‹ Traité théorique et pratique de la folieChapitre 289 sur 295 · LIVRE PREAIIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREAIIER

0 B S E 11 V A I IONS 1 > ’ ï Al B É C I L L 1 T L

<:0\SÉri TIVE \ UNE MAI. VDIE UÉRÉBUALE ACCTDENTEI T.E.

Homme. 4^. Harié. Osivricr.

— :îH8 J. Gastro-entérite.

Vers la fin de juillet 1838, sans cause appréciable, perte subite de la connaissance et chute. Quelques jours après, embarras, puis perte de la parole, l'n moisaprès, engourdissement du bras et de la jambe du côté droit, et paralysie. Le malade, qui ne peut se faire comprendre, s’emporte et menace. Il est surtout violent envers sa femme.

Symptômes à l’entrée ; Hémiplégie du côté droit, avec conservation de la sensibilité. Conservation des mouve-

O HS K H VA T IONS

mens de la lace. Langue se déviant à droite par sa pointe, lorsque le malade la fait sortir de sa bouche. Le malade comprend ce qu’on lui dit; il veut répondre, et il prononce ces articulations ; « qué beau , tè beau » , qu’il répète plusieurs fois de suite , en exprimant, par son visage et ses mouvemens , l’impatience et l’irritation. Il rit sans motif apparent. Il est très irascible. 11 éprouve de temps à autre des convulsions épileptiformes , avec symptômes de congestion cérébrale. Le membre inférieur droit est œdématié.

Des symptômes de gastro-entérite se manifestent , et le malade meurt.

ïéte, 500. — 190. 133. *2(>0. 3^0. 3^0.-1263.

Front assez haut, mais étroit. Du bord externe d’une orbite à l'autre, quatre-vingt quinze milimètres.

L’hémisphère gauche est affaissé au niveau de la partie moyenne de la scissure de Sylvius. Les membranes sont saines. Le cerveau est étroit, alongé. Les lobes antérieurs sont courts. Les circonvolutions sont petites. La substance grise est pale ; la substance blanche ferme.

L’hémisphère gauche offre l’altération suivante : Les circonvolutions qui constituent rîle,au fond de la scissure de Sylvius, et toute l’épaisseur du corps strié, n’existent plus , et sont remplacés par une cloison membraneuse qui forme la paroi du ventricule. D’une part, la membrane ventriculaire épaissie , sur laquelle rampent les vaisseaux , d'autre part i’arachnoïde et la pie-mère, constituent cette cloison ;entre ces deux parties de la cloison , existe du tissu cellulaire qui les unit lâchement, et qui a une couleur jaunâtre. Au pourtour de la perte de substance , plusieurs circonvolutions sont ramollies, atrophiées, et se montrent comme déchirées ; dans plusieurs points, elles sont indurées. L’altération des bords de la perte de substance se propage davantageen avant, à la naissance du lobe antérieur qui est court. La couche optique et le pédoncule paraissent sains.

— 800 J. Ramollissement cérébral.

Il y a deux ans, attaque d’apoplexie, paralysie du côté gauche. Depuis, trouble de la raison.

A l’entrée : Paralysie du côté gauche de la face. Paralysie du bras gauche, avec contracture de l’avant-bras sur le bras , des doigts sur la main. La jambe , de ce côté, a conservé ses mouvemens. La sensibilité de la peau est diminuée à la face, au bras, et au membre inférieur. Pupille du côté gauche dilatée. Douleurs à la partie postérieure de la tête. Évacuation involontaire des urines et des matières fécales. Constipation habituelle. Alfaiblissement des facultés intellectuelles ;'tristesse et hilarité sans motifs ; loquacité. Le malade garde le lit.

Quelques congestions cérébrales légères, à intervalles assez éloignés.

Six jours avant la mort, abattement , gêne de la respiration, gémissemens, douleurs abdominales, perte de la connaissance , coma.

A la partie supérieure et interne du lobe antérieur droit, à vingt- sept millimètres de son extrémité antérieure , existe un ramollissement qui comprend plusieurs circonvolutions dans toute leur épaisseur, et qui s’étend jusqu’à la paroi ventriculaire , sans l’intéresser. Il n’existe pas de ligne de démarcation sensible entre les parties ramollies et les parties de consistance normale. La couleur des parties ramollies n’est pas altérée. La substance grise est comme diffluente; la blanche a perdu tout aspect fibreux, et s’éraille en tout sens, à la plus légère traction. Dans toute la partie altérée, on remarque un assez grand nombre de petites ponctuations inégales d’un rouge foncé, qui forment des groupes, et qui paraissent être de petits épanchemens de sang.

Oü SEK V A r IONS

Dans le lobe postérieur droit , existe un kyste apoplectique du volume d’une noisette, à parois loculaires, revêtu d’une membrane contenant de la sérosité. Le ventricule latéral de l’hémisphère droit est dilaté. La substance blanche qui constitue ses parois, celle du septum et de la voûte, ont une consistance plus grande que dans l’état ordinaire. La couche optique droite otîre, à travers la membrane ventriculaire épaissie , une couleur jaune rouille. Dans sa partie postérieure et externe, l’œil et le doigt font reconnaître une dépression très sensible, qui paraît indiquer une perte de substance. Une incision fait reconnaître, dans cette partie, l’existence d’un kyste, du volume d’une petite noix , contenant de la sérosité jaunâtre , à parois loculaires revêtues d’une membrane lisse. Ce kyste remplace toute la portion externe et postérieure de la couche optique. Les substances blanche et grise qui l’entourent, ont une consistance sensiblement plus ferme que dans l’état normal.

La couche optique du côté gauche, légèrement altérée dans sa couleur , et comme un peu atrophiée, contient un très petit kyste apoplectique.

Les lobes olfactifs sont durs d’une couleur jaune rouille ; les nerfs olfactifs sont eux-mêmes très consistants.

Les artères de la base sont encroûtées de plaques jaunes.

Homme. 54. Harié. Commin^sioiinaire.

Chute sur la tète. I65Ü J. Cangrène.

Renseignemens incomplets. Il y a trois ou quatre ans, à la suite d’une chute qui détermina plusieurs plaies à la tête, symptômes de paralysie. Il y a nn an , premiers symptômes d’aliénation mentale. II erre dans les campagnes ; il marche sans cesse, i! parle seul.

DIMBÉCILLIT É.

:wd

A l’entrée , la parole est embarrassée ; il faut beaucoup d’attention pour saisir ce que dit le malade. Il traîne la jambe gauche, qui oITre des cicatrices anciennes. Le bras gauche est à demi paralysé. Le malade , quand il a besoin de s’appuyer, se sert du membre supérieur droit. L’intelligence est affaiblie. Les discours n’ont pas de suite. La physionomie est stupide. Le malade est gâteux. Il mange avec voracité.

Gangrène du gros orteil gauche, qui se borne à l’étendue d’une pièce de deux francs. L’inflammation et la suppura" tion se propagent le long des gaines tendineuses. La peau se gangrène dans une petite étendue de la région antérieure de la jambe ; vers son tiers inférieur , une fistule s’ouvre. La suppuration est très abondante. La jambe se fléchit sur la cuisse, et la cuisse sur le bassin. La peau se gangrène en plusieurs points de la région rotiilienne du genou. Marasme. Mort.

Encéphale, Î.2'r0.

Adhérences celluleuses entre les deux faces internes des hémisphères. Légère opacité des membranes. Couche corticale pâle et mince.

L’hémisphère cérébral droit est sensiblement moins volumineux que le gauche. Dans plusieurs circonvolutions, au-dessus de la scissure de Sylvius, la couche corticale oflVe comme des érailiures où cette substance manque , est remplacée par un liquide à demi gélatineux , qui laisse voir, en plusieurs points, la substance blanche recouverte seulement d’une lame celluleuse transparente. Les circonvolut ons sont amincies , . ont moins de hauteur et sont comuie froncées dans une étendue circulaire de quarante mili nèlres de diamètre. Une de ces érailiures a une couleur rouille foncé. A l’extrémité antérieure du lobe sphénoïdal droit, il y a perte de substance de la couche cor-

OBSERVATIONS

ticale avec coloration rouille, ramollissement diffluent des bords de la couche persistante. La substance blanche, au centre de l’altération , qui pourrait loger une semence de haricot , est à nu , et simplement recouverte d’une lame celluleuse.

L’hémisphère droit paraît avoir perdu beaucoup de sa hauteur, en avant et en arrière. En effet, une incision longitudinale, pratiquée dans cet hémisphère, au niveau de la partie moyenne du ventricule latéral , fait voir les altérations suivantes : En avant , le lobe antérieur est creux et offre une cavité qui communique largement avec le ventricule latéral , dont elle paraît être la continuation. La substance blanche est là remplacée par des lames celluleuses de couleur rouille , qui forment les parois de la cavité , et qui tapissent une couche mince de substance cérébrale blanche et grise. La cavité est formée aux dépens de la substance blanche en avant et en dehors du corps strié, qui est intact dans la portion qui fait saillie audedans du ventricule ; la couche optique est aussi intacte. En arrière , le ventricule latéral s’étend jusqu’à l’extrémité postérieure de l’hémisphère, dont la portion inférieure a disparu. La paroi de la cavité ventriculaire agrandie est là constituée exclusivement par des membranes de couleur de rouille. Toute la portion de substance cérébrale blanche et corticale qui forme la partie inférieure du lobe postérieur, au-delà de l’extrémité postérieure du mésolobe, et qui repose sur,le cervelet , a complètement disparu, et est remplacée par une toile celluleuse assez épaisse , qui se continue avec la pie-mère et l’arachnoïde externe, et qui n’est autre chose que la portion de ces membranes qui recouvrait les circonvolutions manquantes. La surface ventriculaire a une couleur jaunâtre. La substance cérébrale qui en forme les parois est indurée , et résiste à l’action du scalpel.

d’imbécillité.

L’hémisphère gauche offre une seule éraillure dans une anfractuosité. La cavité ventriculaire est grande.

Homme. €6. IfSaeié. Oiavrier.

Fi’ère et sœur aliénés. 850 J. Hydropisie cérébrale.

Il y a deux ans , maladie , à la suite de laquelle il marche difficilement. Léger embarras de la parole. A l’entrée , faiblesse intellectuelle. Marche embarrassée. Surdité. Faiblesse de la vue.

Deux mois après l’entrée , érysipèle phlegmoneux de la face et du cuir chevelu. Abcès de la conjonctive. Symptômes fébriles. Demi-coma pendant plusieurs jours. Le malade se rétablit. L’intelligence est plus obtuse. La station, est chancelante , la marche difficile. Un abcès se forme au-dessous de l’angle de la mâchoire inférieure du côté droit.

Six jours avant la mort , diarrhée , affaissement. Embarras de la respiration. Décubitus sur le dos. Perte graduelle de la connaissance , de la sensibilité. Dnmobilité. Coma.

Encéphale, 1.2Ü.

Grande quantité de sérosité dans la cavité arachnoïdienne. Épaississement des méninges. Ventricules latéraux distendus par une quantité considérable de sérosité.

Dans l’hémisphère droit existe une cavité enkystée , creusée dans les circonvolutions qui forment la partie inférieure du lobe postérieur , à son union avec le lobe moyen.

Cette cavité, qui n’est séparée , de la surface externe et de la cavité ventriculaire , que par une mince paroi de substance cérébrale , est tapissée par une membrane épaisse, parsemée de quelques minces incrustations cartilagineuses ; elle contient de la sérosité. A son pourtour ,

OBSERVATIONS

la substance cérébrale est indurée ou ramollie , a une couleur jaune rouille, et, dans la moitié de ce pourtour, il existe du tissu cellulaire lâche, infiltré de sérosité jaune rouille , et adhérant à une surface cérébrale irrégulièrement floconneuse. L’ensemble de l’altération est égal en volume a une grosse noix. Artères encroûtées de plaques cartilagineuses ; celle qui rampe dans les anfractuosités des circonvolutions comprises dans cette altération , et qui est extérieure au kyste , otîre un grand nombre de plaques morbides.

Homme. 7 O. IVlîieîé.

— I64U J. Gangrène.

Diminution des facultés intellectuelles. Incohérence dans les idées. Engourdissement. Taciturnité. Douze jours avant la mort, symptômes d’entérite, gangrène des orteils ; escharres gangréneuses de la peau qui recouvre le sacrum et les trochanters.

Encéphale, 1.Y05.

L’hémisphère gauche présente, à sa face externe, vers l’union du lobe moyen au lobe postérieur , un sillon oblique d’avant en arrière , s’étendant depuis son bord externe jusqu’à la grande sci.ssure interlobaire. Ce sillon a une profondeur inégale, plus grande dans sa partie moyenne, où il pourrait loger une très grosse noix. Au fond de ce sillon, les membranes du cerveau adhèrent assez intimement à sa substance. Les circonvolutions (jui occupent le fond du sillon, sont atrophiées, ramollies, et offrent une couleur jaune rouille ; il en est de même, à un degré plus faible, des portions de cii'convolutions qui forment les parties latérales du sillon. Dans la partie la plus profonde de ce sillon, après avoir détaché les membranes au milieu du détritus

d’imbécillité.

des circonvolutions , on remarque l’ouverture d’une cavité qui pourrait loger une petite noix. Cette petite cavité , qui est tapissée par une membrane, contient un peu de sérosité limpide. Un kyste plus petit , également tapissé par une membrane, existe en arrière du sillon. Un autre kyste analogue , pouvant loger une noisette , est trouvé dans la substance blanche , au-devant du corps strié. Point d’autre altération dans les membranes et le cerveau.

Hésümé.

Les grandes pertes de substance qui succèdent à l’hémorrhagie et au ramollissement du tissu cérébral, entraînent, comme conséquence plus ou moins immédiate et nécessaire, quand la vie subsiste, une diminution permanente des facultés intellectuelles. Bien que l’état de l’intelligence offre, alors, beaucoup d’analogie avec celui qui s’observe dans la folie et l’idiotie, il n’en serait pas moins tout-à-fait illogique de confondre des états morbides aussi essentiellement différens.

J’ai réservé pour désigner cette classe de faits dans lesquels la diminution de l’intelligence est le résultat d’une maladie accidentelle de la substance cérébrale, développée postérieurement à la première enfance , le nom d’imbécillité , qui est à peu près sans emploi légitime dans le vocabulaire de la science, depuis qu’on s’accorde généralernentàréunir, sous le nom d’idiotie, les maladies mentales dont l'origine remonte à la vie intra-utérine , ou aux premiers temps delà vie extra-utérine. L’imbécillité, ainsi définie, se distingue de l’idiotie par l’époque de son développement; de la folie chronique simple, par les phénomènes

0 R s E IM ' A T I O A S

mï

apoplectiques qui ont marqué l’invasion de la maladie, et par l’existence de la paralysie ; de la folie paralytique , par la marche de la maladie et par la circonscription de la paralysie. Lorsque la paralysie partielle manque ou est peu prononcée , et lorsque des renseignemens précis n’ont pu être obtenus sur les premiers temps de la maladie , il est difficile de distinguer sûrement l’imbécillité de la folie chronique ou paralytique parvenue à son summum d’intensité , et une erreur de diagnostic est facile. C’est ce qui m’est arrivé pour les observations 319 et 320, que j’ai rapportées pendant la vie, la première à la folie paralytique, la seconde à la folie chronique stupide. Dans les trois autres cas, le diagnostic a été exactement porté dès l’entrée des malades à l’Asile.

Les cinq observations que j’ai cru devoir réunir sous le nom d’imbécillité consécutive, ont eu ceci de commun que, dans toutes, il existait une ou plusieurs altérations , suites d’hémorrhagie ou de ramollissement, comprenant une portion assez étendue de la couche corticale cérébrale.

Dans deux observations, indépendamment du trouble intellectuel, il y avait hémiplégie bien caractérisée (obs. 316 et 317); le corps strié ou la couche optique du côté opposé, sont compris dans l’altération.

Dans l’obs. 318, il y avait seulement faiblesse hémiplégique ; la plus grande partie de la substance blanche de l’hémisphère du côté opposé est détruite , mais le corps strié et la couche optique sont intacts.

Dans l’obs. 319 , il y avait seulement faiblesse des extrémités et embarras de la parole. L’altération a son siège dans le lobe postérieur , près de sa surface.

Dans l’obs. 320 , aucuns symptômes de paralysie n’avaient été constatés ; l’altération principale existe à la surface du lobe postérieur. Un kyste existe dans la substance blanche du lobe antérieur.

l)’lM B ÉCILLI TE. 3f)5

La fréquence de la coïncidence des altérations du système artériel du cerveau avec les ramollissements et les hémorrhagies de cet organe, ne permet guère de révoquer en doute l’influence des lésions vasculaires sur la formation de ces désorganisations cérébrales, si vastes et si rapides , dont la nature est encore controversée. Cette influence s’est révélée, par rapport au siège même de l’altération, dans l’obs. 319. On a pu remarquer la coïncidence d’une hémorrhagie multiple (obs. 290), avec l’obturation des veines cérébrales supérieures, par un caillot solide; les épanchemens hémorrhagiques avaient pour siège principal la substance cérébrale ramollie d’où ces vaisseaux prennent naissance. J’ai eu récemment l’occasion de constater, dans un cas de ramollissement rouge du corps strié , que l’artère qui se rend dans cette partie était altérée et complètement remplie par un caillot solide. Dans un cas de ramollissement hémorrhagique du cœur, suivi de rupture instantanément mortelle , l’artère cardiaque antérieure était ossifiée dans toute son étendue.

L’influence de l’innervation cérébrale, sur la vitalité de la peau, se révèle par la facilité avec laquelle la gangrène s’établit chez les individus dont le cerveau est profondément altéré. Dans deux cas ( obs. 319 , 321 ) , la mort a été déterminée par une gangrène des extrémités; une fois la gangrène s’est développée dans le membre paralysé. Lorsciue la folie paralytique se termine par le dépérissement graduel auquel j’ai donné le nom de marasme cérébral, des escharres gangréneuses se développent dans toutes les parties de la peau qui subissent une pression tant soit peu continue.

O BS K U VAT IONS

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