‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 156 sur 226 · Garrod, Med. chirurgical Transactions · texte numérisé non relu

Garrod, Med. chirurgical Transactions

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE.

1 » L’existence d’un excès d’acide urique dans le sang du goutteux ;

2“ L’existence d’un dépôt d’urate de soude comme caractère constant de toute inflammation goutteuse;

3" L’insuffisance de l’élimination de l’acide urique par les reins au moment de l’attaque.

Sa théorie peut se résumer dans cette phrase : — «: L’excès d’acide urique dans. le sang est la cause prochaine de la goutte; sa cristallisation dans les ligaments et les cartilages articulaires, la cause prochaine de l’attaque, d

Voici les points principaux de cette théorie ;

Dans la goutte, l’acide urique, sous la forme d’urale de soude, existe toujours en proportion anormale dans le sang, aussi bien antérieurement à l’accès que pendant sa durée même. Cet excès d’acide urique est une condition nécessaire à la production des accès de goutte; néanmoins dans certains états morbides, tels que l’intoxication saturnine, par exemple, et dans quelques autres circonstances encore, l’acide urique peut s’accumuler dans le sang,

I sans qu’il s’ensuive aucun symptôme articulaire. La seule présence de l’acide urique en excès ne suffit donc pas à expliquer le dèvei loppement de l’accès de goutte.

L’existence d’un dépôt d’urate de soude dans les tissus affectés est un caractère constant de la véritable inflammation goutteuse; le dépôt occupe les interstices des (issus ; il est de structure cristalline. Il appartient en propre à la goutte et ne se rencontre dans aucune autre maladie.

L’urate de soude qui constitue les dépôts articulaires doit être considéré comme la cause et non comme l’effet de l’inflammation goutteuse. Cette inflammation tend à détruire l’urate de soude dans le sang de la partie où elle siège, et par suite, dans tout le système circulatoire.

Les reins sont affectés dans la goutte vraisemblablement dès la période initiale; ils le sont très certainement quand la maladie est devenue chronique. La lésion du rein n’est peut-être ’d’abord que fonctionnelle; plus tard, l’organe est modifié dans sa structure. Le produit de la sécrétion urinaire est également modifié dans sa composition.

L’altération du sang qui résulte surtout de la présence de l’urate 1 de soude en excès, est probablement la cause des troubles morbides qui précèdent l’accès de goutte, et aussi de plusieurs des symptômes qu’on observe parfois chez les sujets goutteux.

508 TRAITÉ THÉORIQUE ET l'RATIQUE DE LA GOUTTE.

Indépendamment des particularités individuelles, les causes qui prédisposent à la goutte sont toutes les circonstances qui ont pour eiïet d’accroître la formation de l’tacide urique dans l’organisme ou do retenir cet acide dans le sang.

Les causes excitantes des accès de goutte sont toutes les circonstances qui tendent à diminuer l’alcalinité du sang; toutes celles qui,cà un moment donné, augmentent d’une manière notable la formation de l’acide urique, ou entravent temporairement l’élimination de cet acide par la voie des reins.

En résumé, les deux points essentiels de la théorie de Garrod sont, d’une part, l’accumulation d’un excès d’acide urique dans le sang; de l’autre, l’insuffisance fonctionnelle ou lésionnelle des reins à éliminer cet e.xcès d’acide urique. L’excès d’urate de soude dans le sang ne suffit pas en effet, pour lui, à provoquer une attaque de goutte : il faut qu’il y ait trouble dans l’excrétion rénale.

Garrod semble se contenter de ce phénomène de rétention pour expliquer, non seulement l’accès de goutte, mais la dyscrasie goutteuse même. Il ne se demande pas s’il y a excès de formation de l’acide urique, en même temps que rétention, ni, par suite, comment et pourquoi se fait cette production exagérée. Il prend la goutte à sa première manifestation articulaire et ne tient aucun compte de toute la période parfois extrêmement longue qui précède la localisation de la goutte sur les jointures. Dans cette période préarticulaire, comme nous l’avons établi, les urines ne présentent nullement les caractères de l’urine des attaques ; leur composition n’indique nullement une rétention, mais bien un excès d’excrétion et par suite de formation de l’acide urique.

C’est Là le problème qu’on doit tout d’abord se poser dans toute discussion palhogénique sur la goutte ; c’est celui que nous allons essayer de résoudre avant d’aborder la question relative à l’accès de goutte proprement dite.

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