu'on en peut juger aujourd'hui par la comparaison approfondie du latin avec le grec et avec le • sanscrit, la tendance des premiers hommes a été de désigner les objets et leurs rapports par des formes synthétiques, comme le génitif rosarum exprime l'idée principale par le radical rosa et l'idée accessoire de genre par le suffixe rum. Ce procédé d'agglutination a l'avantage de rendre la pensée dans son unité ; mais il a cet inconvénient que, les flexions s'altérant par des modifications phoniques en vertu de la loi que nous avons expliquée ci-dessus, leur sens se perd peu à peu. Le besoin de comprendre la valeur des signes employés pour indiquer les i « 1 <• e s accessoires de rapports conduit alors l'esprit humain à substituer au système ancien un système nouveau, où la prédominance des formes analytiques donne plus de clarté et de précision. C'est ce qui est arrivé au latin populaire à l'époque de l'empire ; il a remplacé le génitif par la préposition de. le datif par ad, et exprimé toutes les prépositions que sousentendait la langue savante ; il n'a conservé que deux cas, le nominatif et l'accusatif, dont la distinction a subsisté plusieurs siècles dans le vieux français; il a indiqué les fonctions de sujet et de régime direct parla position respective que les mots occupent dans les phrases ; enfin il a simplifié la conjugaison par la suppression de plusieurs temps simples et un emploi plus fréquent des auxiliaires. Ce qui prouve que ces changements se sont opérés dans le latin populaire par un travail spontané de l'esprit, c'est qu'ils sont communs à toutes les langues romanes qui en dérivent. Ils démontrent donc la réalité de la loi que nous avions à expliquer.

Lire Charles, Lect. de phil., II, p. 137 ; Egger, Notions de grammaire comparée, ch. xvi, xxui; Bouillet, D. des sciences, art. Langage, Linguistique.

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