‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 117 sur 226 · I.A (iOUTTE DANS lÆS OlUiANES · texte numérisé non relu

I.A (iOUTTE DANS lÆS OlUiANES

Obs. LXXXIX. — Goiitto hérédilairc. — .-Iccè.s articulaires multiples.

— Vertiges. — Attaques d’asthme. — Insomnie. — Attaque de

goutte aiguë à la suite d’u ne angine.

X..., âgé (le qiuu'an(e-(iiiii(rn ans. — Père, frère el sœur goiiUeux. Le père a eu sa première attaque à viiigt-huil ans; attaques uonibreuscs. Il serait ileveiiu fou par suite d'un accès de goutte remontée, les manifestations articulaires ayant brusquement disparu pour faire place à des accidents cérébraux. Mort en quarante-huit heures d’une pneumonie, à. l’àge de soixante-six ans. — Le frère n’a jamais eu de goutte articulaire; mais, dès son enfance, sujet à des troubles dyspepti(|ues ; nombreuses attaques de coliques népliréti([ues. — La sœur a des vertiges incessants ; nodosités d’IIeberdeu aux deux mains, sans attaque de goutte.

M. X... a eu sa première attaque à l’àge de trente-huit ans; elle a duré environ trois semaines. Depuis lors, plusieurs autres accès alternant avec des troubles viscéraux multiples.

Ainsi vertiges fréquents; tantôt il lui semble que le sol se dérobe sous lui; tantôt, étant couché, il croit sentir le lit s’elfondrcr sous lui.

-Attaques d'asthme la nuit, de courte durée, deux à trois jours, une ou deux fois par an.

Insomnies parfois tenaces; il a été parfois un mois sans dormir.

En dehors de ces malaises, il se porte d’ailleurs assez bien; l’appétit est excellent; aucun trouble digestif ni cardiaque.

Il n’a jamais fait d’excès, et la goutte chez lui ne peut s’expliquer que par l’hérédité.

Son urine, d’ordinaire très colorée, coiilienl beaucoup d’acide urique.

En I8S0, le malade vint me consulter à l’occasion d’un mal de gorge, (jui se dissipa au bout de quarante-huit heures, et fini fit place à une manifestation articulaire localisée au pied gauche.

Du reste, il nous raconte que, depuis deux mois, il était enbutte à des attaques fugaces, passagères, qui semblent s’être développées à la suite du traitement d’une attaque (fin janvier) par le salicylate. Sous sou intluence l’attaque avait été en partie jugulée au bout cïe trois jours; mais depuis, des attaques fréquentes, légères, n’avaient pas cessé de se montrer.

En quelques jours, du reste, il vit se dissiper la manifcslaliou articulaire que nous avions vue se développer à la suite du mal de gorge.

En 1881, nous eûmes l’occasion de le revoir à propos d’une gêne respiratoire qui nous a paru due à un spasme unilatéral du diaphragme, spasme qui, survenu brusquement, se dissipa de meme sous l’inlluencc de l’électricité.

3“ 1 roubles de la vite et de l'ouïe. — Il est habituel que ces pluinomènes vertigineux s’accompagnent de troubles nerveux de la vue et de 1 ouïe, troubles plus fatigants que sérieux, mais qui ne laissent pas que d’inquiéter le malade, déjà fort porté à exagérer son mal. Ce sont dos brouillards, des mouebes volantes, des taches flottant devant les yeux, parfois une légère diplopie, pas-

sagèrc. Miirchison cUe meme l’observation d’nn de ses amis qui aurait complètement, mais temporairement, perdu l’usage d’un œil. Du coté de l’ou'ie, ce sont des bruits incessants, comme de l’eau qui boni, ou le son d’une clocbe (Scudamore), ou la sensation d’un vent violent qui souffle dans l’oreille, parfois un bourdonnement continu, ou des battements isoebrones à ceu.vdii cœur.

Charcot nous a dit avoir observe plusieurs Ibis l’aphasie motrice et une fois la cécité verbale chez des goutteux. Nous n’avons rencontré qu’un cas d’aphasie motrice survenant pendant l’attaque de goutte et disparaissant après.

4“ Grincement des dents. — Graves a signalé chez certains goutteux une tendance irrésistible au grincement des dents. Ce besoin aurait pour cause une irritabilité spéciale des dents elles-mêmes, irritabilité qui ne se calmei’ait que par le frottement des dents les unes contre les autres. Ce grincement n’existe pas pendant le sommeil. Mais, pendant le jour, il peut être assez persistant pour devenir une source d’ennui insupportable pour le malade et pour les personnes qui l’entourent. On l’observe pendant des années et il finit par déterminer une véritable usure des dents, parfois jus- ([u’au rebord gingival. Cette usure est à rapprocher des lésions dentaires que nous avons indiquées chez les goutteux, d’après le docteur Stewart. Graves attribue ce grincement Èi une irritation goutteuse des racines des nerfs dentaires. Garrod est plutôt porté aie rattacher à l’état dyspeptique qui se rencontre si fréquemment dans la goutte.

On doit d'abord se demander si ce phénomène appartient en propre à la goutte. Graves cite seulement quatre cas de grincement chez des personnes manifestement goutteuses. Garrod ne paraît pas l’avoir observé pour son compte, car il se borne à rapporter une des observations de Graves. Nous n’avons noté ce symptôme chez aucun de nos goutteux. D’antre part, il n’est pas douteux que la tendance au grincement des dents existe chez des hystériques et des névropathes qui n’offrent aucun caractère de la diathèse urique.

Faut-il établir quelque analogie entre ce besoin de grincer des dents et le trismus goutteux décrit par Sauvage, Ackermann et Barthez? Ge trismus, constitué par un resserrement convulsif des mâchoires, pourrait, d’après Sauvage, persister pendant plusieurs mois; il s’accompagne 'd’une agitation continuelle des muscles voisins, d’une'salivation très abondante et d’insomnie. Ackermann

LA COUTTE DANS I.ES ORCAAES.

rnpporle un cas de Irisimis gouttoux, dans lef|iicl les muscles de la uiAclioicp se coiitraclaieiit et se relâchaient alternativement, el qui succéda à des douleurs invétérées de goulle et de rhumatisme. Ces douleurs goutteuses disparurent pendant tout le temps que dura le trismus ; elles revinrent quand on eut fait cesser ralfectiou spasmodique des mâchoires.

Le grincement des dents résulte évidemment de mouvements spasmodiques des maxillaires; mais il est difficile de diresiles faits signalés par Graves sont de même nature que les observations des anciens. En tout cas, ces phénomènes ne sont bien vraisemhlablement qu’une des innombrables manifestations de cet état névropathique qui se traduit chez les goutteux sons tant d’aspects divers.

5“ Insomnie. — Comme le vertige, l’insomnie est un phénomène ordinaire chez les goutteux dyspeptiques, et comme pour le vertige, il est difficile de faire la part de ce qui appartient dans ce cas aux troubles gastriques et à la viciation du sang par l’acide urique. Dyce Duckworlb, dans un intéressant travail sur les différentes formes d’insomnies, signale le rôle important de l’estomac dans la production de ces malaises nocturnes L Cullen, il y a longtemps, avait aussi fait la même observation. — « Les personnes, dit-il, qui souffrent d’une faiblesse de l’estomac, comme je l’ai moi-même éprouvé pendant un grand nombre d’années, savent que certains aliments, sans qu’on se rende compte pourquoi, empêchent de dormir. Ainsi, ai été éveillé une centaine de fois à deux heures du matin, sans avoir éprouvé aucune impression particulière; mais je savais que j’avais dû être réveillé par une irrégularité dans le fonctionnement de mon estomac, et je me rappelais alors ce que j’avais pris à mon dîner et qui avait été cause de cette irrégularité. Le docteur Haller est sujet au même accident, etj)rincipalenient dans son grand ouvrage, il rapporte les particularités de son propre cas. »

L’influence d’une mauvaise digestion, de troubles dyspeptiques habituels est indiscutable. Mais il existe des cas, et nous pourrions citer comme preuve notre propre exemple, où, malgré un régime légulier, sans excès d alimentation, sans troubles au moins apparents et perceptibles de la digestion, l’insomnie persiste. Le malade se couche trois ou quatre heures après son repas; il n’a ni pesanteur épigastri(jue, ni ballonnement, ni renvois; la digestion

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