‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 123 sur 226 · VIII. Goutte des oreilles et des yeux · texte numérisé non relu

VIII. Goutte des oreilles et des yeux

A. Goutte de Voi'eille. — Nous avons signalé l’existence de concrétions tophacées sur le pavillon de l’oreille. Ces dépôts se forment souvent sans que le malade en ait conscience; ce n’est que par hasard qu’il les remarque, à moins que le médecin ne les recherche et ne les découvre. Mais, dans certains cas, la formation de ces tophus s’accompagne de phénomènes congestifs et douloureux localisés à l’oreille, qui simulent une attaque de goutte auriculaire et qui peuvent alterner avec des accès articulaires. C’est sans doute .à des faits de ce genre que se rapportent les deux observations suivantes de Graves; il n’est pas, il est vrai, fait mention de concrétions uratiques, mais la connaissance de ces tophus de l’oreille paraît avoir échappé à Graves, qui n’y fait nulle part la moindre allusion.

« Le D'' Daly, dit Graves, m’a parlé d’un individu goutteux dont le lobule de l’oreille était de temps en temps pris d’une congestion soudaine; la durée de ce phénomène ne dépassait jamais quelques heures; mais aussi longtemps qu’il persistait, le malade éprouvait une douleur des plus cruelles. J’ai moi-même éprouvé tout dernièrement un accident de ce genre dans le pavillon de l’oreille; au bout d’une heure, tout disparut sous l’influence d’un accès de goutte dans les doigts. »

^ ^ ‘ Haivey ne parle pas non plus de concrétions du cartilage de l’oreille; il donne cependant de l’attaque de goutte auriculaire une description qui se rapproche beaucoup de celle de Graves L La goutte, d’après lui, porte de préférence sur l’oreille externe. Le malade ressent au début une chaleur très vive dans le pavillon, avec des picotements très désagréables, qui font bientôt place à une douleur extrêmement aiguë, presque térébrante; cette douleur s’étend rapidement à toute l’oreille, s’accompagnant de bourdonnements et d’une diminution de l’ouïe. Cette douleur persiste toute la nuit pour diminuer vers le matin. On constate alors une rougeur érysipélateuse de toute l’oreille externe,qui est chaude au

ear neuralgia as affecling lhe liead and

London, 1852. ” forms of headache in connexion willi eafness.

loucher cl 1res sensible. Il exisle en même temps une rougeur moins intense cln conduit auditif externe et une congestion de la membrane du tympan, s’accusant par la dilatation et la turgescence des vaisseaux qui la sillonnent.

Les symptômes peuvent ne pas dépasser ce premier degré, la congestion s’affaissant peu à peu, en faisant place à une localisation goutteuse sur les jointures. Harvey dit toutefois n’avoir vu l’otite se déplacer que dans un seul cas. D’autres fois, les phénomènes inflammatoires persistent et il survient un écoulement muco-purulenl par le conduit auditif externe. Nous avons observé un catarrhe aigu de celte espèce qui a brusquement disparu au moment où la goutte apparaissait au petit orteil.

Harvey décrit encore une otite moyenne d’origine goutteuse, cette otite pouvant suppurer et amener une perforalion de la membrane du tympan, ou passer à l’état chronique et déterminer de la surdité j dans ce cas, il se forme des masses calcaires dans la caisse du tympan. Toynbee indique aussi l’existence de concrétions crétacées sur les osselets de l’ouïe. Mais la preuve de la nature uratique de ces dépôts n’est pas faite. Garrod, qui dit avoir examiné plusieurs fois de ces concrétions intra-auriculaires, n’a jamais pu y reconnaître la moindre trace d’acide urique, et croit que les altérations des osselets constatées par Harvey et Toynbee appartiennent plutôt à l’arthrite rhumatoïde qu’à la goutte.

Obs. XCVIII. — Goutte articulaire. — Névralgie faciale. — Otite Ttioyeune. — Écouleneut uréthral peudatit uu accès de goutte.

S..., âgé de soixante-deux ans, entré à la maison Dubois en avril lg77.Pas de goutte chez le père ou la mère. — Excès de boisions.—Il y a quarante ans, attaque de rhumatisme généralisé qui dura six mois. Toutes les articulations furent prises, même celles de la mâchoire. — A l’àge de trente-deux ans, nouvelles manifestations articulaires limitées cette fois aux pieds. Peu de fièvre ; appétit cou- S6rvé.

A Mexico, en 1855, attaque sérieuse dégoutté aux pieds qui dura deux mois. En 1804, les mains furent prises; il y eut ankylosé du petit doigt. Pendant son séjour au Mexique, le malade n’avait d’attaque que dans les lieux élevés ; rien à la tête.

Depuis son retour en France, en 1864, presque chaque année deux

attaques en mai et juillet. »

Eczéma généralisé à plusieurs reprises. ...

Depuis quelque temps la goutte est presque continue ; trois a quatre

attaques par an. . , • r • , .

Le malade entre à la maison Dubois pour une névralgie faciale a ac-

LA GOUTTE DANS LES ORGANES. 37c>

cès iiTCguliers.

s’est prise.

La douleur est moins vive depuis que la main droite

Tophus sur le pavillon des oreilles; il n’y en a pas aux jointures. Lesaltaqucsde goutte laissent à leur suite une enflure longtemps persistante et de la difficulté à remuer les membres.

Émissions fréquentes de sables, qui ont diminué depuis l’emploi des eaux de Vittel.

Troubles digestifs que le malade attribue à l’abus de la liqueur de Laville. — Hémorrhoïdes.

Insomnies, qui ont duré parfois très longtemps, treize mois en 1872 cl 1873. — Vertiges autrefois fréquents.

Pendant l’accès de goutte qui l’amène à la maison Dubois, le malade est pris d’un écoulement uréthral qui disparut avec la fia de l’accès.

En 1879, nous revîmes ce malade pour une nouvelle attaque de goutte, dans le cours de laquelle surviiireut des troubles du côté de l’oreillè dioile, une douleur vive dans le conduit auditif, plus prononcée la nuit, à caractère lancinant. Ces douleurs persistèrent pendant plus de trois semaines et laissèrent cà leur suite des bourdonnements d’oreille, des sifflements et un affaiblissement considérable de l’ouïe du côté droit!

B. Goutte des yeux. — Les documents sont plus nombreux sur les altéi ations de 1 œil qui relèvent de la diathèse urique. Depuis Moigagni qui avait signalé une conjonctivite goutteuse au cours dune attaque aiticulaire, les anciens admettaient une ophthalmie liée à la podagre. Strack avait observé la cataracte chez les goutteux. Aétius dit que, chez des sujets goutteux, il survient quelquefois une affection douloureuse de l’iris dans sa partie circulaire. « La goutte, dit Barthez, peut affecter le corps du cristallin et produire la cataracte. » Le même auteur cite une observation qui semble se rapportera un cas d’irido-clioroïdite. Mais c’est aux ophthalmologistes modernes, Middlemore, Mackensie, Lawrence, Hutchinson, Wecker,Galezowski, qu’on doit des notions plusnettes sur les lésions goutteuses de l’œil. Le mémoire de Galezowski est le tiavail le plus complet que nous possédions sur ce sujet*.

Nous admettrons les localisations suivantes :

1“ Conjonctivite;

2" Altérations de la cornée;

3" Sclérite ;

4" Iritis ;

5" Cataracte ;

1. Galezowski, De la goulle et des Journal de thêrapeulique, 1882.

affections oculaires d’origine

goutteuse.-

380 TOAITE TIlÉOlUQUE ET PRATIQUE DE I.A GOUTTE.

G° Choroïdile.

Galezowski signale encore un eczéma sec, pityriasiqne, se développant sur les paupières des gonlleux, débutant par une sécheresse particulière de la peau, qui ne tarde pas à se couvrir de petites squames fines, blanchâtres, lesquelles se détaclient spontanément et se reproduisent sans cesse. L’irritation cutanée gagnerait à la longue la conjonctive et déterminerait une conjonctivite spéciale, sans sécrétion muqueuse, mais avec un larmoiement abondant.

Il dit aussi avoir vu deux fois la paralysie de la troisième paire survenir sous l’influence exclusive de la goutte.

1" Conjonctivite. — En dehors de cette forme spéciale de conjonctivite pityriasique décrite par Galezowski, les symptômes de la conjonctivite goutteuse n’offrent aucun caractère qui la distingue de la conjonctivite ordinaire. Robertson dit, il est vrai, avoir cons laté dans quatre ou cinq cas, à allures chroniques, « une matière calcaire infiltrant les capillaires de la conjonctive mais ce détail est un peu vague, et rien d’analogue n’a été observé par d’autres auteurs. Ici encore les observations les plus concluantes sont celles où l’on voit la conjonctivite alterner avec la goutte articulaire. Le cas de Morgagni appartient à cetle catégorie de faits.

Morgagni rapporte que, souflrant d’une ophthalmie des deux yeux, sans avoir pu obtenir le moindre soulagement îles remèdes ordinaires, il fut guéri par un léger accès de goutte probablement provoqué par les pédiluvesetles frictions dont il fit un Iréquent usage; oculorum inflammationem statim mi nuit, et diebus insequentibus sustulitC

L’observation suivante, dans laquelle on voit une conjonctivite aiguë intense avec gonflement des paupières, chémosis, sécrétion muco-purulente abondante, céder brusquement au moment où se produit une attaque de goutte articulaire, est un fait du même genre.

Obs. XCIX. — Goutte articulaire; attaques muUiples. Tophus aux

mains et aux oreilles. — Conjonctivite aiguë disparaissant au moment où la goutte se porte sur les articulations.

G..., âgé de soixante-onze ans. — Pas de goutte articulaire dans la

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