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S. Edwards, London Gaz., juin

TRAITEMENT DE LA GOUTTE

doit toujours être expulsée aux aiTiculatious. Or, les émétiques et les purgatifs ne produisent autre chose que de la l'aire rentrer dans le sang, d où elle se jettera peut-être sur quelque viscère; et ainsi le malade, qui auparavant était hors de tout péril, se trouvera en danger de la vie... Pour moi, je suis très persuadé, par une longue et constante expérience, que tous les purgatifs, même les plus doux, que 1 on met ordinairement en moyen pour évacuer l’humeui goutteuse, sont très nuisibles, soit qu’on les emploiedans l’accès, pour emporter le reste de la maladie, ou dans les intervalles des accès et lorsque la personne est en bonne santé, afin de prévenir la putte. J’ai éprouvé sur les autres et sur moi-même que la puigation, dans tous ces différents temps, n’a fait qu’augmenter le mal au lieu de le guérir. — D’abord, si on purge dans le fort de 1 accès, on trouble la nature qui est alors occupée à séparer la matière morbifique et à la déposer sur les articulations, et l’on met quelquefois les esprits en grand désordre, ce qui rend l’accès plusviolentet jettele maladedans un péril manifeste.— Sion purge cl la fin de 1 accès, on ne vient pas à bout d’évacuer les restes de 1 bumeui aitbritique, et on décide au contraire un nouvel caccès aussi cruel que le précédent, malheur que l’on aurait épargné au malade si 1 on n avait par mis les humeurs en mouvement. C’est ce qui m est aiiivé plusieurs fois à moi-même, pour avoir voulu mal à propos recourir, aux remèdes, afin d’emporter, comme je m’imaginais, les restes de la matière morbifique. — Enfin, si on purge dans les intervalles des accès et lorsque la personne est en bonne .santé, il est vrai que l’on ne risque pas tant que dans les deux premiers cas, mais la gouttene laissera pas de revenir par les mémes Ccauses que nous avons rcspportées plus haut, et quand elle ne reviendrait pas d’abord, elle ne sera pas guérie pour cela. »

Ce passcuge de Sydenham résume les objections que l’on a faites contre remploi des purgatifs. Ce sont les mêmes arguments qu’emplomnt MeadetBoerbaave, qui proscrivent aussi les purgatifs parce qu’ils troublent le système nerveux et qu’ils s’opposent au rejet naturel de la matière morbifique.

Par contre, Morgagni recommande l’emploi des purgatifs et mentionne l’observation de deux médecins, Marcus Galenaria et Peter Bcayrus, qui se débarrasscuient de leur goutte en faisant usage de ces remèdes. Hoffmann est du même avis. Pour lui, on ne peut rien esperer, si on ne commence par débarrasser les premières voies ■button, dans .son Traité de la goutte, préconise aussi les dars-

5f.f) l'IlAITK TIIÉOlUOrE I<:T PüATIOUE de 1.A EOLTTE.

li(|iies et insiste sur les avantages de ce (raileinenl poursuivi avec activité. Scuclaiiiore ii’est pas moins explicite. Evacuer les intestins (les accumulations solides, exciter la .sécrétion vasculaire et les évacuations (pii s’ensuivent dans la totalité du canal intestinal, solliciter l’excrétion de la bile viciée et expulser les matières acides et la muciis malsain auxquels ont donné naissance les dé.sordres d’une mauvaise digestion, tels sont les diiïérents effets qu’on doit chercber produire dans un traitement rationnel de la goutte. Il conseille pour cela le calomel joint à la poudre autimoiiiale, l’extrait composé de coloquinte et un peu de savon ; le remède devait être répété toutes les nuits ou toutes les deux nuits. Il administrait aussi, dans la même intention d’agir sur les intestins, une potion composée de magnésie, de sulfate de magnésie et d’acétate de colchique.

Gairdn'er, qui compte parmi les partisans des purgatifs, repousse les sels neutres. Il préfère le séné, la rhubarbe, l’aloès, le jalap, la scammonée. Il admet cependant dans certains cas les sels à acides végétaux et pbospliorique, parce qu’ils auraient l’avantage d’agir en même temps comme diurétiques.

Garrod n’est nidlement opposé à l’emploi des évacuants; administrés avec modération, dit-il, les purgatifs sont d’une utilité incontestable dans l)on nombre de cas degontte aiguë, eu particulier lorsqu’il existe de la constipation, des signes de rétention biliaire ou de congestion hépati([ue. Quand le foie est affecté, il adininisire le soir de petites doses d’une préparation mercurielle, calomel ou pilules bleues, auxquelles on peut associer la coloquinte; le lendemain matin, le malade prend une dose de médecine noire. Chez d’autres, il conseille tantôt l’extrait acétique de colchique ajouté aux pilules de coloquinte, tantôt les mercuriaux combinés aux préparations de colchique.

Barthez revient k l’opinion de Sydenham quand il s’agit de la goutte aiguë. D’après lui, les purgatifs faibles, donnés pendant l’attaque de goutte simple, régulière, même sur son déclin, peuvent rendre la goutte anormale ou la faire remonter ; les purgatifs forts ont naturellement un effet analogue encore plus marqué. Mais dans les attaques de goutte irrégulièrement prolongées, les purgatils employés avec modération lui semblent d’une certaine utilité, à condition que les malades ne soient pas affaiblis par 1 âge ou par quelque autre circonstance. Enfin, il pense que des purgatifs appropriés, tels que. la rhubarbe ou la magnésie, peuvent être utiles dans les

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inli'i-vallcs dos attaques de goutte, pour éloigner les retours de cesattaques.

Pour nous, nous pensons qu’il ne faut pas s’effrayer de l’action des purgatifs, dans le cours de l’attaque de goutte, mais qu’il ne faut pas non plus compter sur ces remèdes pour modifier heureusement l’accès. Si les symptômes d’embarras gastrique sont trèsaccusés, si la bouche est mauvaise et amère, s’il existe des nausées, de la constipation, il ne faut pas reculer devant l’emploi d’un éméto-catbarlique. Si, d’autre part, le foie est tuméfié, douloureux, qu'on observe une teinte jaune de la face et des conjonctives, l’em- , ploi des inercuriaux, du calomel à petites doses ou des pilules bleues, est indiqué ; la scammonée, l’eau-de-vie allemande pourront être prescrites aussi en pareil cas.

Ce qui est plus important, c’est dans l’intervalle des accès de maintenir la liberté du ventre et d’empêcher la constipation qui est la tendance fréquente des goutteux. A cet effet, les laxatifs comme la rhubarbe, le soufre, la crème de tartre sont les médicaments auxquels nous avons recours.

IV. — Médication sudorifique. — Sydenhain condamne les sudorifiques au même titre que les purgatifs. — « Le célèbre aphorisme d’Hippocrate, dit-il, où il est dit qu’on ne doit purger que les matières qui ont subi une coction suffisante et non pas celles qui sont encore crues, est aussi vrai quand il s’agit de provoquer la sueur que quand il s’agit de purger. » Dans la goutte, ajoute-t-il,

< c’est moins l’office du médecin que l’ouvrage de la nature de prot curer la sueur. La plupart des autres auteurs conseillent au con- I traire l’emploi c^es diaphorétiques. Cheyne et Quarin emploient ’ les fleurs de soufre, qui ont en outre l’avantage de maintenir le

■ ventre libre. Prœvotius recommande la décoction de gaïac ; Werhlof I la décoction de racine d’aristoloche ; Huneelaver a vu la décoc- 1 tion de racine de genièvre réussir dans les affections goutteuses-

I froides et tenaces. Thonerus dit avoir guéri par l’usage de la décoction de bois de sassafras un cas de goutte vague articulaire

■ qui tenait le malade au lit depuis quatre mois. Barthez pense que Iles diaphorétiques sont nuisibles dans l’attaque de goutte régulière, ■où l’on a lieu de craindre, dit-il, qu’ils ne portent la goutte à l’in- !térieur du corps. Mais il les juge très indiqués dans les cas de -goutte accompagnée d’une acrimonie manifeste des humeurs, quand elle succède à la rentrée des dartres ou autres maladies de la peau.

II con.seille dans ces cas le soufre et la décoction de racines et de

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bois sudorifiques, les racines de salsepareille et de patience. Cependant, ajoute-t-il, il faut éviter avec soin que les sueurs ne soient trop excitées chez les goutteux dont la constitution est usée et qui sont sujets, dans leurs attaques de goutte prolongée, à de l’abattement des forces et à de la diarrhée. Garrod est partisan de l’emploi de l’acétate d’ammoniaque, dont il facilite l’action par l’ingestion d’une grande quantité de liquides.

L’emploi des sudorifiques nous semble sinon dangereux, du moins inutile. Il est indispensable de maintenir le libre fonctionnement des sécrétions cutanées chez les goutteux, à l’aide d’excitants externes, de frictions sèches, d’un exercice modéré ; mais nous ne voyons pas la nécessité d’exagérer la production de la sueur par des médicaments qui doivent avoir pour corollaire forcé une diminution toujours défavorable de la sécrétion urinaire.

V. ■ — Médication diurétique. — Lavoie rénale est en effet la voie naturelle pour l’excrétion de la matière goutteuse, comme disaient les,anciens. A ce titre, les diurétiques nous semblent bien mieux indiqués que les sudorifiques. Autrefois on employait surtout la décoction de bourgeons de sapins, de tiges de douce-amère, de racines de bai'dane, etc. Galien ordonnait aux goutteux la décoction de racines de persil dans le vin. Aujourd’hui on a plutôt recours aux sels de potasse, acétate, tartrate, citrate, azotate, bicarbonate, administrés à petites doses.

On peut placer ici, parmi les diurétiques, le lait, dont l’usage a été diversement apprécié par les auteurs. Déjà Pline et Gelse le recommandaient dans les maladies articulaires. Hoffmann déclare que le lait d’ànesse est le spécifique de la goutte. Sydenham indique en même temps les avantages et les inconvénients de la diète lactée. — « Depuis vingt ans, écrit-il, on s’est mis dans l’usage de donner le lait aux goutteux pour toute nourriture, en y ajoutant seulement une fois le jour un peu de pain. Le lait se prend cru ou cuit. Ge régime a mieux fait que tout le reste à la plupart d’entre eux tant qu’ils s’y sont tenus régulièremejil; mais dès qu’ils s’en sont écartés le moins du monde pour retourner aux aliments ordinaires, quelque légers et salutaires qu’ils fussent d’ailleurs, la goutte est revenue avec plus de fureur que jamais; car le tempérament ayant été affaibli par la diète lactée, il se trouve encore moins en état qu’auparavant de résister à la maladie, qui en est devenue plus longue, plus violente et plus dangereuse... L’avantage passager que retirent du lait ceux qui s’en accommodent vient de ce ([u’il

TUAITEMENT DE LA (ÎOLTTE.

adoucit losang et en tempère Fàcreté, et surtout de ce qii’étaiit une nourriture très légère, il empêche le bouillonnement des humeurs qui produit l’accès de goutte. Mais d’un autre côté le lait ne convient pas à tout le monde; et pour ce qui est de ceux à qui il convient, il ne les exempte de la goutte que durant le temps qu’ils en usent pour toute nourriture, et non au delà. Car, comme il ne remédie pas à la cause antécédente et primordiale de la maj ladie, qui est la faiblesse des digestions et qu’il l’augmente, au con- ( traire, il devient plus nuisible à cet égard qu’il n’est utile par sa (jualité d’adoucir l’àcreté des humeurs. »

AAerblol conseille de s’abstenir de la diète lactée lorsque la goutte est régulière et qu’on jouit d’une bonne santé dans l’intervalle des attaques. Mais cette diète, d’après lui, peut être salutaire quand les accès de goutte sont irréguliers et très prolongés. Zimmermann croit que le lait est contre-indiqué chez les goutteux qui ont de la tendance à un état spasmodique ou languissant de l’estomac.

I Barthez n’est pas non plus très favorable à la diète lactée. Pour lui la plus commune des contre-indications de l’usage du lait dans la goutte est une altération des forces ou des fonctions de l’estomac, analogue a celle qu’on observe chez les bypocbondriaques. Dans ces cas, le lait n’étant pas bien digéré, fatigue et affaiblit les organes digestifs où il cause des distensions fiatueuses. D’après le même auteur, ce régime, chez beaucoup de goutteux, empêcherait le développement des attaques régulières de goutte et produirait fréquemment des déterminations viscérales. — C’est pour cette cause, ditil, que la diète blanche peut devenir pernicieuse dans la goutte, comme on le voit par divers exemples rapportés dans le Sepulcretum anatomicum de Bonnet.

Garrod semble peu enthousiaste de l’emploi du lait dans la goutte. Voici d ailleurs tout ce qu il en dit. « Le régime lacté a rendu de grands services dans plusieurs cas, surtout chez des individus Jeunes et foits; chez d autres, au contraire, il a complètement échoué, et chez les vieillards, il pourrait être fort nuisible. » Nous aurons à revenir plus loin, à propos du traitement hygiénique delà diathèse goutteuse, sur l’utilité du lait chez les goutteux.

VI- — Toniques et remèdes divers. — L’utilité des toniques dans la goutte, soit dans la convalescence de l’accès aigu, soit dans la goutte chronique, alors que l’organisme s’adàihlit, que les globules diminuent, qu’un véritable état anémique et cachectique

570 TnAITÉ TIlÉOIilQUE ET PIIATIQUE HE LA GOUTTE. .

s’élaLlit, il été reconnue pai' tous les médecins. Les niiirliaux, les Ioniques stomachiques, le quinquina, tels sont les médicaments habituellement employés.

Garrod considère les j^réparaiions ferrugineuses comme le plus souvent contre-indiquées, parce que, employées sans discernement, elles peuvent provoquer des accès de goutte. Il reconnaît cependant leur avantage dans les cas compliqués d’atonie des organes et d’appauvrissement du sang. Pour notre part, nous préférons nous exposer à déterminer des attaques de goutte franche, plutôt que de laisser, par une débilitation générale, s’établir les accidents graves de la goutte viscérale. Aussi n’hésitons-nous pas à prescrire le fer chaque fois que des attaques longues et répétées ont déterminé un état anémique avec alfaiblissement de toutes les fonctions. Cullen conseille l’oxyde de fer à haute dose. Garrod emploie de préférence le fer réduit par l’hydrogène ou le carbonate de fer dissous dans l’eau par un excès d’acide carbonique. Le tar- Irale ferrico-potassique nous paraît une des préparations les mieux tolérées, quand on ne peut recourir aux eaux minérales ferrugineuses.

Les stomachiques élaienl regardés par les anciens comme de véritables préservatifs de la goutte. On en a la preuve dans la composition de la poudre de Portland, qui, n’était qu’un mélange de plantes amères. Barthez conseille le chamædrys, l’ivette, le trèfle d’eau, la petite centaurée, mais surtout la racine de gentiane et le ([uassia, qui pour lui et Quarin peuvent être considérés comme des spécifiques antigoutteux. Mais tous ces auteurs sont d’accord pour recommander de ne point prolonger indéfiniment l’usage des amers; l’abus sérail surtout nuisible chez des sujets bilieux. D’après Brunner, l’usage habituel des amers ruine l’appétit à la longue, affaiblit les organes et rend même les attaques de goutte plus fréquentes et plus fâcheuses, chez les goutteux disposés aux irritations spasmodiques, dont la sensibilité est extrême, et qui sont fort agités parles veilles ou les moindres excès de boisson.

Le quinquina a été aussi préconisé comme spécifique de la goutte; il y a là, comme pour les amers, une exagération évidente. Le quinquina doit être donné comme tonique dans les mêmes circonstances que les remèdes que nous venons de signaler, il agit comme reconstituant général de l’économie, mais nullement comme antigoutteux.

L’alcaloïde du quinquina, le sulfate de quinine, peut être adini-

TUAI't’EMENT DE LA (iOLTTE.

jj iiisliT dans les mêmes condilioits (Garrod). On le donne plus sou- [, vent pendant l’accès aigu de goulte, uni en général au colcliicpie et à la digitale (Trousseau, Becquerel). Nous avons vu que Raiike I avait conclu de ses recherches que ce médicament diminuait la j quantité d’acide urique excrétée; quoique les expériences de Gairod n’aient pas confirmé absolument cette manière de voir, on peut I admettre que la quinine agit dans la goutte en diminuant la l’or- I niation de l’acide urique.

j Bien que Viodiire de 'potassium ne puisse être regardé comme I un tonique, on peut en indiquer à cette place l’emploi, car il s’ad- I ministre dans les mêmes circonstances que les toniques, c’est-ài dire quand la goutte, passée à l’état chronique, produit les dépôts ‘ d’urate de soude et les ankylosés des jointures. L’iodure de potasi sium agit ici comme dans le rhumatisme chronique et dans la plu- I part des affections chroniques qui tendent à la formation du tissu 1 lie sclérose. 11 n’a pas d’influence sur la goutte même, mais sur I les reliquats de l’inflammation goutteuse. Spencer Wells assure I qu’il en a retiré de grands avantages dans les cas où les jointures I sont devenues volumineuses, raides et douloureuses par suite de la présence des dépôts goutteux. Nous en avons obtenu aussi de I bons etTets dans les cas de raideur articulaire avec craquements et tendance à l’établissement d’ankyloses fibreuses. Mais nous croyons . qu’il faut administrer des doses plus élevées que celles dont se I contente Garrod ; au lieu de 3 à 6 cenligr. donnés deux ou trois i fois par jour, dans les vingt-quatre heures, c’est 1®‘',50 à 2 gr.

I que nous ordonnons. Ce médicament ne paraît avoir aucun effet

i sur la disparition des concrétions tophacées.

I WI- — Narcotiques. — L’opium, lajusquiame, la belladone, le f chloral, tels sont les médicaments auxquels on peut avoir recours I pour calmer la douleur de l’accès de goutte. Aucune objection ne I s’élève contre l’emploi de la jusqiiiame et de la belladone. Le chloral est très utile et procure souvent un calme des plus rapides (Moleschott). L’emploi de l’opium est controversé; il est généralement désapprouvé. Alexandre de Tralles le repousse; Sy- ^ denham ne permet une dose de laudanum que lorsque la don-' 1 leur est devenue intolérable. Les narcotiques, dit Cullen, dimi-

ii nuent sûrement les douleurs, mais quand on les donne au commen- ( cernent des paroxysmes, ils les font revenir avec plus de violence.

Ij' Garrod est du même avis; à moins que les douleurs ne soient

j excessives ou qu’il n’y ait lieu de craindre quelque complication

r>7“2 THAITÉ THÉORIQUE ET RRATIQUE.DE I.A GOUTTE.

(lu côté' (lu .syslônic nerveux, il rejelle l’emploi îles opiaciis et recourt (le pré'fcrence â d’aulres moyens.

Mais d’aulres auteurs n’Iu-sitent pas à recommander les opiacés: Cheync, Wurirer, Pcchlin, Barthez et surtout Scudamore. Celui-ci préconise surtout les gouttes noires-, quant à la quantité, elle doit être proportionnée à l’intensité de la douleur, et il fait à ce propos cette remarque essentiellement juste que les douleurs modifieid d’une manière si puissante l’inlluence de l’opium sur le système nerveux qu’il peut être administré aux doses les plus hardies, sans le moindre inconvénient, quand la douleur est extrême. Scudamore conseille aussi la poudre de Dower et de James.

Il faut néanmoins, dit-on généralement, tenir compte du fait signalé par Todd, c’est-ii-dire de l’intolérance pour l’opium des individus atteints de lésions profondes des reins. L’existence d’une néphrite interstitielle ancienne, du rein goutteux, est une contreindication à l’emploi abusif de l’opium; même une dose très faible peut avoir des effets inattendus et amener des accidents comateux iiK|uiétants. Nous n’avons jamais eu cà signaler d’accidents semblables. Mais, en dehors de ce cas spécial, qui appartient à la goutte ancienne, etdontonpeut tenir quelque compte, quoique nousnenous astreignons nullement à cette règle, nous ne voyons aucune raison valable, chez un goutteux jeune, non albuminurique, de laisser le malade livré aux tortures d’une douleur que nous ne saurions considérer avee Sydeidiam comme « le remède désagréable de la nature et une sécurité pour la vie ». S’il èxiste surtout en même temps une agitation nerveuse générale, de l’insomnie, si les remèdes que nous indiquerons plus loin n’agissent pas sur la fluxiou articulaire, nous n’hésitons pas à faire une injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine, qui calmera l’excitation nerveuse et les phénomènes douloureux, sans amener de perturbation dans le processus goutteux proprement dit. Nous prescrivons aussi en pareil cas le chloral à la dose de 3 à 4 grammes.

Vin. — Applications locales. — La médecine des anciens n’était pas moins prodigue de remèdes externes que de médicaments internes contre les douleurs et les déformations de la goutte. On trouvera dans la Médecine pratique de Rivière une longue liste de ces dilTérents topiques, émollients et calmants. De tout temps pourtant on a connu et signalé les dangers de ces applications locales, et, si Pline cite le cas d’un goutteux qui guérissait son accès en plongeant ses jambes jusqu’au-dessus des genoux dans un tas de

THAITEMEiNT DE LA GOUTTE.

blé, il rapporte aussi l’histoire d’Agrippa, lequel, étant cruellement tourmenté de la goutte aux pieds, perdit tout sentiment et tout-., mouvement des extrémités inférieures en mettant ses jambes dans du vinaigre chaud au plus fort de l’accès de goutte.

Les topiques émollients et narcotiques, les topiques irritants, la chaleur, le Iroid, telles sont les diverses catégories de moyens locaux qui ont été préconisés.

Le cataplasme tient le premier rang parmi les applications émollientes. Sydenham employait un cataplasme fait de pain blanc et de safran bouilli dans du lait, auquel on ajoutait une petite quan-

I lité d’huile de rose. Barthez conseille la pulpe de raves cuites apipliquée toute chaude, ou un cataplasme préparé avec les feuilles aie jusquiame, la graine de lin et du lait. D’après Amatus Lusiitanus, le meilleur topique calmant est le lait sortant de la mamelle

■ d’une chèvre et qu’on fait couler au-dessus de l’articulation douiloureuse. Barthez recommande encore d’appliquer sur la partie .-souffi'ante une vessie à demi pleine de lait tiède auquel on aura .•ajouté une dose convenable de laudanum liquide.

Les cataplasmes, aussi bien que les divers liniments calmants à la ! belladone, à l’atropine, au chloroforme, etc., sont inolfensifs au [point de vue d’accidents métastatiques. Mais tous les auteurs ont lindiqué que l’abus des moyens émollients est ordinairement suivi ide la raideur des jointures, qu’il y laisse un état de faiblesse et de .'Sensibilité parfois permanent; d’après Baglivi, les émollients favoiriseraient même la formation des tophus.

Les applications opiacées ne seraient pas aussi innocentes que Iles autres liniments calmants, si l’on en juge par le fait que rap- ; porte Barthez. Un de ses amis, souffrant cruellement de la goutte, lappliqua sur le pied affecté de la thériaque qui calma sur-le-champ ■les douleurs. Mais deux heures après, le malade fut pris d’une ■suffocation avec perte de connaissance, des suites de laquelle il aurait péri si on n’eût rappelé la goutte aux extrémités par des

■ noyens convenables.

Les topiques irritants sont le moxa et le vésicatoire. Hippocrate

■ aisait brûler du lin cru sur les points douloureux. Les Chinois, d’après Kempfer, font de même brûler un moxa fait avec une espèce

II armoise au-dessus des parties affectees de douleurs goutteuses. ■]ette pratique du moxa a été fort recommandée par sir W. Temple

outre les douleurs de la goutte et de la sciatique. Mais le vésicaoire est beaucoup plus usité. Todd et Garrod sont d’accord pour

üli

TItAlTÉ TllEOlilQUE ET l'KATiQUE UE LA GOUTTE.

le reconimaiiclcr de petites dimensions, ne dépassunt pas le diamètre d’une pièce de cinq IVancs, par exemple. Todd emploie les vécatoires dans les cas de gonite aiguë avec innammation vive. Garrod dit qu’ils sont surtout utiles dans la goutte asthénique, quand l’inllammation tend à se fixer sur les jointures et à y produire des épancliements. 11 les repousse absolumentdans la goutte ancienne, surtout quand il existe des dépôts tophacés volumineux.

Le froid en application locale a été préconisé par un certain nombre de médecins. Hippocrate et Galien disent que l’eau froide, versée abondamment sur la tumeur goutteuse des articulations, y soulage la douleur en produisant un engourdissement modéré. Martianus prétend de même que les topiques froids, en fortifiant la partie affectée, aident lacoction et l’expulsion de riiumeur goutteuse; qu’en retenant ce que cette humeur a de plus fluide et l’enipêcbant de se dissiper, ils préviennent la formation des tophus. Hecblin rapporte qu’un goutteux se délivra de ses douleurs en frottant ses pieds avec de la neige et en marchant ensuite sur la neige. Musgrave a vu aussi (}ue l’immersion des pieds dans l’eau l'roide, quoique bien souvent pernicieuse dans l’attaque de goutte, a eu chez plusieurs personnes l’effet de la dissiper très promptemeid. Enfui Loubet a éprouvé sur lui-même les bons effets de l’caii froide. Dans une attaque de goutte, en proie à de grandes souffrances, il se détermina à mettre les pieds et les jambes dans l’eau l'roide, où il les laissa jusqu’à ce que l’eau fut dégourdie. Après s’être fait essuyer, il se mit au lit et s’endormit profondémeid. S’étant réveillé avec une transpiration abondante, qui dui’a plus de quinze heures, il se trouva guéri et marcha le lendemain sans éprouver la moindre douleur.

Malgré ces quelques faits favorables à l’emploi des topiques froids, nous croyons qu’on ne devra guère être tenté d’y recourir et qu’on imitera utilement la prudence de Lpiibet qui, en dépit de l’heureux résultat constaté sur lui-même, u’osa jamais plus cm-, ployer ce moyen dans d’autres occa.sions. L’appréciation suivante' de Scudamore doit être tenue pour exacte et jugeant sainement la question. — « Eu vérité, dit-il, d’après tout ce que j’ai pu acquérir' de la pratique d’appliquer l’eau froide, le soulagement n’est jamais si certain que le danger, et je puis énumerer beaucoup de cas, où | les malades ont été alarmés à temps par un spasme subit à l’estomac et au diaphragme; et des exemples attestés de danger peuvent être rapportés en grand nombre. Quelques morts subites

TIIAITEME.NT DE LA LOlJTTE.

ont éU' foi'tiiiiiement iuissi I;i conséquence de ces applications. La sensation innnédiate de la doulcnr est souvent suivie d’eugouedissenient, dune augmentation de gonflement, et de malaises plus persistants dans les parties musculaires et tendineuses. »

La chaleur compte plus de partisans que le froid. Ou l’a utilisée sous lorme de pédiluves, de bains de vapeur, de fomentations, d’enveloppement dans l’ouate ou la laine.

Les bains de pieds dans l’eau tiède ou médiocrement chaude peuvent être lort utiles, d’après Barthez, dans les violentes douleurs de goutte; Tissot recommande aussi ce moyen. Mais Scudamore déclare que les pédiluves chauds sont inadmissibles lorsqu’il existe des phénomènes inflammatoires. Il cite le cas d’une dame qui, la quatrième nuit du paroxysme, prit un bain de pieds; l’iiu d eux tut très enflammé et très enflé au bout de dix minutes d’immersion dans l’eau chaude, et presque aussitôt, la goutte quitta le pied pour se porter dans la même nuit sur les genoux, les coudes, iles poignets; dans le cours de cet accès, qui fut d’une longueui- 'inusité, la goutte ne revint plus au pied. Scudamore conseille, si 1 on veut entretenir la propreté et la douceur des parties affectées, (le préférence à l’immersion dans l’eau chaude, l’usage répété d’une ■éponge imbibée d’eau tiède.

Les bains locaux de vapeur d’eau chaude, qu’on retient sous une 'Couverture suspendue en arc au-dessus des pieds affectés, sont re- I commandés par Barthez, Barry, etc. Ces bains de vapeur sont suivis 'd’une transpiration locale abondante et d’une augmentation du igonflement des parties douloureuses, ce qui modère la douleur, IPercy conseille de préparer le bain avec une décoction de fleurs Je foin, à laquelle on ajoute du soufre.

Les bains de vapeur proprement dits, tels qu’on les obtient en échauffant l’air au moyen de la combustion de l’alcool, donnent lieu aussi à une transpiration abondante et peuvent être utiles dans ?ertains cas.

Trousseau conseille les fumigations de tabac, non pendant les 'iccès, mais dans l’intervalle des attaques pour en prévenir le reour. Tous les huit jours, à partir du moment où l’accès est passé, e malade expose les articulations qui ont été prises à la fumée 'le feuilles de tabac brûlées sur un réchaud. La chaleur doit être 'ive; cette fumée est l'eçue dans de gros bas ou dans des couverures de laine dont on enveloppe les parties affectées.

Enfin la pjupail des auteurs se contentent, pendant l’accès, de

inaiiilcnir les joiiiliires enfliimmées enveloppées dans de l’ouate ou de la flanelle recouverte d’une toile cirée. C’est la seule application admise par Gullen. « Il n’est, dit-il, aucune .application externe faite sur la partie affectée pendant le paroxysme, fpii soit entièrement exempte de danger, et la piaitique commnne de l'ecommander uniquement au malade la patience et l’usage de la flanelle est très bien fondée. » -

Scudamore toutefois aurait retiré de bons elfets du moyen sui- î vaut, qu’il a employé avec succès dans plus de cent trente cas de ! goutte. Il se sert d’un mélange composé d’une partie d’alcool et de trois parties de mixture campbrée, et additionné d’une suffisante quantité d’eau chaude pour obtenir une tiédeur convenable.

Ce mélange est appliqué sur les parties affectées au moyen de compresses en six ou huit doubles, maintenues constamment humides. Dans aucun cas, l’usage de cette lotion ne paraît avoir eu de tendance à produire la rétrocession.

Ce n’est pas seulement contre l’attaque de goutte aiguë que les topiques ont été recommandés, mais aussi dans la goutte chronique pour amener la résolution des toplius. Nous nous bornerons à en indiquer quelques uns qui sont parfois aussi extraordinaires qu’inutiles. A'^an Swieten faisait des onctions avec l’huile de térébenthine; Fournier et Laugier ont conseillé divers topiques dont la base est le sel de tartre dissous dans un véhicule approprié. I D’autres préféraient des fomentations avec une dissolution de I carbonate de soude; ceux-ci employaient l’acide phosphorique I délayé dans de l’eau; ceux-là le baume de soufre antimonié I de Hoffmann. Quarin se servait de cataplasmes de savon cuit auquel | on ajoutait du camphre ; Liger, de savon combiné avec le beurre X de cacao mis en pâte, qu’on peut adapter aux gants et aux bas. I Galien conseillait l’usage de la poudre d’écailles d’huîtres calcinées, | ou l’application de fromage devenu âcre et fétide qu’il regardait J comme spécifique pour dissoudre les tophus, etc. Scudamore, I se fondant sur la solubilité de l’acide urique dans une solution I de potasse, faisait faire un mélange de cette solution de potasse i avec une quantité égale de lait d’amandes récemment préparé, *■ et l’on en friclionnait la partie malade deux à trois fois par jour. I Il dit que, dans trois cas de tophus récents, les concrétions qui i étaient visibles à travers la peau ne lardèrent pas, sous l’influence f de cette médication, à disparaître graduellement. J

Il nous resterait à parler du massage et de l’électricité qui

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onl élé conseillés clans cjuelcjues cas, soit contre la persistance (lu toplius, soit contre la douleur de la goutte. Les observations et les renseignements précis à ce sujet sont malheureusement peu nombreux. Balfour traitait la goutte par la compression de l’orf leil affecté et les frictions des parties voisines. Le massage, le j pétrissage, les frictions ont été employés dans la plupart des I affections articulaires chroniques (Holliday, Berghmann, Graham, I Danielssen); mais il n’est fait mention qu’accideiUellement de la I goutte. Pour notre compte, nous y avons eu souvent recours avec I avantage, surtout dans les cas où, tà la suite d’une attaque de goutte ! aiguë ou subaiguë, il persiste un œdème plus ou moins tenace de la ' jointure ou des jointures qui ont été le siège de l’attaque.

Quant à l’électricité, sans parler de l’observation rapportée ! dans le Caspefs Wochenschrift (1840), où une douleur goutteuse I de l’indicateur, qui persistait depuis trois mois, fut guérie en vingt- I quatre heures par la décharge électrique d’une torpille achetée I au marché, Remak et Benedikt ont conseillé l’emploi des cou- 1 rants continus contre la goutte aiguë. Mais ils sont d’accord pour j n’en recommander l’usage que lorsque la fièvre est tombée.

1 Benedikt n’emploie même l’électricité que lorsque la douleur a ! cessé, dans les cas d’ankylose, d’œdème persistant. Onimus et I Legros disent toutefois avoir, dans deux cas de goutte aiguë I calmé la douleur et fait disparaître le gonflement par l’application I des courants continus. Faut-il admettre que dans ces cas le cou- ! rant agit directement en produisant une décomposition chimique I de l’urate de soude? Ou bien l’action est-elle indirecte, l’électrif cité réveillant et excitant la vitalité des parties affectées et favori- 1 sant ainsi le travail de résorption de l’urate de soude épanché? i Nous avons nous-même eu recours à l’électricité dans plusieurs I cas de tuméfaction des jointures avec ou sans tophus, et, dans plu- 'Sieurs cas, nous avons vu diminuer le volume des jointures ma- :iades que nous avions le soin de mesurer chaque jour. Toutefois nous devons avouer que les courants que nous avons employés ne nous ontpasdonné, bien que nous les ayons longtemps continués le résultats complètement satisfaisants. ’

i IX.— Prétendus antigoutteux. — Nous signalerons rapidement ous ce titre les principaux agents thérapeutiques qui onl été à dif-

i! èrentes époques, vantés contre la goutte. La plupart n’onl’guère

ii u’un intérêt historique et ne méritent pas de retenir longtemi)s 'î attention.

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