‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 11 sur 226 · Fokker. Pllüger’s'Arc1iiv, Bd, p. t · texte numérisé non relu

Fokker. Pllüger’s'Arc1iiv, Bd, p. t

DE L’AGI DE UiUQUE.

phospliorique, s’y prccipiDuit et s’y tassant. On ol)ticnt de cette manière, et sans avoir recours an filtrage et au pesage, le chiffre correspondant à la quantité d’acide phospliorique contenue dans le liquide à analyser. Nous avons donc fait graduer des tubes, nous servant pour celte opération d’une solution d’urate de soude dont nous avons précipité l’acide urique par l’acide chlorhydrique. Puis nous avons expérimenté des urines diverses, comparant les résultats ainsi obtenus aux résultats que nous donnaient, avec ces mêmes urines, le filtrage et le pesage des précipités obtenus à l’aide de l’acide chlorhydrique. Or il résulte des nombreuses recherches que nous avons faites que le tube Joulie, employé pour doser l’acide urique précipité des urines par l’acide cblorbydrique, ne donne que des résultats infidèles. Ce qui lient aux formes multiples que revêtent les cristaux d’acide urique. On comprend du reste très bien qu’en raison de ces formes variées le tassement ne puisse se faire d’une façon toujours régulière et que les dépôts uriques affectent des hauteurs différentes pour la même quantité d’acide urique, suivant qu on a affaire à des aiguilles, à des barillets, à des rhomboèdres ou à des cubes.

Tenons-nous en donc à la méthode de Heintz, qui est très suffisante si l’on a soin d’ajouter la correction indiquée par Zabelin. Quelques petits détails sont encore utiles à connaître quand on se sert de ce procédé. Par exemple, dans les cas d urine d une densité faible, d’urine polyurique, il faut .évaporer jusqu’à densité de 1020, et prendre 200 cc. de Puriiie ainsi concentrée. L’urine au contraire est-elle trop riche en acide urique, on doit avoir soin, après addition d’acide chlorhydrique, de chauffer jusqu’à disparition du trouble qui se forme très rapideineiU (Bartels).

Si l’urine contient de l’acide urique libre, on le filtrera à part, on le pèsera et on ajoutera le poids obtenu à celui de 1 acide uri([ue dissous; dans le cas de sédiment uralique troublant 1 urine, il faut cliaufl'er pour dissoudre ces sels; si les sédiments sont assez abondants pour former dépôt, en chauffant, on ajoutera un alcali.

Enfin l’urine peut contenir de l’albninine ou du sucre. Avant de doser l’acide urique d’une urine albumineuse, il lautsedébaiiasseï de l’albumine en la coagulaid par la chaleur. Pour les urines diahétiqnes on emploie le |)i'océdé de Nannyn et Riess. On préci[)ile üOO cc. d’nrine par l’acétate neutre de plomb et le filtrat pai' 1 acétate de mercure. 11 se forme un dé|)ôt principalement constitué pai de l’ni’ate de mercure. An bout de douze heures, cet nrate est de

U TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE UE i.A GOUTTE.

nouveau filtré et lavé, puis décomposé par du sulfure d’Iiydrogène. C’est le filtrat du sulfure de mercure ainsi obtenu que l’on traite par l’acide chlorhydrique*.

g II. — Variations dans l’excrétion de l’acide urique

Les conditions qui font augmenter ou diminuer la quantité d’acide urique rendue par les urines sont nombreuses, mais mal établies et, on peut le dire, incomplètement étudiées. Chaque observateur s’est, pour ainsi dire, limité à l’uiie ou à 1 autre de ces conditions, l’un se bornant à l’influence de 1 alimentation, 1 autre au rôle de la respiration ou des exercices musculaires. Des recherches nouvelles, faites à un point de vue plus général et suivant un programme plus large sont sans doute nécessaires pour découvrir la cause véritable des variations de l’acide urique, et, si ces causes sont multiples, le lien qui doit les unir. Sans doute, on a prétendu trouver dans une oxygénation plus ou moins active, cette condition commune dominante, qui préside aux modifications de 1 acide urique. Mais si classique qu’elle soit, cette idée manque encore de démonstration absolue; comme nous le verrons tout à l’heure, les arguments abondent contre une pareille manière de voir, et il est permis de demander un supplément d’informations avant de 1 accepter.

Passons d’abord en revue les causes de variations indiquées, abstraction faite de toute théorie.

a. — Variations suivant les espèces animales. — Nous serons faute de documents bref sur ce chapitre qui mériterait pourtant une étude attentive, en raison des données comparatives qu’on pourrait en tirer au sujet de la formation ou de l’excrétion de l’acide urique chez l’homme.

1 Pour doser l’acide urique chez le poulet, Knieriem {Zeilsch. f.BioL, Pd X\ I, p. 41, a procédé de la manière suivante. — Il prend de 5 à 7 grammes d’excrémènls les sèche pendant quelque temps au bain-marie, les traite ensuite à chaud par l’éther et l’alcool, pour en séparer l’urée, les acides biliaires, la matière colorante, la graisse. 11 filtre et lave avec de l’alcool jusq^à ce que les excréments soient incolores. Le résidu est chaullé avec 1.8 p. RjO d 'uie solution de soude. On filtre à travers un linge; on porte le filtrat a 101) ce.; on filtre à travers le papier. On prend !25 cc. du liquide qui passe et on traite par l’acide chlorhydrique.

DK L’ACIDE URIQUE.

L’acide urique existe dans l’urine de la plupart des animaux; chez certains il est en proportion peu abondante, chez d’autres il constitue presque toute l’urine, enfin il manque entièrement dans une classe tout entière de mammifères, les herbivores.

Les carnivores ont une urine qui ne diffère que peu de celle de l’homme. Cette urine est acide au moment de l’émission mais devient promptement alcaline. Elle est caractérisée par la quantité considérable d’urée qu’elle renferme, plus de 132 grammes par litre d’après Hieronymi, chez le lion, le tigre, le léopard. Mais l’acide urique s’y trouve en très faible proportion. D’après Vauquelin *, qui a analysé les urines d’un lion et d’un tigre, on ne trouverait même aucune trace de cette substance. Dans l’urine d’un ours, nourri il est vrai principalement de pain, Hunefeld a trouvé beaucoup d’urée, mais pas d’acide urique ^ Chez le cochon, omnivore comme l’homme, d’après les analyses de Lassaigneet de Van den Setten ^ l’acide urique fait absolument défaut, et n’est même pas remplacé, comme chez les herbivores, par l’acide hippurique (Boussingault) ^

Par contre Hieronymi donne comme moyenne de l’acide urique dans l’iirine du lion, du tigre, du léopard, de la panthère et de l’hyène, 10s'-,20 pour 1000 C’est à peu près la même proportion que Landerer indique dans l’urine du hérisson, qui est un carnassier insectivore

Chez le chien, l’acide urique est remplacé par une autre substance découverte par Liebig qui lui a donné le nom d acide Cynu- 7'iQue. Cet acide est très soluble dans 1 eau, il se distingue essentiellement de l’acide urique par sa solubilité dans l’acide chlorhydrique’'.

1. Yauquelin, Analijse comparée des tirines de divers animaux, Annales

(le chimie, 1812, p. 198. , . ,.1, •

2. Hunefeld, Beitràge zur Chemie des llarns, Journ. fur prakt. Chemie,

1839, t. XVI, p. 306. , ^

3 Lassaigne, Analyses de l'urine du cochon domestique, Jniini. de piiaimacie, 1819, t. V, p. 174. — Van den Setten, Analyse de l'urine du cochon.

Bull, des sciences en Neerlande, 1838, p. 43. ,

4. Boussingault, Recherches sur la constitution de l’urine des animaux herbivores, Ann. de chim. et de ptiys., 1845, t. XV, p. 97.

5. Hieronymi, Disserl. inaug. de analysi urinæ comparala, Oœtun-

geii, 1829. . , ,

6. Landerer, Analyse des llarns des Igels, Arch. fur Chenue und Microscopie, 1846, t. 111, p. 296. IJ,.,.

7. Lichig, Ueber Kynurensdure, Ann. der Chemie und l'Iiarni., laoJ,

LXXXVI, p. 125.

Les résullals contradictoires obtenus clans 1 analyse des urines des carnassiers u’ont rien ejui doive surprendre. Comme le fait remarquer avec raison Garrod, il est bien dülicile de considéier comme normales les urines de ces animaux, dans les conditions de séquestration et de captivité où on peut les observer.

L’acide uri([ue, avons nous dit, maucjuerait complètement dans l’urine des herbivores, tels que les ruminants, les pachydermes et la plupart des rongeurs. Il est remplacé par de 1 acide hippurique uni à de la potasse. L’urée s’y trouve eu proportion assez considérable. Toutefois Brucke dit avoir constaté de 1 ticide urique dans l’urine du bœuf^, Meissner dans celle de lacbè\re et Brande dans celle du chameau ; mais ce dernier fait a été démontré faux par Cbevreul qui u’a trouvé chez le chameau ni acide urique ni phosphates ^ L’existence de l’acide hippurique chez les herbivores semble bien la conséquence de leur mode d’alimentatiou, car l’urine du veau, qui ne se nourrit qu’en tétant, ne contient pas d’acide hippurique et renferme de l’urée, des traces d acide urique et un principe azoté particulier que Wôhler a reconnu être de l’allantoïdine^.

Deux classes d’animaux fournissent une urine remarquable par sa richesse en acide urique ; les oiseaux et les reptiles. Comment des animaux dont le fonctionnement organique est si dissemblable, les uns, animaux à sang chaud par excellence, les autres animaux à sang froid, forment-ils de l’acide urique en proportion si considérable qu’il constitue pour ainsi dire la presque totalité des matières solides de leur urine ? C’est là un problème dont la solution intéresserait au plus haut point la physiologie générale de l’acide urique, mais qui, à en juger par le silence des auteurs, ne semble

pas avoir suscité beaucoup de recherches.

C’est Fourcroy et Vauquelin puis Chevreul qui constatèrent les premiers la présence de l’acide urique dans l’urine des oiseaux L Cet acide s’y trouve combiné avec de la chaux et de l’ammoniaque. 11 forme la plus grande partie de la matière blanche, demi-liquide

I . Brucke, Verkommen der Ilarnsaure im Rinderharn, Müller’s, Arch. f.

c\"evreuî, Vote ’ l’urine du chameau, Ann. de chimie. 1808,

t I XYII P* -«^4 * >

3 Wohler, Gesellsch. der Wissencli. m Gôltingen, t819, p. 61.

J. ; Fourcroy el Vauquelin, üe Vurine d'autruche,

t hXMlI, p. I•''8. — Choi-rcul, Annales de chimie, 1808, 1. IA\lI,p. 307.

DE L’ACIDE UmOUE. “27

qui entoure leurs excréiueuls. Ou ue couslate onliiiaircmcut dans l’uriue des oiseaux aucune trace d’urée; toutefois, celle des oiseaux de proie contiendrait une matière colorante qui manque chez les granivores, et en outre une petite quantité d’urée.

L’urine des reptiles, ophidiens, chéloniens, sauriens, offre la même composition. Elle est évacuée en général sous la forme d’une bouillie blanche; parfois elle se solidifie dans l’intérieur du cloaque et est rendu concrétée en petites masses ressemblant à des calculs. Comme cbez les oiseaux, 1 acide urique se trouve à l’état d’urate de chaux et surtout d’ammoniaque. Chez les serpents et les sauriens l’urée fait totalement defaut. Prout a trouve 90, 16 d’acide urique pour 100 dans l’urine d un boa^. Boussingault donne les chiffres suivants pour l’urine fraîche d’un python de la ménagerie du Muséum^ ;

Acide urique •

Ammoniaque " •

Phosphates de chaux, de magnésie, de potasse 5.0

Graisse

Eau et perte 46 . 0

Il n’a pu y découvrir aucune trace d’urée.

La présence de l’acide urique dans 1 urine des sauiiens à été constatée chez les lézards, les caméléons, les crocodiles^ M. Moore n’a pas trouvé d’urée dans l’urine du crocodile L Par contre, Hoppe-Seyler dit que l’urine de crocodile contient de petites

quantités d’urée facile à reconnaître.

Chez les chéloniens, l’acide urique paraît être en moins forte jiroportion que chez les ophidiens. L’existence de ce produit a été constatée par Vauquelin, John, Stoltze, dans l’urine de la toi tue. L’analyse suivante a été publiée par Marchand'’ ;

1. Prout, Analysis of lhe excremenls of lhe boa constriclor, Ann. of pliy-

*°2^.*^'Hàussingault,' Rech. sur la quanlilé d’ammoniaque contenue dans

l'urine, Ann. de chimie, 1850, t. XXIV, p. 496. „t, mé-

3. Persoz et Duvernoy, Sur l’urine du caméléon, Journ. de clnmio

(licalc. 1835, t. XI, p. 537, ^ i* i «/» iwm

.4. Moore, On lhe urine of crocodile, Duhl. <iuat. journ. ol mcd. s .,

5." Marcliand, Ueber die Zusammenseliung des Ilarns dei SddldLi l , Journ. f. prakl. Clieinie, 1845, p. 241.

Urée

Sels,

Eau.

Acide urique

Par contre, dans l’urine du testudo nigra, Magnus et Muller n’ont pas trouvé d’acide urique, mais de l’urée dans la proportion de 1 p. 1000. D’après Davy, chez la tortue grecque, on constaterait un peu d’urée associée à de 1 acide urique et à de l’urate d’ammoniaque ^ La quantité d’acide urique paraît donc assez variable chez les tortues; mais 1 urine des chéloniens dilTére encore, par un autre caractère important, de l’urine des ophidiens et des sauriens, — la présence de 1 urée, en proportion assez faible, il est vrai, mais d’une manière qui paraît constante.

Chez les poissons, peu de recherches ont été faites sur ce sujet. Chez certains, on a constaté la présence de l’acide urique, de l’oxalate de chaux, des phosphates à hases alcalines et terreuses. J. Davy a trouvé des traces d’acide urique dans le liquide de la vessie urinaire du brochet; mais il n’a pu en découvrir dans 1 urine de la raie, du turbot, de la morue ^

Enfin, chez les mollusques et surtout chez les insectes, 1 acide urique existe presque constamment. Chez les insectes, les matièies excrétées affectent souvent la forme de petites concrétions et contiennent de l’acide urique libre et des urates. Sirodot a signalé la présence de l’acide urique chez le grillon, le hanneton,! hydrophile hrunL On l’a constaté chez les mouches, les papillons, les bourdons. J. Davy, qui a trouvé les excréments de la plupart des insectes composés principalement d’acide urique, a constaté que chez les chenilles cet acide était mélangé à de l’acide liippuriqueL Les vers à soie, au moment de se mettre en cocon, excrètent un liquide alcalin formé principalement d’urate de potasse. Le produit excrété par le papillon de ce ver, au moment de son éclosion, renferme plus de 50 p. 100 d’un mélange d’acide urique, de potasse,

4‘. UUV^, UIV t./t'C- t

ca Journal, 1846 p. 233.

DE L’ACIDE URIQUE

d’acide phospliorique, de magnésie et d’une matière orgaïUnpie non déterminée (Karmrodt).

b. Vai'ialions de l’acide urique suivant l’alimentation. — Le régime alimentaire est une des conditions dont l’inniience sur l’excrétion de l’acide urique paraît des mieux établies. Mais quand il s’agit de préciser les limites dans lesquelles se font les variations de cet acide, les divergences commencent.

Si l’on prend comme type primitif l’urine de l’abstinence, on constate qu’après quelques jours l’acide urique a disparu de cette urine (Ranke, Schultzen). L’urée est le seul produit qui y demeure constamment en proportions notables.

L’acide urique augmente après les repas, et atteint son maximum peu de temps après; il diminue pendant la nuit et le matin.

D’après Ranke, la quantité d’acide urique étant de 0b'',24 sous l’induence de la diète, monte à pour vingt-quatre heures,

avec une alimentation excessiveL

La nature des aliments influence-t-elle la proportion d’acide urique excrétée? Il semblerait, à en juger par le fait que nous avons signalé plus haut de l’absence presque complète d’acide urique chez les animaux soumis au régime végétal, que cette influence doit être considérable. Il n’en n’est rien pourtant; d’après la plupart des expériences, les difféi’ences sont minimes. Ainsi Lelimann, expérimentant sur lui-même, a trouvé les résultats suivants- :

Régime animal K

Régime végétal i . u..

Ranke indique 0,88 avec une nourriture exclusivement azotée et 0,05 avec une nourriture purement végétale.

D’après Rence Jones % après une nourriture animale, 1 urine, dont la densité était de 1027, contenait d acide urique

pour 1000; après une nourriture végétale, l’iirine tlont la densité était de 1025, contenait Os',010. Mais pris ainsi en eux-mêmes, la quantité d’urine rendue chaque fois n’ayant pas été notée, de

1. Ranke, Deob. und Versiich ueber die Aussch. des Ilarns, München, 18(18.

Page 1