Hardy. Bul'. Anal, de méd., 16 mars
LA GOUTTE DANS l.ES ORGANES.
même (Chcyne, Kemiecly, G.iirdner), soit qu’elle produise une ruplure de ruii des ventricules (Latham).
On voit, d’après ces faits, que les cas décrits sous le nom de goutte remontée au cœur s’expliquent vraisemblablement par des lésions antérieures du cœur, soit l’artérite des coronaires, soit la dégénérescence graisseuse des fibres musculaires. L’acide urique peut-il par lui-même, dans le cours d’un accès de goutte, provoquer par son contact avec l’endocarde des symptômes graves, mais passagers du côté du cœur, sans altération matérielle préalable? C’est ce que semble admettre Garrod pour expliquer une observation de goutte rétrocédée au cœur l'apportée par Alexander. 11 s’agit d’un homme qui, dans le cours d’un accès de goutte, sous l’influence d’applications froides sur les parties affectées, fut pris d’une sensation de brûlure et de constriction à la base du thorax, avec pâleur mortelle de la face, respiration lente et difficile, pouls à soixante, presque insensible. Le malade se remit à l’aide de stimulants et de révulsifs. Garrod suppose que l’application du froid a déterminé « un spasme violent du cœur suivi d’une sorte de paralysie de l’organe ». Et un peu plus loin, il répète qu’il est certain que, sous l’influence de la rétrocession goutteuse, le cœur est souvent affecté de spasme; il est vrai que Garrod ajoute : « mais il est probable que, dans la plupart des cas de ce genre qui se sont terminés par la mort, cet organe présentait quelque altération organique, telle qu’une lésion valvulaire, la dégénérescence graisseuse des parois musculaires, avec dilatation des ventricules, etc. » Nous allons trouver dans la phlébite goutteuse une nouvelle cause d’accidents graves du côté du cœur, pouvant simuler la rétrocession goutteuse.
B. Phlébite goutteuse.
La tendance des goutteux à la dilâtatioii variqueuse du système veineux a été indiquée par tous les auteurs. Mais il n’est pas fait mention de l’inflammation goutteuse aiguë des veines avant le travail de Paget. Ce chirurgien anglais a, le premier, attiré l’attention, en 1866, sur des cas de phlébite survenant chez des individus de constitution goutteuse et se rattachant manifestement, d’après lui, à la diathèse urique L Prescott llewett, en 1873, et Tuckwell en
t. Paget, On (joulii and some otlicr [omis of i)hlebilis, Sl.-Darlholom. llosn. Rep., 18(16, l. II, p. 83.
1874 * onl publié de nouveaux faits de phlébite goutteuse. Nous eu avons nous-méiue cité un exemple dans nos Éludes médicales, et nous avons eu l’occasion d’en observer plusieurs cas dans noire pratique de la ville. Nous ne saurions toutefois considérer cette manifestation de la goulte comme aussi fréquente que l’admet Tuckwell, lequel déclare qu’il ne se passe pas d’année qu’il n’ait l’occasion d’en voir quelques cas; car sur nos cenl-cinquanle observations nous n’en relevons que quatre cas.
La phlébite peut se produire concurremment avec une atla([ue de goulte articulaire; elle la précède, raccompagne ou la suit. Elle peut survenir chez un individu ayant eu plusieurs accès dè goutte, dans l’intervalle de ces accès. On peut enfin l’observer chez des goutteux qui n’ont que des manifestations viscérales. Paget va plus loin. « Je ne puis douter, dit-il, que parmi les cas de phlébite (jui sont appelés communs et qu’on croil pouvoir attribuer au froid ou cà (jnelque cause entièrement externe, beaucoup pourraient être rapportés cà la diathèse goutteuse quoique atténuée et modifiée par la transmission héréditaire. » La phlébite constitue alors dans ces cas une de ces manifestations qu’il a appelées Cesser sitjns of constitutional diseuses.
L’inflammatiou se localise surtout sur les veines des membres inférieurs, et en particulier sur le système veineux superficiel. C’est on général la saphène interne, d’autres fois la saphène externe, ou (|uelqu’une de leurs branches, qui est le siège de la phlébite; dans un certain nombre de cas, toutefois, la veine fémorale a été prise, ou les veines profondes du mollet.
Un des caractères importants de la phlébite goutteuse est de procéder par poussées successives et limitées; attaquant un jour une des portions de la saphène par exemple, le lendemain une autre, puis gagnant une autre veiné voisine; souvent rinflammalion passe, à la saphène ou cà la fémorale du côté opposé, envahissant les parties symétriques. « Ces phénomènes, dit Paget, témoignent une disposition évidente à la métastase et a la symétrie, caractèies qui me paraissent militer fortement en faveur de cette opinion, à savoir que le fait essentiel et primitif n’est pas une coagulation du sang, mais une inflammation partielle des parois veineuses. »
Les accidents débutent d’ordinaire brusquement par une douleui vive sur le trajet d’une des veines superficielles des membres in-
1. Tuckwell, St.-Barlholomcw’s Hosp. Reports, 187-i-, l. X, p. 21.
LA GOUTTE DANS LES OUGANES
léTiours. La parlie de la veine eullaminée devienl rapidement dure et très sensible an toucher, donnant la sensation d’nn cordon pins on moins nettement appréciable. La peau est légèrement épaissie et souvent marquée d’un teinte rouge foncé. Si le système des saphènes est seul atteint les signes ne sont guère plus accusés; il n’y a que peu ou pas d’œdème. Mais, quand la fémorale est intéressée, on observe tons les signes d’une oblitération veineuse complète. Le membre devient volumineux, lourd, informe; la peau t'st d’un blanc pâle, mais plus souvent elle a une teinte livide partielle’, sillonnée par le réseau bleuâtre des veines superficielles distendues. Le membre présente alors un œdème généralisé, de consistance ferme, ne cédant pas facilement à la pression du doigt. Cet état peut-être très marqué même quand la lésian est limitée à à une petite partie de la veine. Les symptômes généraux sont peu prononcés, si la phlébite est isolée; quand elle survient dans le cours d’une poussée articulaire, on observe les phénomènes de l’attacjue ordinaire de goutte, plus ou moins aiguë suivant les cas.
La phlébite goutteuse se termine par résolution ou par oblitération delaveineenflammée, jamais par suppuration; s’il s’agit d’un tronc important, le membre reste volumineux, pesant; les veines superficielles se dilatent et deviennent variqueuses; si la veine est de second ordre, il reste simplement un cordon induré, comme dans une des observations de Tuckwell, mais sans gêne des fonctions du membre. Mais dans les deux cas, les récidives sont babituelles; les veines conservent une grande susceptibilité; elles deviennent douloureuses à la moindre hitigue, sous l’influence d’un changement lie temps, d’un léger malaise. Paget a vu ainsi la phlébite alfecter .trois ou quatre fois la même veine sous l’influence de causes insignifiantes.
Obs. LIX. — Goulte articulaire et phlébite U..., âge de quarante ans, entré en août 1879 à la maison Dubois. Père mort à cinquante-quatre ans ; mère morte à soixante-quatre ans d’une hémorrhagie cérébrale. Pas de syphilis. Pas de maladies antérieures. Il aurait eu cependant, dit-il, en 1865, une attaque de rlmmalisme articulaire et musculaire à l’avant-bras gauche.
Lu 1878, première attaque de goulte pour laquelle il est entré déjà a' la maison Dubois. La goutte était localisée au gros orteil droit. La veille de son attaque, qui survint dans la nuit, ou plutôt vers le malin.