Copland, Practical dictionary of medecine
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉiMlE.
I souvent dans les commencements. Enfin, il range en troisième ligne î les troubles sécrétoires du foie et de la peau, la paresse de la circulation et des fonctions intestinales, et enfin le ralentissement du . travail d’assimilation et de désassimilation.
Pour Braun, l’excès d’acide urique n’est pas la cause, mais une des conséquences de la diathèse goutteuse. Les troubles fonction- ; nels de la vie végétative ont pour résultat une altération de la com- ; position du sang, soit par rétention de certains éléments qui de- ' vraient être éliminés, soit par transformation incomplète des ! produits qu’il contient normalement. — « La dyscrasie goutteuse 1 du sang se caractérise constamment par un excès d’acide urique et fréquemment par un excès d’urée, par une vénosité anormale, par la présence des éléments de la bile et par 1a rétention de produits de combustion, tels que l’acide lactique. ».
Un des points originaux de la théorie de Braun est sa concep- I tion de l’accès de goutte articulaire. Gairdner avait assimilé l’at- I taque de goutte à une hémorrhagie; Braun l’assimile à une névral- I gie. « L’attaque de goutte consiste dans une irritation idiopathique i spéciale des épanouissements des nerfs périphériques; la spécifii cité ne résidant pas dans l’agent irritant, mais dans l’irritabilité. »
I Voici les arguments qu’invoque Braun à l’appui de son hypothèse :
! -1" L’état du système nerveux avant l’attaque, avec les symptô-
t mes d’excitation ou de dépressiou qu’il présente; les causes occasionnelles qui, toutes, exercent leur influence sur le système I nerveux; les sensations de frôlement, de courant d’air, d’eau coulant le long des nerfs de la partie qui va être affectée, toutes sensations que Valleix donne comme les symptômes caractéristiques de la névralgie;
2 Les intennittences pendant 1 accès, qui sont souvent tellement complètes qu on peut regarder l’attaque comme une série de plusieurs petits accès apparaissant et disparaissant à heure fixe;
3** Le rythme des accès, qui sont tantôt annuels, tantôt semestriels, et qui reviennent à époque fixe, malgré toute espèce de traitement prophylactique;
4" La tendance à la métastase, qui se produit subitement sous l’influence d’une cause extérieure, avec disparition de toute douleur dans les parties primitivement affectées;
5“ Le caractère particulier de ces métastases qui se traduisent par des symptômes nerveux, de nature irritative ou dépressive, sans qu’à l’autopsie on puisse constater la moindre lésion matérielle;
6» Le résultat des traitements employés, tous les narcotiques, et surtout l’opium et le colchique, soulageant la douleur et pouvant même la l'aire cesser, quand tous les autres movens restent sans effet;
7" La faiblesse nerveuse particulière qui persiste pendant queltemps dans la partie affectée.
Tous ces détails sont exacts, et la théorie de Braun nous paraît être une des plus ingénieusement combinées et agencées qu’on ait produites sur la goutte. Mais rien ne prouve que cette irritation des nerfs périphériques soit primitive, comme il le prétend, et non secondaire aux dépôts de l’urate de soude dans les articulations.
Troisième groupe. — Bence Jones est le premier représentant de ce groupe*. Pour lui, la goutte est une maladie produite par une oxydation incomplète des matières albuminoïdes, diseuse of suboxydatiou; elle est de même nature que le diabète; l’excès d’acide urique la caractérise, comme l’excès de sucre caractérise le diabète. L’oxydation complète des substances azotées aboutit à la formation d’urée et d’acide carbonique; une oxydation moins parfaite donne de l’urée et de l’acide oxalique; une oxydation plus incomplète fournit encore des urates en excès. Excès d’nrée, oxalates et excès d’urée, excès d’urates, tels sont les produits indiquant les trois degrés d’oxydation qui précèdent l’apparition de la diathèse goutteuse. Celle-ci est caractérisée par une surabondance de l’urate de soude, non seulement dans le sérum du sang, mais dans tous les tissus vasculaires on non vasculaires de l’organisme. L’oxydation complète des nrates épanchés et leur transformation en urée et en carbonates dans les tissus où ils se sont accumulés constituent l’attaque de goutte. Cette attaque estime véritable opération chimique destinée à prévenir la formation des dépôts d’urate de soude.
Robertson a combattu la tbéoriè de la suboxydation par les deux arguments suivants ; « S’il était vrai, dit-il, qu’une oxydation incomplète fut la cause prochaine de ,1a goutte, la maladie devrait se produire toutes les fois que l’alimentation étant trop riche en carbone, une forte proportion d’oxygène est nécessaire à son assimi-
1. Bence Jones, A treatise on gravel, cakulus and goul ; chiefly an application op Liebig’s physiology to lhe prévention and cure of lhese diseases. Lectures on Chemical and mechanical diseases and tlieir relationship ; diseases of suboxydation. Med. Times and Gaz., 1865, t. I, p. 407.
ÉTIOLOGIE ET PATIIOGÉNIE.
lation dans l’organisme. Or rien de pareil ne s’observe. Les paysans j d’Irlande qui se nourrissent de pommes de terre, ceux d’Écosse j qui vivent presque exclusivement de gâteaux d’avoine ou d’orge, I de beurre et de soupe faite surtout avec des choux, des poireaux, ) des navets et des carottes, se trouvent essentiellement dans les conditions qui exigent l’emploi d’un excès d’oxygène pour la combustion de la grande quantité de carbone contenue dans leurs aliments; or la goütté n’existe pas chez les habitants de ces pays. D’autre part, les partisans de l’oxydation incomplète soutiennent avec non moins d’ardeur que tous les mouvements du corps sont . une source de dépense d’azote. Cette dépense d’azote doit donc être considérable chez les paysans d’Écosse dont la vie est si active et si laborieuse. Pour se procurer leur taux d’azote nécessaire, avec le régime végétal qui leur est spécial, il faut qu’ils consomment I une grande quantité de ces aliments, lesquels, de leur côté, contenant une bien plus forte proportion de carbone que des aliments animalisés et du pain de blé, exigent pour être brûlés une plus grande dépense d’oxygène. Si la goutte dépendait d’une oxygénation insuffisante, il semble que la conséquence nécessaire devrait être que, dans de semblables conditions de vie et de régime, on ne pût échapper à la goutte; et il se trouve que cette maladie est I inconnue en Écosse. »
Bouchard, reprenant dans ces derniers temps l’idée de Bence Joj nés sur les maladies de suboxydation, range la geutte dans le cadre I des affections qu il désigne avec Beneke sous le nom de maladies I par nutrition retardante. « La goutte, dit-il, est une maladie ca- I ractérisée essentiellement par le retard de la nutrition. » Le ca- I ractère chimique principal de la goutte est la formation exagérée ou la destruction trop lente des acides organiques. C’est un état dyscrasique à prédominance acide. C’est cette diminution de l’alcalinité du sang par surabondance des acides qui explique la rétention de l’acide urique dans le sang et dans les tissus. Il trouve la preuve de cette dycrasie acide dans l’existence chez- les goutteux des trois termes de la loi de Beneke : tendance aux précipitations ! uriques ou uratiques, oxalurie, excès de phosphates terreux.
I Bouchard semble donc admettre que l’excès d’acide oxalique et ^ d’acide lactique dans le sang est la véritable caractéristique de la goutte, et que leur présence précède celle de l’acide urique; il suffit de faire remarquer que cette dyscrasic acide qu’il invoque comme cause de la goutte a déjà été invoquée par lui comme cause
5U(i TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE UE LA GOUTTE.
du rachitisme et de l’ostéomalacie, pour montrer. qu’une môme hypothèse ne saurait expliquer des affections aussi distinctes. Quatrième groupe. — L’idée d’établir une relation directe entre la goutte et la présence de l’acide urique dans le sang a été formulée d'une manière nette par Murray Forbes, comme nous l’avons vu, dès 1793. Parkinson, Wollaston, Home, Holland, Robertson, adoptèrent cette manière de voir, fondée uniquement sur la constitution chimique des tophus d’une part et sur l’hypothèse d’un excès d’acide urique dans le sang. En France, Rayer, Cruveilhier, Petit, considéraient de môme la goutte comme liée à l’acide urique. —
« La lésion matérielle de la goutte, dit Cruveilhier, celle qui lui est exclusivement propre, consiste dans le dépôt de matières tophacées dans l’intérieur des articulations et dans leur voisinage... La sécrétion d’urate de soude a-t-elle lien dès la première attaque de goutte? Cela ne me paraît pas douteux. La formation de l’urate est un phénomène trop spécial pour qu’on ne doive pas lui donner la première place dans la série des phénomènes qui constituent la maladie, et je regarderai jusqu’à nouvel ordre l’urate comme la cause matérielle de la goutte... La grande différence qui existe entre la goutte et le rhumatisme me paraît principalement consister dans la sécrétion de l’urate dans un cas, et dans le défaut de cette sécrétion dans l’autre*. »
Rayer disait de môme^ ; — « Personne, à ma connaissance, n’a démontré la présence de l’acide urique dans le sang, soit comme causé, soit comme effet des maladies; personne non plus n’a établi par des expériences qu’on y rencontrât des urates; mais ce que l’analyse chimique n’a pas démontré, l’induction path ylogiquetend à l’établir. En effet, on a constaté que les dépôts arthritiques, autour des gaînes fibreuses des tendons étaient principalement con- , stitués par de l’urate de soude, et on a attribué la formation d un |
dépôt à cette circonstance qu’on n’avait point l’encontré l’acide j
urique dans l’urine pendant les accès de goutte. » j
Cette démonstration de la présence de l’acide urique dans le sang J que réclamait Rayer, c’est Garrod qui l’a fournie, en formulant .| en même temps la théorie la plus rationnelle de la nature de la j goutte. Trois faits principaux ont été établis par Garrod® : ■'