CHAPITRE PREMIER
FABRICATION DU FER CORROYÉ
ARTICLE PREMIER
DES FOURS
461. Diverses espèces de fours et machines de la forge. — Dans les forges à l'anglaise proprement dites, on distingue quatre espèces principales de fours à réchauffer, savoir : 1° ceux qu'on emploie pour les fers marchands ordinaires ; 2" les fours pour petits fers ; 3° les fours à rails et 4° les fours à brammes pour grosses tôles. Les tôles ordinaires se fabriquent dans des fours identiques aux fours à rails. A Seraing, tous ces fours ont une sole de 8 pieds anglais de longueur et les fours pour petits fers ne se font remarquer que par une réduction de 1 pied 3 pouces dans la largeur de la sole.
Le plus souvent les fers corroyés se fabriquent au moyen des mêmes fours qui les consomment. Nous prendrons pour exemple dans ce chapitre un four pour gros fers marchands de Couillet.
Les machines de la forge sont les marteaux, les trains, les cisailles, les scies et le mouton pour casser les corroyés. Comme les trains pour corroyés ne diffèrent généralement des trains pour fers finis que par les cannelures des cylindres (elles sont toujours rectangulaires) et que nous avons déjà décrit les marteaux, les cisailles et les scies, il ne nous resterait, pour compléter nos connaissances sur la partie mécanique de l'usine, qu'à étudier le mouton précité ; mais nous renvoyons, pour la description de cette machine, au supplément : Essais des fers par le choc.
462. Fours à réchauffer ordinaires. — Les fours à réchauffer sont des fours à réverbère dont la construction doit être telle qu'on puisse y
34i SECTION III. UÉCIIAUFFAGE, COIIUOYAGE ET FIN'ISSAGE.
développer rapidement une chaleur soudante et durable. Les conditions à remplir pour atteindre ce but sont une grande extension de la grille par rapport à la surface de la sole, une voûte très-basse, une cheminée très-élevée et un rampant étroit. Souvent la cheminée n'a pas la hauteur convenable. Alors il est nécessaire d'élargir le rampant, afin de produire la chaleur soudante dont on a besoin. Mais les rampants trop larges ne retiennent jamais la chaleur dans le four, exigent une dépense considérable de charbon et s'opposent à une répartition égale de la chaleur dans toutes les parties du four.
Les fours à réchauffer ont beaucoup de ressemblance avec les fours à puddler, mais ils en diffèrent sous plusieurs rapports. Ils sont toujours pleins, et non à air comme les fours à puddler. — Leur sole, entièrement formée de sable réfractaire, est au niveau de la porte. Il n'y a pas de chio sous la porte ; les scories sortent par le cliio de la ciieminée. La sole est légèrement inclinée de devant en arrière pour la facilité du travail, et de l'autel au rampant pour l'écoulement des scories. La première inclinaison est de 1 pouce sur la largeur de la sole, l'autre inclinaison est plus grande. La sole a une longueur et une largeur plus grandes que dans les fours à puddler. — Le petit autel manque, mais il y a pour la chauffe un pont à air. — Au lieu d'une grande porte de travail, comme dans les fours à puddler, on en emploie deux plus petites, placées l'une à côté de l'autre. Par ce moyen, on conserve mieux la chaleur dans le four et on facilite le travail. — La grille a 3 à S pouces de plus en longueur et en largeur, que dans les fours à puddler; elle est carrée et elle a 44 pouces de côté. — La pipe est plus basse, mais elle a 3 pouces de plus en largeur ; en outre, sa longueur est moindre de 9 pouces, afin que la flamme puisse sortir plus rapidement. En avant du chio le sol est creusé pour l'écoulement des scories.
Les fig. 1 à 5, pl. 3, sont la première et la dernière des coupes verticales dans le sens de la longueur et dans le sens de la largeur du four et les trois autres des coupes horizontales. — C, la chauffe. On voit les sommiers qui supportent la grille et les taques d'appui pour les murs de la chauffe et pour ces sommiers. — t, tisard. P, autel ou pont de chauffe ; presque toujours on y laisse pour la circulation de l'air un vide à l'aide de deux sommiers en fonte non figurés ici, mais visibles pl. 21, fig. 1, dans un four à rails. Ce passage communique par ses extrémités avec l'air extérieur au moyen de deux canaux verticaux ménagés dans les pieds droits respectifs de la voûte. — F, voûte. 5, sole, p, p, portes de travail. R, rampant ou pipe, f, floss ou flux de la cheminée.
La sole en sable repose, comme on voit, sur un plancher en taques de
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fonte. A Seraing, le fond de sole des fours à réchauffer se compose de riquettes de tôle appuyées sur deux ou trois rails servant de sommiers.
On a relevé la voûte sur le devant, fig. 5, pl. 3, pour compenser, au moyen d'une flamme plus volumineuse, la perte de chaleur qui se fait inévitahlement par les portes de travail.
Sauf le châssis et le seuil des portes, les taqucs d'encadrement sont à peu près les mêmes pour les fours à réchauffer que pour les fours à puddler.
Nous avons vu qu'on modifiait les dimensions du rampant dans les fours à puddler, suivant la direction de la grille de ces fours au nord ou au midi ('). Cette règle s'observe aussi pour les fours à réchauffer. Mais dans ceux-ci on fait en outre varier la hauteur de la voûte, lorsque l'exposition change. Les dimensions du rampant sont les suivantes :
Fours au midi. Fours au nord.
Largeur 1b pouces anglais 15 pouces anglais.
en haut 17 — — "18 — —
en bas 27 — — 27 — —
Hauteur
Les distances de la voûte à l'autel sont respectivement :
Fours eiu midi. Fours au nord.
Près de la porte 10 pouces. 12 pouces.
Au milieu H — \k —
Du côté opposé 9 — 10 1/2 —
L'autel est élevé de 7 à 9 pouces au-dessus de la sole et de 23 pouces au-dessus de la grille. Le passage vide de l'autel a 2 pouces de largeur. La taque d'autel a 14 pouces de large.
Dans un four à rails qu'on a construit à Seraing (fin 1869), on a baissé avec succès la voûte de la manière indiquée par la ligne pointillée, l, pl. 21, fig. 1 : ce four chauffe mieux et plus vite que les fours ordinaires. Le même moyen, employé, il y a déjà plusieurs années, dans d'autres usines, notamment à Couillct, a également procuré des avantages dans les fours à réchauffer pour fers marchands et pour fer fendus. Dans ces fours, il a suffi de baisser la voûte d'environ cinq pouces, pour pouvoir réduire la surface de la grille de 42 ou 45 pouces carrées anglais à 59 ou 40 pouces, l'abaissement de la voûte compensant amplement la diminution de chaleur due à ce rétrécissement.
Il faut trois fours à réchauffer pour sept fours à puddler, et sur sept fours à réchauffer, il y en a constamment un en réparation.
463. Personnel. ■ — Un four à réchauffer est desservi par deux
(') Cette observation ne s'applique probablement qu'à l'usine de Couillet. II. V.
SECTION III. UÉCHAUFFAGE, CORROYAGE ET FINISSAGE.
brigades d'ouvriers, l'une pour le jour, et l'autre pour la nuit. Chaque brigade se compose d'un maître et d'un aide. A Couillet, on paye au maître 2 fr. SO c. par 1000 kilog. de fer corroyé. Sur cette somme le maître doit payer son aide à raison de 2 fr. bO à 3 fr. par tournée de douze heures. Lorsqu'on réchauffe de grosses pièces, le maître doit avoir deux aides. Mais alors on prend des arrangements particuliers avec lui.
464. Journées moyennes des premiers chauffeurs pendant les quatre derniers mois de 1866 et pendant le mois de janvier 1867, à Montigmjsur-Sambre.