‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 92 sur 189 · VOLONTÉ · texte numérisé non relu

VOLONTÉ

sortes d'opérations intellectuelles, celle de Y entendement et celle de la volonté. L'une et l'autre a pour objet quelque raison qui nous est connue : tout ce que j'entends est fondé sur quelque raison; je ne veux rien, que je ne puisse dire pour quelle raison je le veux. » Celte théorie est empruntée à saint Thomas, qui l'a lui-même tirée d'Aristote. Ce philosophe considère, dans son traité De l'âme, les divers degrés de la vie dans le végétal, l'animal et l'homme; par suite, il distingue les fonctions de la vie végétative, les opérations sensitives propres à l'animal et les opérations intellectuelles propres à l'homme (cf. Bouillet, D. des sciences, art. Psychologie; Bossuet, Conn. de Dieu, V, xra). Cette division est bonne pour la physiologie qui, étudiant la vie par l'observation extérieure, conclut par induction des phénomènes à leur cause; mais elle ne peut pas servir de fondement à la psychologie, qui doit étudier l'âme par l'observation intérieure (cf. 11).

En acceptant la division d'Aristote et de saint Thomas, à cette époque universellement reçue dans l'école, Bossuet l'a beaucoup améliorée par les emprunts qu'il a faits à la philosophie de Descartes. 1° Il sépare la psychologie de la physiologie (II, xiv ; III, xxu) : « L'âme qui connaît si bien et si distinctement ses sensations, ses imaginations et ses désirs, ne connaît la délicatesse et les mouvements ni du cerveau ni des nerfs. » 2° Il donne pour fondement à la psychologie la connaissance de l'âme par la réflexion (I, xu) : « On dislingue entre les pensées de l'âme qui tendent directement aux objets, et celles où elle se retourne sur elle-même et sur ses propres opérations par cette manière de penser qu'on appelle réflexion.» 3° Il établit l'unité de l'âme avec une précision qui lui est particulière (ch. I, xx) : « Les facultés sensitives nous ont paru dans les opérations des sens intérieurs et extérieurs et dans les passions qui eu naissent; et les facultés intellectuelles nous ont aussi paru dans les opérations de Y entendement et de la volonté. Quoique nous donnions à ces facultés des noms différents par rapport à leurs diverses opérations, cela ne nous oblige pas à les regarder comme des choses différentes. Car l'entendement n'est autre chose que l'âme en tant qu'elle conçoit; la volonté n'est autre chose que l'âme en tant qu'elle veut et qu'elle choisit; de sorte qu'on peut entendre que toutes ces facultés ne sont au fond que la même âme qui reçoit divers noms à cause de ses différentes opérations. » 4° 11 distingue nettement Ycntendcment de la volonté et résume ainsi sa

doctrine sur ce point : « L'homme qui a fait réflexion sur luimême a connu qu'il y avait dans son âme deux puissances ou facultés principales, dont l'une s'appelle entendement et l'autre volonté, et deux opérations principales, dont l'une est entendre et l'autre vouloir. Entendre se rapporte au vrai, et vouloir au bien. Toute la conduite de l'homme dépend du bon usage de ces deux puissances. L'homme est parfait quand, d'un côté, il entend le vrai, et que, de l'autre, il veut le bien véritable, c'est-à-dire la vertu [Logique, introduction). » 5° I! définit exactement la liberté (Conn. de Dieu, I, xvm) : « Vouloir est une action par laquelle nous poursuivons le bien et nous fuyons le mal et choisissons les moyens pour parvenir à l'un et éviter l'autre. Nous sommes déterminés par notre nature à vouloir le bien en général (le bonheur) ; mais nous avons la liberté de notre choix à l'égard de tous les biens particuliers, etc. Avant que de prendre son parti, on raisonne en soi-même sur ce qu'on a à faire ; c'est-à-dire qu'on délibère, et qui délibère, sent que c'est à lui de choisir. »

Si, tout en distinguant nettement l'entendement de \a volonté-, Bossuet les réunit sous le nom d'opérations intellectuelles. c'est qu'il leur reconnaît un caractère commun; dans les opérations sensitives (sensations, imagination, passions), l'âme est assujettie à des mouvements du cerveau (III, i-xi) ; mais dans les opérations intellectuelles, elle est supérieure au corps; elle lui commande en déterminant ses mouvements. Eu effet, l'intelligence n'est attachée par elle-même à aucun organe ni à aucun mouvement du corps ; elle n'en dépend qu'indirectement par sa liaison avec les sens; pareillement la volonté n'est attachée à aucun organe corporel, et, loin de suivre les mouvements du corps, elle y préside par l'empire qu'elle exerce sur le cerveau (III, xn-xv). - Cette distinction sert à résoudre la question de l'immortalité de l'âme. Si l'on accorde une âme aux bêtes, comme elle n'a que les opérations sensitives assujetties aux organes, elle ne doit pas survivre à la dissolution du corps. Au contraire l'âme humaine, outre les opérations sensitives, possède les opérations intellectuelles qui constituent l'esprit (voûç, mens); celles-ci n'étant pas attachées à des organes corporels comme les sensations, l'âme ne doit point perdre la vie en perdant son corps : « Autant que Dieu restera à l'âme, autant vivra notre intelligence; et quoi qu'il arrive de nos sens et de notre corps, la vie de notre raison est en sûreté (V, xm, xiv). »

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