IV. GOUTTK ET TUBERCULOSE
L’idéeque nous nous faisons actuellement de la tuberculose pulmo- ! naire, maladie parasitaire dueàla pénétration et au développement i dans le poumon d’un micro-organisme spécial, le bacille de Koch, i diffère si essentiellement de la conception ancienne de la phtisie ( considérée comme maladie dialhésique, qu’il semble au premier abord que tout ce qu’on a dit des rapports de la phtisie pulmonaire : , avec la goutte ne puisse être qu’un assemblage de notions erronées.
Il n’en est rien, et s’il ne reste pas grand’chose des explications théoriques invoquées à l’appui de l’antagonisme d’une diathèse qui j n n’existe pas, les faits n’en demeurent pas moins bien observés et bien > '
décrits, ne demandant qu’une l’evision dans l’interprétation.
Les anciens admettaient et décrivaient ime phtisie ai'thritique r
LA GOUTTE ET LES MALADIES ASSOCIÉES
ou gouüeiise. Miisgrave lui assigne deux caractères qui la disliiigueiit de la phtisie essentielle, quoique dans le dernier degré ditil, ces deux phtisies aient entre elles lapins grande ressemblance; la première de ces dilTérences est que la phtisie goutteuse attaque le plus souvent les hommes d’un âge mûr et même avancé, comme aussi les femmes après la cessation de leurs règles^ et qu’elle survient rarement chez les jeunes gens, bien qu’on en ail vu des exemples dans la jeunesse; la seconde est la lenteur de la marche de cette affection, la fièvre hectique n’apparaissant que tardivement, quand le corps a été déjà épuisé par l’abondance des crachats.
Moi ton décrit une phtisie qui succède aux attaques de goutte ou de ihumatisme, phtisis ab arthritide et rhumatismo orta' il indique aussi la chronicité de l’affection et remarque que cette
phtisie cause moins de toux que de gêne respiratoire, à la manière de l’asthme.
Selle dit de même que la matière goutteuse est une des causes des tubercules des poumons, qui s’annoncent alors longtemps avant la phtisie par une toux légère et courte qu’on néglige communément.
liarlhez admet, sans les décrire d’ailleurs, trois formes de phtisie
goutteuse; une phtisiecatarrhalepituiteuse,unephtisieasthmatique
et une phtisie où les poumons sont affectés d’obstruction ou de tubercules.
Contrairement à l’opinion de Morton et de Musgrave, Portai assigne a la phtisie une évolution plus rapide et un pronostic plus ,icive que dans toute autre espèce.
Ces quelques notions historiques n’ont qu’une valeur très rela- •iNC, car 11 ne (aut pas oublier qu'avant Laënnec le mot phtisie nulmonaire n était nullement synonyme de tuberculose, et il est bien lobable que, sous cette dénomination de phtisie goutteuse Mus
dT’em h"' de cas de catarrhe brondiique
^^^d ei^ehyseme n ayant aucun rapport avec la tuberculose propre-
c 11 . Confondant de nouveau ce que Bâillon avait séparé et réu-
d;arthritisme la goutte et le rhumatismo, voulu fane de cette entite factice une diathèse antagoniste do
idoux estTe^dé^^''^^^'!*^ ‘^0"i»ieconstitutiondiathésiquo
Kloux est le défenseur le plus éloquent de cette doctrine de l’arl:
liigonisme. — « H y a des maladies coiistitiUionnelles que l’on peut appeler, dil-il, aiitag'onisles delà phtisie; le tempcrainenl ailliritique, l’aiThrilisme rhumatismal et surtout goutteux sont de ce nombre et au premier rang... Un antagonisme s’établit manifestement entre la constitution morbide arthritique qui tend à s’affaiblir et la constitution morbide tuberculeuse qui tend à se développer. Franc et dans sa vigueur, l’arthri Usine excluait la tuberculisation pulmonaire; dégénéré, vague, ruiné, il cède le terrain à la phtisie, non sans la modifier par la résistance qu’il oppose à son envahissement*. » Ce qui revient à dire que les individus vigoureux résistent mieux à la tuberculose que les sujets affaiblis; mais il n’est pas besoin d’être arthritique pour cela. Dans cette hypothèse d’antagonisme diathésique, puis de transformation de la diathèse arthritique en diathèse tuberculeuse, il n’y a d’ailleurs qu’une affirmation sans preuves. Et les découvertes modernes ont montré combien étaient vagues et fausses de pareilles conceptions. AussiBehier, répondant à Pidoux, avait-il raison de réclamer des preuves : —
« L’arthritisme démontré, et il ne l’est pas, dit-il, il faudrait prouver cet antagonisme et cette substitution qui le lient à la tuberculose.
L’opinion de Pidoux avait rallié cependant un certain nombre d’adeptes, parce qu’elle contient une part importante de la vérité, la résistance opposée par les goutteux à l’envahissement tuberculeux. « Il y a évidemment peu d’affinité entre la goutte et la phtisie, dit Hardy, et je serais presque tenté de croire à cet antagonisme admis par quelques médecins. » G. de Mussy dit de même que, chez le même sujet, le développement de l’une de ces affections I semble enrayer et affaiblir la marche de l’autre.
Ce fait est vrai; contrairement à ce que l’on observe dans l’arthrite déformante où la tuberculose est commune (Fuller, | Charcot) et ceci établit encore un caractère distinctif entre la goutte | et l’arthite rhumatoïde — les goutteux deviennent rarement tuber- || CLileux. Et quand la tuberculose se développe chez eux, elle y prend lii des allures toutes spéciales qu’on ne retrouve pas chez d’autres II sujets. Mais il ne s’agit plus aujourd’hui d’expliquer ces particula- |l rités par un prétendu antagonisme diathésique. Nous avons actuel- |B lement en main les éléments du problème; ni la goutte ni lal| tuberculose ne sont des diathèses; l’une est le résultat d une sursa- il turation du sang et des tissus par un produit chimique défini, J