‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 121 sur 226 · Jolinson, Lancet, nov · texte numérisé non relu

Jolinson, Lancet, nov

368 ÏÜAITÉ TIIÉOlllQDE ET l'UATlQUE ÜE LA (iUlTTE.

des fibres musculaires de la masse sacro-lombaire, et le coup de fouet propremeiil dit, prodiiil par ([uelijiie lésion analogue des muscles du mollet, s’observent cuellet assez rréquemmeut ebez les goutteux. Gbarcot a émis l’iiypotbèse que les muscles et les tendons subissaient eu pareil cas des modifications de texture ipii les rendent plus friables.

4“ Atrophie musculaire. — On sait qu’à la suite de l’inllammation des Jointures, les muscles voisins subissent en général une atrophie plus ou moins marquée. Dans les artbrites du genou, c’est le tricepscrural etenparticulier ledroitantérieurqui préseule surtout cette amyolropbie. Dans les arthrites scapulo-bumérales, l’alléralion s’observe d’ordinaire au deltoïde. Mais cette même conséquenceest possible au pourtour d une articulation quelcompie et quelle que soit la nature de l’arthrite. Cdiarcol avait signalé le l'ail dans la goutte cbroniciue et nous avons nous-même insisté silices atrophies péri-arliculaires d’origine goutteuse dans nos Eludes médicales. En général, l’amyotrophie coïncide avec la rétraction des muscles, et se voit surtout chez les malades atteints de goutte ancienne et présentant des loplius et des déformations articulaires mulliples. M. Gornillon a rapporté un exemple de ce genre d’atrophie, intéressant parle nombre des muscles atteints, par lesdélornialions provo([uées et surtout par ce fait que 1 atrophie s était produite rapidement à la suite de deux attaques de goutte seulement. Les deux membres supérieurs étaient symétriquement affectés; il y avait aplatissement des deltoïdes, amaigrissement des avant- bras, alropbie des inlerosseux et des muscles des éminences thénar et bypolbénar donnant à la main une disposition en grilTe. Ou pouvait à bon droit croire à une atrophie musculaire progressiu'. Mais le malade avait eu à deux reprises, les années précédenle.^, des poussées douloureuses avec gonllemenl dans les arlicnlalioii!' des épaules et des poignets. Gonslalant, en outre, un petit dépôt tophacé de la grosseur d’un grain de chènevis sur 1 oreille droite,

M. Gornillon n’hésita pas à admettre une amyolropliie consécutive à des attaques de goutte articnlaireL , . . . • '

On admettait aulrefois que ces atrophies d’origine articulaire étaient la conséquence de rimmohilité lorcée imposée a la jointure malade. On pense aujourd’hui qu’il s’agit d un phénomène rélle.xe, dùàune altération spéciale des cellules des cornes anlé-

1. Coniilloii, Amijoirophie consécutive à deux accès de goutte, simulant l'ali'opliie musculaire progressive. Pi-og. méd., mai 1883.

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rienres, sous rinfluencc do l’irritation partie des extrémités périphériques des nerfs articulaires et retentissant sur leur centre médullaire. On pourrait peut-être, au moins en ce qui concerne les atrophies goutteuses, supposer une altération directe de la fdjre muscidaireimprégnéepar l’nratede sonde et modifiée au contactde ce sel comme les tissus articulaires et péri-articnlaires eux-mêmes.

iNous signalerons ici une alTection assez rare dont les relations avec la goutte ne nous seiublent pas douteuses; nous voulons parler de la rétraction de l’aponévrose palmaire. Dupuytren, qui le premier démontra que cette rétraction était due non à une lésion des tendons, comme on le croyait avant lui, mais à l’épaississement etau ratatinementdeslanguettes fibreuses de l’aponévrose palmaire, Dupuytren rejeta l’étiologie goutteuse de l’affection pour la rattacher uniquementàunesorte de traumatisme chronique, aui'rotlement des corps durs sur la paume de la main. Mais l’influeuce de la goutte et du rhumatisme sur le développement de la lésion n’est pas niable; elle est démontrée parle mode de production, par la symétrie de la rétraction. Dans la thèse de Menjaud, sur neuf observations de rétraction palmaire, quatre appartiennent à des goutteuxL Cette manilestation goutteuse doitnéanmoins être considérée comme rare, car nous ne l’avons observée qu’uneseule fois. Voici cette observation :

Obs. XCl. — Goutte héréditaire. — Rétraction de i’ aponévrose palmaire.

M..., âgé de soixante-quinze ans, entré le 10 janvier 1883 à la maison Dubois. Ce malade nous raconte qu’il a toujours été d’une bonne santé jusqu à 1 époque de la guerre de 1870; il vient aujourd’hui à I hôpital, nous dit-il, pour une « goutte remontée. »

L’étude de ses antécédents nous est très difficile; les souvenirs et 1 intelligence de ce malade sont très confus. Le fils nous raconte que son pere a toujours été d’un caractère bizarre, aimant à vivre seul et ne voyant ses enfants que trois ou quatre fois dans l’année. 11 nous confirme la bonne santé habituelle de son père, qui n’était troublée que de temps à autre par des accès de goutte. Notre malade écrivait à son lils qu il était retenu à sa chambre par sa goutte.

La première attaqué remonterait au moins à vingt ans; plusieurs autres attaques auraient existé.

Le père de ce malade était goutteux, paraît-il.

l as de lenseignemenls sur la fréquence, l’intensité, la longueur des accès de goutte. ^

Etat actuel. — Signes d’emphysème pulmonaire avec bronchite, etc.

1. Menjaud, De la rétraclion de l'aponévrose palmaire, Jh. Paris, 1861. LEconcHÉ, Goutte.

A certains moments, l’op])i'ession s’accuse ; il y a dç véritables accès de dyspnée pendant lcs([uols le malade éloud'e. Il est pris d’agitation, se lève et veut se mettre à la fenêtre. Il ne peut rester couché. Ces phénomènes sont surtout accusés la nuit. Ce sont ces accidents dont parle constamment le malade et qu’il appelle goutte remontée.

Les battements du cœur -sont précipités, mais ne présentent pas d’irrégularités. Pas de bruits anormaux. Pas d’œdème des jambes.

Les manifestations articulaires de la goutte se sont localisées aux mains. Actuellement le dos de chaque main est le siège d’un œdème mou, dépressible, conservant l’empreinte du doigt. Cet œdème est ; indolent, sans modification bien nette de la coloration de la peau ■: l qui paraît cependant un peu violacée. j

En ouvrant d’abord la main droite, la première chose qui frappe est | l’attitude du petit doigt; les phalanges sont fléchies les unes sur les autres et la première fléchie sur le métacarpien. Le malade ne peut redresser ce doigt. Si l’on essaie de le mettre dans l’extension, on est vite arrêté par une véritable corde tendue, résistante, qui part de la face antérieure de la première phalange de ce doigt, en passant au-devant de l’articulation métacarpo-phalangienne pour venir se perdre dans la paume de la main en suivant la direction du tendon fléchisseur. Cette saillie nous parait formée par le tendon fléchisseur rétracté dans sa gaine, mais il semble que le tendon ne soit pas seul en cause et que l’aponévrose et la peau aient participé a la rétraction. La peau est épaisse, indurée en ce point; il y a formation de véritables nodosités de volume inégal, si bien que la corde saillante est tout à la fois irrégulière, noueuse, déformée.

Nous avons recherché si, par hasard, il ny aurait pas eu une cause iraumati(jue pouvant avoir occasionné cette déformation ; nous ne l’avons ])as trouvée. D’ailleurs les l'étractions tendineuses d’origine traumatique ^ n’ont j)as ces caractères : le tendon est rétracté et non defoime. •

Légère raideur des autres articulations. i

L’articulation de la première phalange de l’index avec la deuxième f est un ])eu tumétiée du côté de sa face dorsale. • • I

Tous les mouvements provoqués sont indolents : la pression des join- f lui’es ne détermine aucune douleur. \

Du côté de la main gauche, nous remarquons quelque chose d’analogue. L’annulaire peut être étendu par le malade; il n’est pas en flexion , permanente comme le gauche. Mais en explorant la face antérieure de la première phalange et la paume de la main, on retrouve, comme a droite, une série de nodosités présentant les mômes caractères.

En exagérant autant que possible l’extension du petit doigt, on rend.'

plus apparentes ces saillies. ,

Le médius présente au niveau de l’articulation de la première avec la seconde phalange un épaississement dur, assez considérable, des tissus. La face antérieure de l’articulation en est le siège; l’extension

complète en est difficile. ■ i ,•

L’index est aussi déformé au niveau de sa première articulation

inter-phalangienne.

LA GOUTTE DANS LES ORGANES

Vil. Goutte cutanée

La véritable goutte cutanée est l’infiltration du derme par les toplius d’urate de soude, ce que Trousseau appelle la gravelle de kl peau. Mais nous avons déjà suffisamment insisté sur ces tophus pour ne point y revenir. Nous réservons le nom de goutte cutanée aux manifestations exanthématiques qui apparaissent sur le tégument externe des goutteux.

1° Nodosités sous-cutanées éphémères. — Mais avant d’aborder les affections cutanées proprement dites, nous devons signaler une lésion assez curieuse qui paraît siéger dans le tissu sous-dermique. Froriep et Jaccoud avaient indiqué l’existence de ces nodosités dans le rhumatisme articulaire aigu. Dans ces derniers temps un certain nombre d’observations de ce genre ont été publiées. M.Féréolles a observées, en dehors de tout rhumatisme, dans trois cas, chez « des arthritiques. » — « Depuis plus de quinze ans, dit ce médecin, j’ai observé à plusieurs reprises, chez une dame, des nodosités superficielles qui se produisent du jour au lendemain sur la peau du front, où elles forment de petites bosses rondes, M’une dureté élastique, à contours très nets, sans changement de coloration de la peau, sans douleurs, même à une pression a.ssez forte, sans démangeaisons, ni picotements, ni chaleur. Ces nodosités, qui varient de la grosseur d’une noisette à celle d’un petit pois, ne sont jamais très nombreuses, quelquefois il n’y en a qu’une, d’autres lois deux ou trois, jamais davantage*, elles sont mobiles avec la peau sur les parties profondes, du moins le plus souvent, quelquefois elles m’ont paru faire corps avec le périoste h »

On remarquera que M. Féréol place le siège de ces nodosités dans la peau même; chez ses trois malades, elles occupaient la peau du front. Dans les nodosités de rhumatisme articulaire, le siège est nettemenfsous-cutané et les petites tumeurs occupent les membres. Dans les deux cas que nous avons observés, l’un chez un de nos malades, l’autre diez nous-mème, les nodosités siégeaient, comme dans les observations de M. Féréol, au front et sur le cuir

éphémères chez les arthriliques. Congrès

chevelu. Elles nous onl paru aussi occuper la peau et faire corps avec elle ; mais il faut noter que, dans les régions crâniennes, le tissu cellulaire sous-culané est peu abondant, et que la peau, celle couche celluleuse elle plan niusculo-fdjreux sous-jacent ne forment en réalité qu’une même couche intimement adhérente. Il est donc probable que les nodosités se développent à la tète comme aux membres dans le tissu sous-cutané et que si elles semblent faire corps avec le derme et sont entraînées avec lui dans les mouvements imprimés, c’est par suite de l’adhérence intime des divers plans qui composent la région épicranienne superficielle. Dans nos observations, les petites saillies noueuses apparaissaient et disparaissaient avec une grande facilité. Elles coexistaient avec des crises très pénibles de céphalalgie goutteuse; contrairement <à ce qu’a noté M. Féréol, elles étaient par elles-mêmes un peu douloureuses, et la pression réveillait la douleur d’une manière assez pénihleL

2° Exanthèmes goutteux. — Nous ne discuterons pas ici la ({ueslion des arthritides de Bazin. Dominé par son idée de classification systématique, d’accord du reste avec les opinions de son époque, Baziu a confondu le rhumatisme avec la goutte et a rangé sous la même étiquette des lésions dues à des causes absolument distinctes. La goutte n’a pas plus d’analogie avec le rhumatisme que la syphilis n’en a avec la blennorrhagie. On ne doit pas plus assimiler les exanthèmes goulteux aux exanthèmes rhumatismaux (|u’on ne confond les syphilides avec les manifestations cutanées de la blennorrhagie ou de la pyohémie. Que ces exanlbèmes présentent des caractères semblables, nous le reconnaissons; les lésions élémentaires de la peau sont les mêmes dans toutes les maladies cutanées, et le microscope est impuissant cà faire la différence entre une papule rhumatismale, syphilitique ou même variolique. Quant à établir des différences, d’après le groupement, la dissémination, la localisation des lésions, c’est là un problème que Bazin

1. Nous rappellerons ici une alTection singulière observée par Graves chez une clame âgée manifestement goutteuse, qui ressentait chaque jour à heure fixe les symptômes suivants: vers trois heures de l’après-midi, le nez s echaulfait ; cette chaleur persistait pendant quatre à cinq heures ; la peau devenait alors d’un rouge vif, puis d’un rouge pourpre. La rougeur s’étendait a la partie supérieure' des Joues et causait une sensation désagréable, mais non douloureuse; tous ces phénomènes disparaissaient régulièrement a la menm heure dans la soirée (Graves, Clinique médicale, trad. fr. par Jaccoud, 1862).

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