VI. GOUTTE MUSCULAIRE
De même qu’on décrit un rhumatisme portant sur les tissus des muscles et des parties fibreuses, on doit admettre une goutte musculaire. Et il nous paraît irrationnel lorsqu’un goutteux présente des douleurs musculaires de dire, comme le font beaucoup d’atideurs, que la goutte s’esl compliqué de douleurs rbumatismales. il’ourquoi faire intervenir le rhumatisme et sur quoi se fonde-t-on ,'pour prétendre que ces douleurs sont dues à une maladie nouvelle i;i différente à tous égards de la diathèse goutteuse? La goutte I le peut-elle donc par elle-même déterminer des douleurs muscuunres? Zalesky n a-t-il pas montré que si le tissu des muscles ne '■enlerme pas de dépôts tophacés, l’analyse chimique révèle toujours lans l’extrait musculaire une assez forte proportion d’urate de oude? Pour nous, l’existence de la goutte musculaire nous paraît I ndiscutahle et les symptômes que provoque la maladie sous cette orme ne sont pas les moins pénibles de ses manifestations.
lo Crampes et contractures douloureuses. — C’est là la mani- I estation la plus Iréqueide de la goutte sur le système musculaire. — « En e.xaminant, dit Scudamore, les symptômes de cent-vingt as de goutte que J ai minutieusement recueillis, j’ai trouvé que lans quatre-vingt-dix on pouvait compter les crampes d’une malièic plus ou moins remarquable, au nombre des souffrances accilentelles de la goutte; que presque toutes, sans e.xception, elles
36G THAITÉ TIIÉOIUQUE ET l'UATIOUE DE LA GOUTTE.
étiiienl 1res vives, soit immédiatement avant le paroxysme, soit pendant sa plus grande force, ou cxaclemeiit à sa lermiuaisoii et, chez ([uelques personnes, à chacune de ces péiâodes. »
11 faut dislinguer les crampes prémonitoires de l’attaque de goutte aiguë et celles ([ui se produisent indépendamment de toute localisation articnkiire. Nous avons déjà signalé les douleurs et les raideurs musculaires qui se produisent dans le membre qui va être le siège de l’accès de goutte. Mais chez un individu atteint de diathèse urique, les contractures douloureuses peuvent se montrer comme symptôme isolé, ou concurremment avec d’autres manifestations viscérales. En général, elles accompagnent d’autres phénomènes musculaires et en particulier les myalgies goutteuses vagues et erratiques dont nous parlerons tout à l’heure.
Ces crampes occupent en particulier les muscles des jambes et des cuisses. Un mouvement un peu brusque suffit pour les provo- (juer; certains malades sont pris de crampes au moindre effort (ju’ils font pour étendre les jambes; on voit alors les muscles du mollet se raidir, se durcir et rester douloureux et agités de tremblements fibrillaires pendant un temps plus ou moins long.
Quaiul cette contracture douloureuse se localise aux jambes ou même aux muscles de la main ou du pied, elle n’entraîne pas d autre conséquence qu’une douleur et une gêne passagères, ce siège étant bien connu en général des malades. Mais quand la crampe survient dans d’autres régions, où il est moins accoutumé de l’observer, on comprend l’effroi qu’elle peut déterminer dans 1 esprit du sujet. Ces phénomènes de spasme douloureux peuvent en effet occuper les muscles de l’abdomen, ceux du thorax, les pectoraux et les intercostaux, et même le diaphragme. Même si la crampe est limitée aux muscles de la paroi thoracique, à plus forte raison si elle est diaphragmatique, il survient une difficulté de la respiration, une angoisse particulière qui vient compliquer la douleur toute spéciale et difficile à décrire que ressentent les malades. Le thorax est comme immobilisé, et la souffrance est si pénible qu il semble (ju’elle ne pourrait être supportée si elle se prolongeait plus de une à deux minutes. L’accès ne dure guère en effet au delà; mais quand les muscles sont dans cet étal de contracture imminente, le moindre changement de position rappelle le spasme.
2° Myalgies. — Les myalgies goutteuses sont au moins aussi communes que les myalgies rhumatismales. Elles sont localisées et fixes, ou généralisées et erratiques. Le type des myalgies fixes est
LA GOUTTE ÜAAS l,ES ÜIIGAAES.
le lumbago; mais ces douleurs musculaires goulleuses pcuveiU occuper bien d’aulres régions (lue la région dorso-lombaire. Elles peuvent SC fixer sur les luusles occipito-rroiilaux, et un certain nombre de céphalalgies goutteuses ne sont bien vraisemblablement pas autre chose qu’une myalgie épicranienne. Les muscles de la inique sont aussi souvent affectés, la douleur se réveillant dans les moindres mouvements de rotation du cou, et constituant une sorte de torticolis postérieur; la pleurodynie goutteuse peut aussi s’observer localisée aux muscles d’un des côtés du thorax.
Les myalgies erratiques doivent cà juste titre être regardées comme une des maniléstations les plus pénibles de la goutte; elles répondent, au^ moins pour une bonne part, à ce que certains auteurs décrivent sous le nom de goutte vague. Ces douleurs se produisent d ordinaire chez des sujets qui ont cessé d’avoir des accès articulaires. Elles s’accompagnent de malaises multiples qui se confondent avec les troubles divers que nous avons rangés sous le titre de névropathie goutteuse.
En dépit du nom de myalgiques que nous donnons à ces douleurs, il est certain qu elles sont loin d’être limitées aux muscles mêmes. On peut encore supposer qu’elles occupent les insertions tendineuses, les aponévroses, les tissus fibreux péri -articulaires, les ligaments, peut-être même les os. Mais les malades ne peuvent que difficilement en préciser le siège, et souvent c’est un malaise indéfinissable, essentiellement mobile, qui paraît occuper alternativement ou simultanément tous les tissus de la région affectée.
Avec ces douleurs profondes coïncident habituellement des élancements superficiels, des picotements dans les extrémités ou dans tout un membre; des plaques d’hyperesthésie, véritable dermalgie localisée, occupant ordinairement la peau du crâne, où la moindre pression réveille une douleur excessive.
Ces sensations pénibles, incessamment renouvelées, finissent par déteiminer de véritables troubles intellectuels; les malades s’ai gnssent, s’irritent, deviennent inaptes à tout travail, tour à tour abattus ou découragés , ou reprenant confiance suivant les alternatives de leurs souffrances.
3“ Coup de fouet. — Scudamore a signalé parmi les symptômes de la goutte « une espèce de coup de fouet sur les membres ». La Iréquence de cet accident chez les goutteux a été aussi indiquée p.u J. Johnson L Le tour de reins, dû à la déchirure incomplète