‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 135 sur 226 · Garrod, Medico-Chir. Transactions, 1854, vol. XXXVI · texte numérisé non relu

Garrod, Medico-Chir. Transactions, 1854, vol. XXXVI

arllirilide symptomatica. Genève, 1752, p. 65. — Falconer, Essai sur les eaux de Bath, 1772.

r unpuhlished medical ivrilings of the laie sûr L Z -'’ t. I, p. 243, Goul. from. lead. - Barlow, Essai

es eaux de Bath. 1822. — Todd, Pract. remarks on goul. 1843, p. 4-i.

/i.“28 TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE ÜE LA GOUTTE.

lassent usage ilu plomb dans leurs travaux et aienl clé ad'ectés d’intoxication saturnine. »

La remarque de Garrod ne larda pas à être eonfirmce par de nouveaux laits qui furent publiés d’abord en Angleterre.

Dans les leçons cliniques de ïodd sur les paralysies, on trouve un cas de goutte développée chez un individu atteint de paralysie saturnine. — « Chez ce malade, dit Todd, nous avons observé un accompagnement fréquent de l’intoxication saturnine, c’est-à-dire la goutte L » Dans ses Leçons sur les maladies des organes urinaires, le même auteur indique encore les peintres en bâtiments au nombre des individus de la classe ouvrière atteints de goutte qui fréquentent le plus souvent les hôpitaux de Londres. Bence Jones, à propos d’une autopsie de goutte saturnine communiquée à la Société pathologique de Londres, fait de même remarquer que les plombiers et les polisseurs de glaces sont particulièrement disposés à contracter la goutteU Plusieurs observations de ce genre fni-ent publiés en 1861 etl862par W. FalconerclBegbicL Depuis lors Murchison‘, Wilks% Saunder% Garrotl lui-même, dans son Traité de la goutte et dans divers ai'ticles de journaux, ont fait connaître de nombreux exemples de goutte saturnine.'

En France, le premier travail sur ce sujet date de 1863 et appartient an professeur Charcot. A propos d’un peintre en bâtiments atteint de goutte articulaire, dont il rapporte minutieusement l’histoire, Charcot fit connaître les idées de Garrod ; mais il ne se prononça qu’avec réserve sur le rôle palhogénique du plomb’. La même année, dans son mémoire sur l’albuminurie saturnine, .A. Ollivier publiait une observation de goutte saturnine indiscutable®.

1. lï. Todd, Clinical lectures, seconde édition, London p. 811 et p. 586.

2. Bence Jones, Patli. soc. of. London, The Lancet, janv. 1856, p. 45.

3. Falconer, Brit. méd. Journ. nov. 1861. — Begbie, Lead impretjnalion and ils relation with (joui and riteuinalisin, Edinibouig Med., juin

4. Mui-cliison, Cases illustraliiuj varions e/lects of lead poisomng, The

Lancet 1868, t. U, p. 215.

5. S. Wilks, On association of youl and plumbi.wi. — Guys Hosp. Reports. 1865, t. XV, p. 41. — Id. Saturnine goût. — Brit. ined. Journ., 1875, t. U

'’e.'^Saimder, On doctrine of saturnine goût. Med. Times and Gaz. 1881.

t. Il, p. 385. . ,

7. Gharcot, L’into.xication saturnine exerce-t-ellc une mnucnce sur le

développement de la goutteV Gaz. hehd. 1863, p. 433.

8. Ollivier, De l'albuminurie saturnine. Arch. gén. de méd. nov. 18„J.

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Depuis lors lailiscussion (|ui cul lieu en 1868àlaSociélé médicale des hôpitaux, les luénioircs de Laiiccreaiix, de Bucquoy; les thèses de Ilalma Grand, de Pinel, de Rennnt, de Goudol, de Verdugo, ont montré que la goutte saturnine n’est pas aussi rare à Paris qu’on avait pu le croire dans les premiers moments où la question fut indiquée*. Bien qn’asscz mal placé à la maison Dubois pour observer les maladies ouvrières, nous avons pu en recueillir cinq observations en quelques années.

L’élude des connexions de la goutte avec le saturnisme soulève deux questions :

r La goutte saturnine présente-t-elledes caractères qui lui soient propres et qui la distinguent de la goutte ordinaire?

2“ Le plomb est-il réellement la cause de la goutte, et s’il en est ainsi, quel est son mode d’action?

\° Caractères de la goutte -saturnine. — Comme la goutte ordinaire, la goutte saturnine débute par le gros orteil ; comme elle, elle peut rester longtemps localisée à cette articulation avant d’envabird’autres jointures; comme elle encore, elle peut se générliliser plus ou moins rapidement, se manifester sous forme de poussées aiguës, ou passer à l’état cbronique avec production de déformations et de dépôts lopbacés.

En lui-même, l’accès de goutte saturnine ne diffère pas de l’accès que nous avons décrit dans la goutte ordinaire. Ce sont les mêmes douleurs, le même gonflement œdémateux avec rougeur violacée, dilatation des veines et desquamation épidermique consécutive. Les urines présentent les mêmes modifications. Enfin, si l’on fait C’examen du sang par le procédé du fil, on constate, parle dépôt de cristaux rhomboédriques, l’excès caractéristique d’acide urique. Charcot dit que, dans trois cas où l’intoxication saturnine s’était compliquée d’une affection articulaire mal déterminée, le résultat de ses recherches faites avec l’assistance de Vulpian a été négatif. Mais Charcot ajoute qu’il n’a pas opéré sur le sérum du sang, mais sur la sérosité obtenue par l’application d’un vésicatoire. Et il est certain que dans les cas où l’excès d’acide urique n’est pas

t. Bull, de la Société méd. des hôp. 1868, p. 9t. — Lancereaux, Soc. de biologie, 1870. — Id. Néphrites et arthrites saturnines ; parallèle avec la néphrite et l’arthrite goutteuse, Arch. méd. duc. 1881. — Bucquoy, Palh. de a Ooulte dans ces rapports avec l’intoxication saturnine. France médic ale 1868. — Id. France médicale octobre 1883. — Halina Grand, Th. Paris, 18/6. - Renaut, Tli. agrég. 187.6. — Pinet, Th. Paris 1879. — Goudol, Th. I ans 1883. — Verdugo, Th. Paris 1883.

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considérable, la sérosité du vésicatoire ne donne pas do résultats aussi nets (juc le sérum du sang obtenu à l’aide d’une ventouse scarifiée.

La marebe de la maladie olTrc-l-elle des caractères distinctifs? On a indiqué les suivants :

1“ Passage rapide de la forme aiguë à la forme chronique;

2° Formation précoce des concrétions tophacées;

3° Généralisation rapide des arthrites.

C’est Garrod qui a, le premier, avancé que chez les individus de a classe ouvrière atteints de goutte saturnine, la maladie avait une grande tendance à revêtir très promptement la forme asthénique ou chronique. La plupart des observateurs ont soutenu la même opinion.

Or il n’y a là rien d’absolu, à ce qu’il nous semble, et en tout cas rien de particulier à la goutte saturnine. Cette forme de goutte se produisant chez des ouvriers, c’est-à-dire des individus pauvres, mal nourris, mal logés, il est tout naturel que l’organisme fléchisse rapidement et que la maladie prenne la forme chronique ou cachectique; mais cela est vrai pour la goutte en général, quelle qu’eu soit la cause. Si ces ouvriers, bien que saturnins, sont placés dans de meilleures conditions hygiéniques et sociales, la goutte se comportera comme chez les goutteux héréditaires ou gros mangeurs, et pourra parfaitement persister longtemps à l’état sthénique. Nous en avons la preuve dans diverses observations, dans celle de J\l. Verdugo,recueilliedans leservicedeM. G. Sée,oùlagoutte datait de (jiiatorze ans, sans aucune tendance à la chronicité ; chez nos (piatre malades de la maison Dubois, peintres en bâtiments de condition plus aisée que ceux qui fréquentent les hôpitaux ordinaires.

Le deuxième caractère, la tendance à la formation rapide des dépôts uraliques au pourtour des articulations, ne nous paraît pas plus exact. A notre avis, on s’est peut-être trop hâté de généraliser d’après un petit nombre de faits. Sans doute, les lophus existaient en grande abondance dans une des observations de M. Bucquoy, qui a émis cette opinion, ainsi que dans divers autres cas de goutte saturnine. Mais de là à soutenir, avec M. Halma Grand, que la présence des tophus chez les saturnins goutteux est la règle, il y a loin. La preuve de l’exagération d’une semblable idée est fournie par M. Halma Grand lui-même, car sur les deux observations personnelles qu’il rapporte, il existe des tophus dans un cas, mais il

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n’en existe pas dans l’autre. Il y a plus; sur les quatorze observa tiens réunies par M. Yerdugo dans sa thèse, il n’est fait mention de dépôts uratiques (nous entendons de dépôts extra-articulaires) que dans deux cas. Et sur nos quatre malades, il n’existait de topluis que dans un cas; encore s’agit-il simplement de petites concrétions du pavillon de l’oreille. 11 faut donc renoncer à ce caractère; les concrétions topbacées ne sont ni plus abondantes ni plus précoces chez les saturnins que chez les autres goutteux.

Par contre, la tendance à la généralisation rapide des arthrites nous semble la vraie caractéristique de la goutte saturnine. M.Bucquoy a bien mis ce fait en relief dans sa communication à la Société des hôpitaux. Un de ses malades, peintre en bâtiments, âgé de trente-six ans, ayant présenté de fréquentes coliques de plomb, avait eu son premier accès de goutte â l’âge de vingt-cinq ans. Dès le troisième accès, les articulations des deux mains et des deux pieds furent prises; une quatrième fois, les grandes articulations elles-mêmes furent atteintes. Depuis lors, chaque année, au printemps et â l’automne, attaques nouvelles sous forme de rhumatisme articulaire plus ou moins généralisé, d’une durée variable, laissant dans l’intervalle quelques douleurs vagues et un peu de déformation de quelques articulations des doigts.

Cette même marche se remarque dans la plupart des observa- I tiens publiées avec détails, où ces attaques â extension rapide et ► spéciale sont souvent désignées sous le nom d’attaques de rhumatisme articulaire généralisé.

Il est une autre particularité qui nous paraît propre â la goutte saturnine. G est la fréquence du rein contracté, de la néphrite interstitielle. La lésion rénale existe aussi chez les goutteux ordinaires; mais elle est incomparablement plus habituelle chez les goutteux saturnins. Cette fréquence est telle que, dans toutes les autopsies de goutte plomhique publiées, soit en Angleterre, soit en France, l’atrophie rénale est mentionnée (un cas de Garrod, un mire de Bence Jones, deux autopsies de Sam. Wilks, cinq autopsies le Lancereaux). Et celle fréquence s’explique d’ailleurs facilement )ai ce fait que 1 intoxication par le plomb est elle-même une cause le néphrite interstitielle. Chez les goutteux saturnins, la lésion ■éiiale relève-t-elle du saturnisme ou de la goutte? Et si elle dé- )eiid de 1 action chroni(jue du plomb, n’esl-elle i)as la cause même le la goutte? C’est ce que nous allons examiner.

/(.3“2 TUAITÉ TIlÉOniQüE ET l'UATIQUE DE I.A GOETTE.

2“ Le plomb esl-il réellement une cause de (joutle et comment agit-il? — « Sur un euseinl)le de cinquaiile et uii goiilleux traités à riiôpital depuis la publication de mou mémoire dans les Transactions, dit Garrod, je trouve seize peintres, ])louibiers ou autres ouvriers exposés aux émanations plombiques; encore ce cbiffre ne comprend-il pas les individus admis pour être traités d’une affection saturnine et dont plusieurs avaient eu la goutte. » La proportion est de près d’un tiers; a priori, une condition étiologique aussi particulière que l’oii trouve en pareille proportion ne saurait être regardée comme une condition banale. 11 est vrai que la statistique de Garrod est jusqu’à présent isolée et qu’une proportion aussi forte de goutte saturnine n’a pas été relevée par les autres observateurs. En Angleterre même, Christison dit n’avoir jamais vu de cas de goutte chez les plombiers ou les peintres en bâtiments d’Édimbourg. En France, Charcot écrivait en 1863 : « Je dois reconnaître qu’en somme il résulte de mon enquête qu’à Paris où les maladies de plomb sont nombreuses, la goutte est très rare cependant dans les hôpitaux, même parmi les individus qui sont sous le coup de l’intoxication saturnine. » On a objecté encore que si la goutte était aussi fréquente chez les ouvriers de Londres qui manient le plomb, cela tenait à la prédominance du régime animal, à l’usage des bières fortes, qui placent les ouvriers anglais dans des conditions spéciales qu’on ne retrouve pas en France.

La goutte est-elle aussi rare qu’on le dit chez les ouvriers français exposés à l’intoxication plombique? A l’époque où Charcot fit sa première enquête, il ne faut pas l’oublier, la goutte saturnine était absolument inconnue des médecins de Paris. On considérait alors, il suffit de lire les premières observations publiées à ce sujet, et on considère encore bien souvent aujourd’hui comme atteints de rhumatisme articulaire les saturnins qui présentent quelque manifestation du coté des jointures. En outre, aucune statistique sérieuse n’a été publi’ée sur ce sujet en France, et peut-être une nouvelle enquête donnerait-elle d’autres résultats que les premières recherches de Charcot.

Nous ne faisons toutefois aucune difficulté de reconnaître que la proportion constatée par Garrod est fort au-dessus de ce qu ou peut observer habituellement. Mais la relation entre la goutte et le saturnisme n’en reste pas moins indéniable.

Celte relation est-elle une relation directe de cause à effet’? Car-

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rotl garde là-dessus utie certaine réserve. L’intoxication saturnine peut-elle par elle-même, sans le secours des autres causes prédisposantes, produire la goutte? A cette question, l’auteur anglais déclare n’être pas en mesure de répondre par l’affirmative; « mais je n’oserais certainement pas, ajoute-t-il, assurer que la goutte ne puisse, dans certains cas, être déterminée par la seule influence de l’intoxication saturnine. » Murcliison et surtout S. A¥ilks sont beaucoup plus catégoriques dans leur affirmation et admettent sans restriction l’influence pathogénique du plomb. — « 11 est remarquable, dit Wilks, que le plomb puisse produire, non seulement la simple inflammation goutteuse des jointures, mais encore tous les autres accessoires de la goutte. On observe, en effet, constamment que les individus qui travaillent dans le plomb ont, non seulement les jointures crayeuses, mais aussi le rein contracté, granuleux, l’induration et l’épaississement des vaisseaux sanguins, elles autres altérations que l’on rencontre dans la goutte*. »

Les recherebes de Garrod sur l’état du sang chez les saturnins et sur l’action des sels de plomb sur l’excrétion de l’acide urique semblent donner raison à l’opinion de S. Wilks.

Parle procédé du fil, on trouve à peu prè.s constamment un excès d’acide urique dans le sang des individus atteints d’intoxication saturnine, qu'ils aient ou non des manifestations goutteuses. « Le sang des individus souffrant de paralysie saturnine, dit Garrod, contient toujours une proportion anormale d’acide urique et la même chose est vraie probablement dans tous les cas de colique saturnine. )t En même temps, on constate chez les mêmes sujets une diminution de la quantité d’acide urique contenue dans les urines.

Cette diminution peut être produite expérimentalement chez un individu sain, non saturnin, par l’administration d’un sel de plomb. Ce résultat a été obtenu chez deux individus, jeunes, de dix-neuf et de ti'ente ans, auxquels on donna pendant plusieurs jours de 0s‘‘,20 à 0»‘',50 d acétate de plomb. Chez l’un, la diminution de la proportion d’acide urique dans l’urine fut de près de moitié; de 0s'',42, îllo tomba à 0?'’,23 et 0s'',17; chez le second, l’abaissement fut noindre, bien que très sensible encore. Garrod signale, en outre, le fait suivant qui mérite d’être noté. Au bout des deux ou trois premiers jours de l’administration du médicament, il y avait arrêt

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