I.A GOUTTE DANS LES ORGANES
lui-même jugeait à peu près insoluble et qu’il avait éludé par la constitution même de son groupe arthritüles.
Ce n’est pas sur l’étude des lésions, étude stérile, puisque les lésionssont identiques, mais sur la notion même de la cause qu’il Luit se fonder pour édifier des distinctions. Pour nous la goutte peut provoquer des manifestations cutanées au même titre et par le même mécanisme qu’elle provoque une inflammation des bronches ou des reins. Pour reconnaître la nature de ces exanthèmes, il faut faire appel aux mômes caractèi’es que nous avons déjà indiqués pour les diverses variétés de la goutte interne :
Alternances de ces éruptions avec les accès de goutte articulaire ou viscérale;
Constatation de l’acide urique dans les parties lésées;
Excès d’acide urique dans le sang ou dans les urines.
Quant aux variétés de dermatoses, celles que l’on observe le plus souvent sont :
En première ligne, l’eczéma;
Puis le psoriasis et l’urticaii’e.
On a signalé encore le lichen, le prurigo et l’acné, et même des éruptions ecthymateuses et pemphigoïdes.
L’exanthème que nous avons vu le plus souvent chez nos goutteux est l’eczéma, se produisant par poussées annuelles en ditférents points de corps, existant seul pendant des années, ou bien alternant avec des manifestations viscérales, ordinairement hronchitiques où diarrhéiques, parfois disparaissant complètement au moment ou survenaient des accès de goutte articulaire. Cet eczéma, quand il siège aux membres, est remarquable par sa symétrie. Chez un de nos malades, il occupait de chaque côté la face dorsale des trois premiers doigts. Pendant vingt ans, de l'âge de trente ans à l’âge de cinquante ans, l’éruption a reparu, localisée à ce siège, chaque année régulièrement vers le milieu d’avril; elle persistait six semaines et disparaissait sans laisser de traces jusqu’à l’année suivante. Une année où survint une crise de colique néphrétique, l’eczéma fut à peine marqué. Il a complètement disparu depuis l’âge de cinquante ans, où se sont produits les premiers accès de goutte; c’est à peine si à l’époque habituelle où se faisait l’éruption, il existe une légère démangeaison au niveau des doigis. Chez un autre malade, un eczéma du cuir chevelu fut la première manifestation de la goutte. Nous avons vu aussi un eczéma des'pau pières alterner avec des coliques néphrétiques. Mais le siège le plus
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Ircquenl est 1 anus, les bourses, la face interne des cuisses; il se loimc la une sorte d intertrlgo très tenace, avec des poussées subaiguës continuelles, qui retentissent souvent sur les ganglions et déterminent des nodosités inguinales, sujet d’inquiétude pour les malades.
Chez un de nos malades, homme fort et vigoureu.v, Agé de cinquante ans, nous avons vu la première attaque de goutte précédée pendant deux ans d’un eczéma du cuir chevelu, puis de la face palmaire de la main droite. Cet eczéma de la face palmaire persista pendant dix-huit mois après l’attaque de goutte et ne céda qu’à deu.x saisons faites à Capvern. La goutte chez ce malade paraissait avoir été produite par un abus du cidre. Voici, du reste, quelques autres observations d’eczéma.
Obs. XCII. — Goutte héréditaire.-— Apparition de la goutte au moment
de la ménopause. — Phlébite. — Vertiges. — Eczéma du pli de
l’aine.
ftladame X..., âgée de soixante-deux ans. — Oncle niaternel goutteux. — A l’époque de la cessaliou des règles, apparition de troubles divers, de nature goutteuse. En 1873, varices de la jambe droite; poussées multiples de phlébite.
En 1878, douleur vive au talon gauche, qui résiste à toute médication et qui disparaît subitement au bout de six mois.
En 1879, accès de goutte au gros orteil droit pendant trois semaines. U(îpuis lors, deux attaques chaque année, au printemps et à l’automne, toujours au pied droit.
Troubles dyspeptiques.
Vertiges presque constants, s’exagérant parfois pendant quatre à cinq jours, au point ([ue le malade ne peut se tenir debout ni redresser la tète; la seule situation supportable pour elle dans ces moments est de rester assise, la tète baissée.
Eczéma persistant depuis plusieurs mois au pli de l’aine de chaque côté.
Obs. XCIII. — Gravelle urique. — Eczéma des acant- bras, du cou, des épaules.
B..., âgé de cinquante-huit ans. — Éxcès de bière. — Gravelle sans colique néphrétique; premier gravier rendu en mai 1880. La même année, éruption eczémateuse sur les avant-bras, le cou, les épaules.
Réapparition de l’eczéma eu juin 1881, suivi de douleurs vagues dans les orteils,
Obs. XCIV. — Goutte articulaire. Eczéma des paupières.
X..., âgé de quarante-six ans. — Pas de goutte articulaire dans la
LA GOUTTE DANS T.ES ORGANES
famille - un frère atteint île coliques néphrétiques tout récemment avec des svmi)tômes cérébraux.
Première attaque de goutte en 1S77, à Tortcil droit, puis trois jours après à l'orteil gauche; durée de cette attaque, trois semaines.
Deuxième accès trois ans après, limité encore aux deux gros orteils, pendant cinq semaines.
A la troisième attaque, en IS8"2, les deux pieds furent d’abord pris, et quinze jours après, les deux genoux.
Les accès se sont toujours manifestés cà la suite de fatigues, de voyage ou de refroidissement.
Pendant cette troisième attaque, nous avons pu constater que l’urine est très chargée, que les genoux, pris pour la première fois, ne sont pas le siège d’épanchement, mais que la peau tà leur niveau est rouge, chaude, et que la temqiérature est élevée de deux degrés au-dessus de la tem[)érature normale.
Appétit, conservé; constipation et ballonnement du ventre.
Cette attaque dura un mois. Nous envoyâmes le malade à Vittel.
A son retour, plus de douleur articulaire; sensibilité extrême des pieds à la moindre humidité. Nous constatons une poussée récente d’eczéma au niveau des deux paupières supérieures et sur l’aile gauche du nez.
Obs. XCV. — Goutte et eczéma symétrique des mains.
Madame X... Père calculeux. — Règles abondantes deux fois par mois. Leucorrhée. Douleurs rénales fréquentes ; sable dans les urines. Il y a six semaines, douleurs dans le gros orteil droit, suivies de douleurs dans la main droite. 11 y a quatre jours, apparition de vésicopustules d’eczéma sur le pouce et l’index des deux mains.
Obs. XCVI. — Eczéma anal suivi d’un accès de goutte articulaire. X..., âgé de quarante-cinq ans. — Poussées d’eczéma anal se répétant chaque année pendant plusieurs années. En 1882, accès de goutte au pied droit.
La relation évidente de l’eczéma avec la goutte a été admise, avec preuves à l’appui, par Trousseau, Gintrac, Garrod. Il en est de même du psoriasis; Holland et Willan avaient signalé l’alternance des poussées psoriasiques avec les accès de goutte articulaire. Tantôt, dit Garrod, le psoriasis s’interrompt au moment où les attaques se manifestent, tantôt il paraît empêcher le développement de ces attaques.
L urticaire n’est pas indiquée par Garrod ; nous avons vu pourtant, a plusieurs reprises et chez différents malades, des poussées aiguës d urticaire généralisée précéder immédiatement une attaque
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de g'ouUe sur les joiülurcs et dispai'aîli'e au luomeul où se faisait la localisation.
C’est surtout dans les éruptions vcsiculeuses ou bulleuses que la preuve directe de la nature goutteuse de raiïection cutanée peut être fournie. Golding Bird a vu plusieurs fois chez des goutteu.K des éruptions eczémateuses avec exsudation abondante dontle liquide desséché laissait déposer des cristaux d’urate de soude. Gigot-Suard dit aussi avoir constaté dans divers produits pathologiques de la peau des cristaux d’acide urique libre. Malmsteii a reconnu également ces mêmes cristaux dans des bulles de pemphigus chez un goutteux. Nous avons nous-même constaté la présence de l’acide urique d’une manière indiscutable dans la séro.sité de plusieurs bulles qui s’étaieut développées sur les membres inférieurs d’un de nos malades.
Obs. XCVII. — Psoriasis. — Accès de goutte.
F..., âgé de cinquaiite-huil ans, capitaine en retraite, entré le 17 février i(S83 à la maison Dubois. En 1871, psoriasis, et depuis, nouvelles poussées revenant de temps à autre. Il y a cinq ans, il eut pendant (pielques mois des maux de tête, des palpitations. Depuis quatre ans, tous les ans, au moment du froid, il est atteint de l’affection pour laquelle il vient nous trouver aujourd’hui, et les accidents cessent avec le froid.
Etat actuel : tuméfaction et rougeur diffuse occupant les deux gros orteils cl la partie avoisinante du dos et de la face interne des j)ieds.
La douleur spontanée est modérée ; le malade ressent quelques élancements.
La douleur à la pression est plus vive, elle est réveillée surtout par la pression exercée au niveau des articulations métatarso-phalangiennes des gros orteils, et par les mouvements imprimés à ces orteils.
Le malade ne peut marclier.
Avarices des membres inféi'ieurs.
Urines :
Ni sucre ni albumine;
19 grammes d’urée.
0,80 d’acide urique par litre;
Das de sables urinaires ;
Le foie n’est pas augmenté de volume; jamais de coliques hépatiques. Rien au cœui'. — Pas d’athérome. Apyrexie.
Selles régulières. — Compresses d’eau blanche sur les parties malades.
Accès de douleur assez vive la nuit dernière.
13 février. Vin de colchique.
14 février. AUénuatioii des symptômes; le malade souffre moins et la rougeur a disparu.
21 février. Même état; sortie du malade incomplètement guéri.
LA GOUTTE DANS LES OUGANES