‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 153 sur 226 · SI · texte numérisé non relu

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ÉTIOLOGIE ET l'ATIlOGÉME.

lagouUe sont : le régime alimentaire, l’usage de certaines boissons, rempoisonnement par le plomb. On y a ajouté comme conditions adjuvantes certaines habitudes, tenant au mode de vie des goutteux, que nous aurons à examiner.

Régime alimentaire. — De tout temps, on a regardé les excès le table, la bonne chère, comme la cause principale de la goutte, fit quand on parle, d’excès alimentaires, il ne faut pas considérer ieulement la quantité d’aliments ingérés, mais surtout leur quaiité. Braun dit justement que les gloutons sont moins exposés à '.on tracter la goutte que les gourmands, qui, à la vérité, mangent noins que les premiers, mais choisissent leurs mets et les font préparer avec raffinement. Une alimentation trop azotée d’une part, .me alimentation trop épicée de l’autre, telles sont les deux condiions qui favorisent le développement de la goutte. L’une agit par I3lle-même en produisant directement un excès d’acide urique; ’autre agit d’une manière indirecte en irritant et en excitant les :ellules hépatiques. Il n’est pas besoin d’insister pour montrer que a goutte se voit surtout chez les gens riches et qui mangent bien, l’est la maladie des maîtres, dominorum, disait Suétone, l’est la maladie des capitales, dit Bouchard. Ce n’est pas dans les ampagnes qu’il faut aller chercher la goutte. Dans l’antiquité, ’était à AthèneSj à Rome, à Constantinople; aujourd’hui, c’est à ■ ondres, c’est à Paris qu’elle domine. Si on l’observe chez les lens de classes inférieures, chose rare d’ailleurs, quoi qu’en dise irchow, ce n’est guère que chez des sommeliers, des cochers, es valets de chambre de grande maison, dont le genre de vie est ^lentique à celui de leurs maîtres, ou bien dans la classe spéciale ■es ouvriers qui manient le plomb.

! Boissons fermentées et liqueurs fortes. — Il faut absolument istinguer, quand on parle de l’action des boissons alcooliques sur . goutte, les liqueurs fermentées des liqueurs distillées, comme l’a it Garrod et après lui Charcot. Ces dernières, le rhum, l’eau-dee, le genièvre, le whisky, n’ont aucunement l’action du vin, de la ère, du cidre. En d’autres termes, l’alcool par lui-même n’est is une cause productrice de la goutte et les alcooliques ne devienmt pas goutteux. Malgré la fréquence de l'alcoolisme en Suède,

I Pologne, en Russie, on n’y connaît pas la goutte. En Écosse, r deux mille deux cents malades, Gregory n’a vu que deux cas de •utle en trente ans. Christison, à Édimbourg, n’a observé aussi la utte que chez deux individus, et encore étaient-ce deux somme- J.e :orciié, Couüe. oi

m TIUITE TlIÉOlUQUE ET IMIATIQUE DE LA GOUTTE.

liers anglais. Or, d’après Bennett, la seule boisson alcoolique en Écosse est le whisky ou eau-de-vie de grains. Il en est de même en Irlande, où l’on fait usage de la mciiie liqueur.

Ces differentes eaux-de-vie contiennent de 40 à 70 pour 100 d’alcool, tandis que les liqueurs fermentées n’en contiennent pas plus de 4 cà 20 pour 100. Cela suffit pour faire repousser l’opinion de Scudamore et de Braun qui admettent que l’action des spiritueux est d’autant plus énergique pour produire la goutte qu’ils sont plus riches en alcool, et pour réduire à néant l'hypothèse de Braun qui, se fondant sur les recherches de Bœcker, explique l’action de l’alcool sur le développement de la goutte par l’entrave que cette substance apporte aux phénomènes d’oxydation dans les tissus.

Parmi les boissons fermentées elles-mêmes, toutes n’ont pas la même influence nocive. Garrod place au premier rang le porto et le xérés, dont l’abus, prolongé pendant quelques années, suffit, dit-il, à lui seul, etsans l’intervention d’autres influences, pour produire la goutte, et cela chez des ouvriers qui, par la nature de leurs occupations, sont cà même de boire de grandes quantités de ces vins spiritueux.

Immédiatement après vient la variété de bière anglaise que l’on nomme lû povtcv. Sur ce point, le témoignage des auteurs anglais est unanime. — Jo suis très dispose à penseï, dit Scudamoie, que dans cette contrée, et particulièrement dans la capitale, la goutte est devenue plus fréquente chez les gens de la basse classe depuis le général et libre ustige du porter. » Todd dit de même que toutes les personnes qui font .abus du porter souffrent tôt oui tard de la goutte; et plus loin, il ajoute: « La bière est, pai excel-jr lence, l’aliment de la goutte. » L’exemple cité par Budd des ou-1 vriers employés à extraire le sable de la Tamise n est pas moins| démonstratif. Beaucoup de ces ouvriers, bien qu’irlandais pour laj: plupart, et par suite peu prédisposés à la goutte, deviennent gout-v teux par suite des quantités énormes déporter, neuf tà treize litres, Jj qu’ils ingèrent quotidiennement. Garrod indique aussi la fréquenci|;j delà goutte chez les ouvriers qui travaillent dans les grandes J brasscTics de Londres, surtout ceux qui consomment du porter. Les bières pâles, le pale ale, conduiraient tiussi aux mêmes conséquences; mais de plus grandes quantités et un usage plus prof longé sont nécessaires que pour les bières noires.

Les mêmes considérations s’appliquent eau cidre qui ne vieiu qu’à un rang plus inférieur.

ÉTIOLOGIE ET PATITOGÉNIE.

Quant aux vins légers, comme le bordeaux, les vins du Rhin, le champagne, ils n’ont pas, à proprement parler, d’induence palliogénique; ils peuvent provoquer un accès de goutte, mais non déterminer le développement de la goutte même. Pourtant, au dire de Scudamore, le vin de Bourgogne mériterait une place tà part à coté des bières anglaises. « L’hermitage rouge et le bourgogne, ce dernier surtout, dit-il, renferment la goutte dans chaque verre. »

Comment expliquer le rôle de ces boissons? L’alcool n’a évidemment là qu’une influence très accessoire, et nous ne comprenons pas comment Garrod, après avoir constaté que la richesse en alcool ne saurait expliquer les effets produits, arrive à conclure que, « associé à d’autres substances, comme dans les vins et les bières, l’alcool peut devenir une des causes les plus puissantes de la goutte, et que plus ces boissons sont riches en alcool, plus leur action sous ce rapport est énergique. » Cela paraît vrai pour les vins comme le porto et le xérès qui contiennent de 17 à 21 pour 100 d alcool, tandis que les vins de Bordeaux, de Bourgogne, du Rhin n’en contiennent que 10 à 11 pour 100. Mais cela est absolument erroné pour les bières; car le dont l’action est la plus puis-

sante ne renferme que 5 pour 100 d’alcool, contre 8 et 9 pour 100, qui est la proportion des bières pcàles.

Faut-il invoquer l’acidité des vins? Mais les vins les plus actifs, îomme le porto et le xérès, figurent parmi les moins acides ; tandis |ue les vins les plus riches en acide, comme le bordeaux et le vin lu Rhin, n’ont qu’une influence, très faible. Quant aux diverses substances qui entrent dans la composition des vins, il faut bien econnaîlre avec Garrod que nous ne savons rien de précis au sujet te leur action.

Pour les bières, peut-être faut-il attribuer aux éléments nutritifs (U elles renferment le rôle principal. C’est là ce que semble dmettre Scudamore quand il dit, en parlant du porter « C’est ■n liquide très nutritif qui, joint aux spiritueux, et même à une uanfife modérée d’aliments solides, peut être regardé comme ’es propre à amener cette pléthore innammatoire qui prédispose a goutte. D Braun donne à peu près la même explication; Bacon (le cette boisson s’explique, d’après lui, suffisamment, quand " prend en considération sa composition chimique. « Elle contient 1 -i , surtout les bières de bonne qualité, contre une assez forte roporlioii d alcool, de l’extrait de malt et du sucre, qui sont les ‘Cmou s mitritifs; de plus elle renferme du boublon, dont l’action

'l'RAlTÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE UE UA GOUTTE.

excitante sur les reins finit, par un usage longtemps prolonge, par produire de l’iiyperémie de ces organes et de la paresse dans leur LréUon, élal qui csl Irfe fo.orabl» pour le iléveloppemenl de la

Il est très remarquable que Bœcker ait toujours constate chez les buveurs de bière un excès d’acide urique dans les mines. Si cette constatation était vérifiée d’une manière constante, cela pourrait expliquer pourquoi la bière prédispose à la goutte; mais cela ne nous donnerait pas encore le comment de cette influence.

Intoxication par le plomb. - Nous avons déjà sulfisammenl insisté sur les rapports de la goutte avec le saturnisme, nous ni reviendrons pas. Tout semble indiquer que le plomb agit pour provoquer la goutte au même titre que les boissons fermentees ou une alimentation trop azotée. C’est la cause la plus frequente, smon la seule, chez les individus des classes ouvrières. ^

4» Conditions adjuvantes. - On a assigne encore a la goutte

les causes suivantes ;

Une vie sédentaire;

Les travaux intellectuels et les affections dépressives;

Les excès vénériens.

Ce ne sont pas là des causes; tout au plus peut-on regarder ces conditions comme favorisant l’action

Uimais la vie sédentaire par elle-même ne produira la «outte, pa ;!ùs qu ”e dif.ul d-exercice, si l’on „’,joinlpas des excès ai meiilaires. Nul ne mène une vie plus sédenlau-e que les rel.giem e eclains ordres cloUrés, et pourtant la goutte y C'est que leur alimentation csl presque exclusivement vegetale, on oter'e chez eux, d'après Gubler, une dégénérescence calcane précoce des artères, qui serait la conséquence de ce régime spécial,

mais non la surcharge urique. Pxressifs et des

On en neut dire autant des travaux intellectuels excessils ue

■iirertions dépressives. Sans doute, la goutte a ete

leurs, savants et politiques non mon ^ y trnvüller et dà

quatre-vingts ans et Ni la science)

produire et qui passions bien am

ni la politique ne mettent a 1 abii

trement utiles au développement de L » fi

ÉTIOLOGIE ET PATIIOGÉNIE.

travail. L’exemple du grand minisire anglais, W. Pitt, est bien connu. De tout temps la gourmandise a clé regardée comme le péché mignon des lettrés et des savants. Et quant aux médecins, leur amour du bon vin et de la bonne chère est assez proverbial pour qu’il soit inutile de faire intervenir les excès de travail intellectuel.

Quant aux excès vénériens, ils sont si souvent la conséquence ;et, pour ainsi dire, le corollaire des excès de table, qu’il est bien [liflicile de leur faire une part à côté de l’influence prépondérante le cette dernière cause. Puer podagra non laborat ante veneris usum, a dit Hippocrate. Si cet aphorisme signifie simplement que la goutte n’est pas une maladie du jeune âge, on peut le regarder comme exact. Mais s’il veut dire que l’usage de Vénus est nécessaire au développement de la goutte, l’assertion est fausse. Car, d’après Galien, les eunuques, au temps de l’empire romain, souffraient de la goutte tout comme leurs maîtres*.

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