‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 106 sur 226 · I.A GOUTTE DANS LES ORGANES · texte numérisé non relu

I.A GOUTTE DANS LES ORGANES

Celle variété de catarrhe peut constituer une des premières iiianifeslatioiis de la diathèse goutteuse. Chez un de nos malades, il SC reproduisit deux ou trois fois avec ce caractère avant qu’apparût la première localisation articulaire.

Dans un autre cas, il alterna souvent avec d’autres manifestations goutteuses, articulaires ou viscérales.

11 peut se dissiper sans être suivi de phénomènes du côté des jointures; mais il n’en est pas toujours ainsi; et nous avons vu parfois l’arthrite goutteuse apparaître au déclin des symptômes pulmonaires.

Troisième variété. — Elle correspond au catarrhe. subaigu ou chronique, qui ne semble différer en rien de la bronchite chronique ordinaire. Mêmes signes physiques , même expectoration purulente, plus ou moins abondante. Toutefois le catarrhe goutteux s’en différencie jusqu’à un certain point, en ce sens qu’il apparaît sans cause appréciable, souvent à une époque de l’année peu favorable au développement du catarrhe simple, l’été ou l’automne, par exemple, il est d’ordinaire très tenace et résiste au traitement habituel de la bronchite chronique, balsamiques, opiacés, révulsifs, etc. Souvent il est précédé de symptômes articulaires, ou apparaît comme une des manifestations multiples d’une attaque de goutte existant déjà depuis plusieurs mois.

Obs. LXVl. Goutte et catarrhe pulmonaire.

N..., âgé de soixante-quatorze ans. Un de ses frères goutteux. 11 y a quinze ans qu’il a eu sa prendère attaque à Torteil gauche. La deuxième porta sur l’orteil droit.

Puis il fut sept ans sans avoir d’attaques.

M. N..., est très sobre. 11 y a huit ans, nouvelle attaque, et depuis lors, chaque année, une ou deux attaques portant de préférence sur les pieds, mais ayant .intéressé les genoux.

La durée des attaques était d’environ quinze à vingt jours.

Les genoux furent rarement atteints sans qu’il y eût épanchement; on fut parfois obligé d’avoir recours à des vésicatoires.

Depuis plusieurs années, M. N..., se plaint d’essoufflement ; il a maigri. Il a de pressants besoins d’uriner. 11 se lève plusieurs fois la nuit.

En 1882, il fut pris d’une attaque du pied droit (orteil), qui se dissipa pour faire place à un catarrhe pulmonaire qui céda à la digitale et aux purgatifs.

A la disparition du catarrhe pulmonaire, nouvelle poussée articulaire au pied gauche et au genou, qui dura vingt-quatre jours. Plusieurs attaques de colique néphrétique.

:)18 TliAITÉ TllÉOUIQUE ET l’UATKJUE DE LA GOUTTE.

Ous. LXVII. — Catarrhe bronchique cédant à tin accès de goutte articulaire.

I)..., âgé de soixante-douze ans. Attaques antérieures de goutte.

En J 882, bronchite tenace, avec râles aux bases en arrière, perte d’appétil, traitée sans succès pendant trois mois par eaux minérales, goudron, etc.

Cette bronchite cède brusquement à l’apparition d’une attaque de goutte à Tindex de la main gauebe; à ce niveau se fait un dépôt blanchâtre que nous incisons ; et nous constatons qu’il est formé d’urate de soude en aiguilles.

Celte manifestation goutteuse gagne l’orteil gauche, le genou du même côté et dure environ trois semaines.

La poitrine est débarrassée; Tappétit est revenu et le malade recouvre ses forces.

Obs.LWIU. Catarrhe bronchique. — Acide urique dans l’expectoration.

M. D..., âgé de soixante-quatre ans. Père mort à l’âge de cinquantetleux ans, d’apoplexie cérébrale; mère aurait succombé à quarante-sept ans à des accidents pulmonaires. A eu une enfance délicate. A Tàge de douze ans, â la suite de plusieurs chutes de cheval, et, après un saut malheureux du haut de l’escalier d’une cave, pendant lequel sa tète heurta violemment contre 1a voûte, il ressentit de fortes douleurs dans la région lombaire. Ces douleurs étaient les symptômes du début d’un mal vertébral de Pott, qui amena un abcès par congestion â la partie antérieure de la cuisse droite. Cet abcès, après une suppuration très longue, finit par guérir, et le malade, revenu â la santé, garda une déformation de la colonne vertébrale, caractérisée par une légère saillie anguleuse en arrière.

A partir de quatorze ans, il eut une belle santé. 11 s’est marié à vingtsix ans. Pas d’accidents syphilitiques, est devenu un gros mangeur et un grand buveur.

En 1855 (il avait alors trente-six ans), il eut, au mois de novembre, une bronebile se produisant surtout le malin.

En 1866, il lui survint une stomatite, puis bientôt après des hémorrhoïdes qui disparurent au bout de quelques semaines, et, en 1869, il garda pendant assez longtemps une névralgie sciatique, et fut, â cette époque et pour celle afleclion, envoyé à Aix en Savoie par son médecin qui avait en même temps constaté chez lui de l’emphysème et qui lui avait donné, sans le moindre succès, d’abord de l’iodure de potassium, puis de l’iodurc d’éthyle.

En 1870, il eut une nouvelle bronchite qui s’est reproduite en 18/3, et 1875. Depuis celte époque, jusqu’au commencement de l’année 1882, il fut pris d’abord une fois, puis deux, trois et quatre fois chaque année, d’accès de catarrhe aigu.

C’est en 1878, â l’occasion d’un de ces accès, que je vis pour la première fois M. 11... Je constatai chez lui une dilatation des bronches et de l’hypertrophie du cœur, mais sans lésions valvulaires.

LA GOUTTE DANS LES ORGANES. 319

Je fus depuis celle époque témoin de plusieurs nouveaux accès, et je pus apprécier l’abondance de l’expectoration, qui atteint souvent pendant leur durée un demi-litre en moyenne par jour. Les crachats sont quelquefois striés de sang, et ces hémoptysies peu abondantes, il est vrai, SC produisent quelquefois en dehors des poussées inflammatoires ; il suffit pour cela du moindre écart de régime et même d’un verre d’un vin de grand cru.

Au mois de février 1882, j’examinai le genou droit de M. B..., qui sc plaipait depuis quelques temps déjà de douleur de ce côté. Je constatai de la chaleur de la peauet un épanchement inlra-articulaire, épanchement qui persista plusieurs mois, malgré divers traitements,' et qui ne diminua qu’après des cautérisations au fer rouge. Mais à peine l’arthrite était-elle en voie d’amélioration qu’une nouvelle poussée inflammatoire (août 1882), et qui fut même plus longue que les précédentes, se produisait du côté des bronches.

Sachant qu’aulrefois surtout et maintenant encore les urines de M. B..., déposaient au fond du vase une poussière rougeâtre analogue à de la : brique pilée, je songeai alors à faire analyser les produits de son e.xpectoration. Je fis part de cette idée à un de mes amis qui déclara avoir trouvé, dans le liquide en question, avec le concours d’un pharmacien, et après plusieurs essais, de l’acide urique en notable quantité.

Depuis cette époque, M. B..., a enfin consenti à modifier sa manière de vivre.il a diminué de moitié la quantité des aliments prisaurepas du soir; il a renoncé aux grands vins, et au lieu de passer tout son temps,

■ soit au café, soit à son bureau, il fait chaque jour une promenade au -grand air et en voiture découverte. A ce régime, il adjoint comme traitement, de temps à autre, de l’eau de Vichy, de l’eau de Contrexe- 'ville et du bromure de potassium. 11 n’a eu jusqu’à ce jour que deux accès dont la durée a été plus courte que celle des précédents et qui ne l’ont même pas obligé à garder la chambre.

Quant à son arthrite, elle persiste toujours, et le genou gauche a même l’air de vouloir se prendre.

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