‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 90 sur 189 · INSTINCT. HABITUDE · texte numérisé non relu

INSTINCT. HABITUDE

En comparant ces lois de l'instinct à celles de la liberté, il est facile d'en saisir la différence. La liberté implique délibération, choix du but et des moyens propres à l'atteindre ; elle suppose expérience et éducation ; par suite progrès, comme on le voit par les inventions humaines; elle se prête avec l'intelligence aux applications les plus diverses dans l'individu et dans l'espèce. L'instinct domine dans l'animal; si, dans les espèces supérieures, l'animal donne, des marques d'intelligence, il n'arrive pas à réfléebir, à savoir comme l'homme ce qu'il sent, ce qu'il pense et ce qu'il veut. La liberté est la forme générale de l'activité dans l'homme. — Quant à V habitude, elle naît de la répétition des actes; elle a son commencement, ses progrès, ses divers degrés de perfection ; elle n'est pas ■infaillible comme l'instinct quoiqu'elle s'en rapproche beaucoup. Elle ne peut donc en rendre compte. Cependant, comme certaines habitudes développent dans l'organisme des aptitudes corrélatives, elles peuvent se transmettre héréditairement et constituer ainsi dans les générations subséquentes de nouveaux instincts. — En résumé, ['instinct caractérise la vie animale, tandis que la vie humaine s'élève de l'instinct à la liberté et se crée par l'habitude une seconde nature.

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Instinct; Charles, Lect. dephil., I, p. 479-486.

Habitude.

107. Qu'est-ce que Y Habitude? Quelles en sont les principales lois? (12 mai 1870; 14 novembre 1874.)

108. Distinguer et définir les différentes sortes d'habitudes : H. organiques, H. instinctives, H. intellectuelles, H. morales. (29 juillet 1872.)

109. Influence de Y Habitude sur le développement intellectuel et moral de l'homme, (o août 1867.)

Plan. L'existence consiste à agir; elle implique une tendance à persévérer et à demeurer dans ce qui la constitue; par suite, l'activité a une tendance à répéter les mêmes opérations et à conserver ainsi les dispositions acquises. C'est là ce qui constitue ['habitude. Pour en déterminer les lois, il faut distinguer les habitudes actives produites par la répétition des mêmes opérations, et les habitudes passives, produites par la répétition des mêmes faits affectifs. Voyons leur nature.

1 ° La répétition des mêmes actes en rend l'exécution plus facile et plus sûre, diminue l'effort nécessaire pour les accomplir ei en affaiblit ainsi la conscience, enfin engendre un penchant à les reproduire, penchant qui devient de plus en plus énergique.

2° La répétition ou la continuité des mêmes plaisirs et des mêmes douleurs en affaiblit l'intensité; de l'affaiblissement des plaisirs naît le besoin d'excitants nouveaux. Cependant le plaisir subsiste ou même augmente quand l'activité qui le produit renaît périodiquement d'elle-même, ou que son objet, tombant dans le domaine de l'imagination, apparaît sous des aspects divers et que, pour une seule affection, il produit une grande variété de modes.

Les lois de l'habitude ont plusieurs applications. 1° Les organes s'accoutument à des mouvements et à des manières d'être qui étaient d'abord pénibles. Les fonctions du corps humain peuvent se régler et les besoins reviennent aux mêmes heures. 2° Quand une habitude est invétérée, les actes qu'elle produit prennent un caractère machinal en même temps qu'ils deviennent presque nécessaires. Ils se rapprochent ainsi de ceux dont l'instinct est le principe, mais ils ne se confondent jamais avec eux, excepté dans l'animal. C'est en ce sens qu'on dit que l'habitude est une seconde nature (cf. 104). 3° L'habitude joue un grand rôle dans les opérations intellectuelles : par exemple, elle rend la perception plus sûre et plus claire en même temps qu'elle affaiblit la sensation. La mémoire et l'association des idées en sont les applications les plus importantes. 4° Enfin l'habitude joue un grand rôle dans la moralité : elle règle l'exercice des besoins naturels ; elle crée de nouveaux penchants ; elle modifie les diverses espèces d'affections ou elle leur donne une force prédominante. Cependant elle reste toujours soumise à l'empire de la volonté qui l'a créée.

Les considérations qui précèdent permettent de déterminer facilement l'influence de l'habitude sur le développement intellectuel et moral de l'homme. Elle modifie profondément les facultés et les dispositions que nous apportons en naissant. Pour s'en rendre compte, il suffit d'examiner les opéralions les plus simples de l'esprit, lire et parler ; dans un ordre plus élevé, on n'arrive à bien juger et à bien raisonner que par une pratique constante des règles de la méthode. L'habitude est la condition de l'éducation; elle est l'auxiliaire de tout progrès dans les sciences, les arts et l'industrie. Au point de vue de la

VOLONTÉ. 8!i

morale, elle a également mie grande importance : elle constitue les vertus et les vices (cf. 270 ; en formant les mœurs, elle diminue l'effort qu'exige la pratique du bien et la change en plaisir.

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Habitude: Charles, Lcct. de phil., I, p. 53i-oi-i.

Volonté.

110. Analyser le fait delà résolution volontaire. (2o novembre 1869 ; 4 novembre 1871.)

Plan. La volilion est un phénomène complexe qui com- . prend les éléments suivants : 1° se posséder, être maître de ses facultés; 2° concevoir l'acte et les moyens de l'exécuter; 3° examiner et apprécier les mobiles (comme le désir) et les motifs (comme l'idée du devoir qui poussent à cet acte ou en détournent; 4° se résoudre librement, c'est-à-dire avec conscience et sans contrainte ; 5° exécuter cette résolution par l'exercice de l'activité intellectuelle ou de la force motrice. — Le désir précède la volition et appartient à la sensibilité (cf. 1 1 1).

— Délibérer (concevoir l'acte et les moyens de l'accomplir, examiner et apprécier les mobiles et les motifs] constitue la réflexion et appartient proprement à l'intelligence dirigée par la volonté.

— Se résoudre librement est le fait qui constitue essentiellement la volition; se posséder en est la condition; commencer l'exécution en est la conséquence et montre la réalité de Vin-

n. Sous ce rapport la volition peut se définir une résolution libre accompagnée d'effort. — Exécuter est la conséquence de se résoudre , mais en est distinct : sans doute on ne veut que ce qu'on croit pouvoir; mais il arrive que l'on se trompe à cet égard; on peut toujours prendre une résolution, on ne peut pas toujours l'accomplir, soit que la force physique fasse défaut, soit que l'intelligence se trompe dans la conception des moyens employés, soit que des circonstances extérieures indépendantes de l'agent rendent ses efforts inutiles. — Il résulte de cette analyse que la résolution volontaire a pour caractères la réflexion et la liberté. C'est par là qu'elle se distingue de Yinstinct.

Lire Janet, Êlém. de morale, ch. II, § 3; Charles, Lect. de phil.. I, p. 487-489.

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