Albers, Ueutsche Klinik, \Sb
2. Jolyet, De Vaclion physiologique de la Mém. de la Société de biologie, 1867.
colchicine chez la grenouille.
TliAlTEMENT DE I.A GOUTTE. (iül
guère aux ell'els attribués à la plante même. Il y a donc lieu, avant de se prononcer, de réclamer un supplément d’informations, et en outre de se demander si l’alcaloïde dont s’est servi Jolyet dans ses e.xpériences est bien le même qui a servi à Albersdans les siennes.
Mode d’action et emploi du colchique dans la goutte. — Rien ni dans ce que nous savons de l’action physiologique du colchique, ni dans ce que nous venons de dire des résultats acquis par l’expérimentation de la colchicine, ne permet de saisir le mode d’action du médicament contre les manifestations goutteuses. Certains l’ont attribué à ses effets purgatifs. Mais il n’est pas discutable que le colchique agit d’autant plus sûrement dans la goutte que ses effets sur le tube digestif sont moins marqués. On ne saurait non plus invoquer son action diurétique, à peu près nulle comme nous l’avons dit. Faut-il adopter l’opinion de Graves qui prétend que le colchique arrête la formation de l’acide urique dans l’organisme? C’est notre avis, et les analyses d’urines faites chez nos goutteux plaident en faveur de cette hypothèse. On se contente en général d’admettre une sorte d’action sédative particulière sur le système nerveux, explication qui n’est guère compromettante, surtout si l’on pense avec Gairdner que les médicaments ne sauraient agir autre- ‘ ment qu’en influençant d’abord le système nerveux.
En réalité, on ignore encore comment le colchique agit dans la goutte 5 mais son action n’en est pas moins aussi indiscutable que celle de la digitale dans les maladies de cœur. Aucun médicament ne nous a jamais donné, chez les goutteux, des résultats aussi constants, aussi rapides, aussi décisifs que le colchique, et nous n’hésitons pas à répéter que la guérison non seulement d’une affection articulaire, mais d’une manifestation viscérale quelconque, par l’usage du colchique est pour nous la preuve indéniable de la natui e goutteuse de cette manilestation. Le colchique agit en spécifique dans la goutte, comme le mercure dans la syphilis, comme la quinine dans la fièvre intermittente.
On emploie le colchique sous forme de poudre, d’extrait, de teinture, de vin; on a utilisé ses semences, ses bulbes, ses fleurs. Toutes ces préparations ont donné de bons résultats ; certaines sont plus actives que d’autres; mais elles peuvent toutes être prescrites indifféremment et il n’y a pas lieu de préconiser l’emploi des unes au détriment des autres. Néanmoins la plupart des auteurs qui ont écrit sur la goutte ont eu chacun leur préparation iméférée. C’est ainsi que Scudamore employait surtout l’e.xtrait acé-
Iique du bulbe. Dans se.s iiom!)i-euses recberclie.s expérirnenlales sur l’aclion du colchique ou des médicaments anügouUeux qui conlienuenl cepriucipe, il a fait des injections veineuses comparatives, chez des chiens, des différentes préparations de colchique. Voici le résumé de quatre expériences faites avec du vin, de la teinture, du suc de racines fraîches et de 1 extrait acétique.
L’infusion vineuse de colchique préparée suivant les procédés de Home produisit dans un temps 'très court des effets très actifs. 160 gouttes furent injectées dans la jugulaire d’un gros chien. L’animal survécut seulement cinq heures et demie. L’estomac était dans un état gangreneux et contenait deux onces de sang putréfié; tout l’intestin grêle était dans un haut état d inflammation approchant de la gangrène. La vésicule biliaire était distendue par la bile, et la vessie contenait une urine de couleur safran.
La teinture de racines desséchées — même dose de 160 gouttes,
amena la mort en neuf heures. Les effets produits sur le cœur,
dit Scudamore, furent tout à fait remarquables et paraissent avoir été la cause de la mort. Le cœur à l’autopsie présentait les apparences de l’inflammation la. plus violente, il était même noir et gangrené. L’estomac était seulement légèrement enflammé.
Le suc de racines fraîches, à la dose de 120 gouttes dans la jugulaire d’un jeune terrier, détermina la mort en huit heures et deniie, avec des symptômes gastro-intestinaux et nerveux très marqués. L’autopsie montra une inflammation intense de 1 estomac
et de l’intestin grêle. .
L’extrait acétique neutralisé par le carbonate d ammoniaque lut injecté dans la jugulaire d’un chien de moyenne taille, a la dose de 3 gros (près de 12 grammes). La douceur comparative de cette préparation, dit Scudamore, fut prouvée par le résultat e l’expérience. Le système nerveux fut légèrement affecte, le cana intestinal et les reins stimulés; mais la muqueuse de l’intestin ne paraît avoir souffert aucun degré d’inflammation; le chien se
rétablit graduellement et complètement. , . „ ti
Garrod emploie aussi le vin et l’extrait acétique du bulbe, li administre l’extrait sous forme de pilules et le vin en potion de a manière suivante. H prescrit une potion faite avec le vin de colchique, le carbonate et le sulfate de magnésie et une eau aromainatique quelconque. Cette combinaison a pour effet, d api es lui, d’entretenir l’activité sécrétoire des intestins et^ des rems, d accroître l’alcalinité des liquides organiques, en meme temps que e.
TUAITE3IENT DE LA GOUTTE
effets spécifiques du colcliiquc se produisenl. Dans la goutte aiguë, il débute par une dose élevée, 2 à 4 grammes de vin et plus encore, à prendre en une seule fois. Puis il continue à doses plus laibles, 50 à 60 centigrammes de vin de colchique à prendre deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.
Dans la goutte chronique, Garrod admet aussi l’usage du colchique, lors des exacerbations, mais en pareil cas, dit-il, il importe d’user des plus grands ménagements.
Enfin, pour ce qui est de l’emploi du colchique dans l’intervalle des accès et comme moyen préventif, Garrod se contente de dire : — « Certains faits d’une part, et, de l’autre, des autorités considérables portent à croire que le colchique, administré dans l’intervalle des accès de goutte, et principalement lorsque les symptômes prémonitoires commencent à se manifester, a le pouvoir d’empêcher fe développement des paroxysmes. »
Todd n’est pas favorable à l’emploi du colchique; il préfère, ditlil, essayer de guérir le paroxysme sans recourir à ce moyen. Quand iil 1 administre, c’est à petites doses, 10 ou 15 minimes de vin de racine, ou un grain d’extrait acétique. Il le réserve pour les ; formes sthéniques de la goutte, chez les individus robustes et ■jeunes; il le proscrit absolument dans les formes asthéniques, chez ides goutteux âgés qui ont eu déjà plusieurs attaques. Todd pense tque, si le colchique abrège la durée de la crise aiguë, il abrège aussi 11 intervalle entre les accès. Il y a, d’après lui, un grand danger à lhabituer les malades à prendre de fortes doses ou des doses crois- ."Santes de colchique. La tolérance s’établit avec la plus grande llacilité, et il existe des buveurs de colchique comme il y a des 1 mangeurs d’opium. Todd rapporte à ce propos l’observation d’une ' dame de haut rang, qui s’était graduellement accoutumée à des doses de vin de colchique, qui se mesuraient non plus par dix et 'Vingt, mais par cent minimes. Et néanmoins, l’action de ces fortes ' doses sur la maladie était si faible que les attaques devinrent de iplus en plus fréquentes, amenèrent une impotence complète et ain affaissement nerveux effrayant. On essaya en vain de persuader à lia malade de cesser l’usage de colchique; elle finit par succomber dans un état de prostration extrême, due uniquement, d’après ÎTodd, à son goût invétéré pour ce médicament.
Galtier-Boissière redoute, comme Todd, les effets d’accumulation du colchique sur l’organisme. Aussi ne l’administre-t-il que : le deux jours run, à.doses très faibles au début, augmentées ensuite
004 TllAITÉ TllÉOUlOUE ET l'KATlOUE UE LA GOUTTE.
avec prudence, loiijours rraclioiiiiées el diluées dans une certaine quanlilc d’eau. 11 n’emploie que la lei,nlure alcoolique de racines; la dose initiale est de 32 gouttes par jour, prises en quatre l'ois à deux ou trois heures d’intervalle, dans une petite tasse de thé ou de café faible. Le colchique n’est donné que tous les deux jours, la dose étant augmentée chaque fois d’un quart; la dose de 6 grammes dans les vingt-quatre heures est le maximum qu’on ne doit pas dépasser. Galtier-Boissière n’accorde au colchique d’action effective que sur l’élément douleur. A ce titre, il en admet l’usage dans la goutte chronique, mais il recommande encore plus de prudence que dans la goutte aiguë. Comme Todd il cioil que l’emploi prolongé du colchique est nuisible, qu’il rend les attaques plus fréquentes et qu’il peut à la longue provoquer un véritable
empoisonnement L ,, , .
Gairdner ne croit pas aux préjugés qui régnent contre 1 emploi
du colchique, ni aux accidents graves, mettant la vie en danger, qui résulteraient de son administration dans l’accès de goutte. Le seul reproche qu’on puisse lui adresser quand il est donné inconsidérément, c’est d’augmenter la tendance naturelle de la goutte aux récidives. Pour Gairdner, le colchique soulage d autant mieux le malade (ju’il agit plus silencieusement, sans donner lieu à des troubles généraux. Aussi considère-t-il les doses faibles comme les plus efficaces contre les accès. Les cas qui réclament surtout le colchique sont les cas de goutte régulière, sans lésion viscérale. 11 n’y a pas de bénéfices ci en attendre dans les gouttes atoniques. Le médicament ne doit pas être donné trop tôt. Il ne laut le prescrire que quand le gonflement et 1 cedeme sont bien maïqués. Gairdner fait exception pour les cas de goutte provoquée par une cause accidentelle, comme une chute, une contusion, une fiactuie; de même chez les anémiques, les strumeux, on peut, dit-il, ya\oii recours de bonne heure et en continuer longtemps 1 usage.
AVatson est un des partisans les plus convaincus du traitement de la goutte par le colchique; « Ce médicament, dit-il, calme dune manière presque magique les douleurs de la goutte; c est la un fait incontestable. En quoi consiste son action en pareil cas sur l’organisme ? C’est ce qu’il est plus difficile de décider. On sait qu’il peut déterminer des nausées, des vomissements, de la
■1. Galüer-Boissièro, De la goutte, de sa nature, de ses causes et de son traitement préservatif, palliatif et curatif. Th. Paiis, 186 .
TP.AITEME.M DE LA GOUTTE. 605
diarrhée et de la prostration; mais ses cfTets curatifs ne sont nullement subordonnés a l’existence de ces symptômes. Après son administration la brusque disparition de rinllammation goutteuse est quelquefois le seul pbénomene constaté. Aujourd’hui le malade est perclus, en proie aux plus atroces tlouleurs; la jointure est tuméfiée, chaude et rouge; demain, il pourra se trouver tout à fait bien, et en état de marcher. Le colchique est un parégorique par excellence. » Watson conseille le vin de colchique, qu’il donne de la façon suivante : 40 à 60 gouttes de vin, dans une potion saline, et 2 giammes le lendemain malin dans une potion purgative. Quand la goutte tend à prendre la forme chronique, il est d’avis de continuer le colchique à petites doses, pendant un certain temps. S il n y a pas d’effet sur l’intestin , il faut administrer concurremment de légers purgatifs, le calomel par exemple, pour régulariser 1 action du foie. Enfin Watson pense que le colchique peut prévenir l’attaque de goutte. « En administrant, dit-il, le colchique à la piemière apparition des symptômes prémonitoires, on parviendrait souvent à prévenir le développement des accès. »
Pour terminer cette étude relative au colchique nous dirons, nous aidant de nos recherches physiologiques et de nos observations
■ cliniques, que le colchique constitue le spécifique par excellence ide la goutte, qu’il peut et doit être employé dans le traitement de I cette affection à l’état aigu ou chronique.-
Nons partageons donc complètement à cet égard l’opinion • qu’ont émise Scudamore, Gairdner, Graves, Watson et Garrod.
Nous pensons comme Graves que le colchique agit en diminuant lia formation de l’acide urique, c’est-à-dire qu’il possède une acition restrictive sur la puissance de dissociation exagérée dont sont douées, chez les goutteux, les cellules organiques.
Son action spécifique nous paraît supérieure à celle du salicylate. Donné à temps, il ne supprime pas seulement la douleur
■ comme le croyait Galtier-Boissier. En s’opposant à la formation de l acide urique et par suite au dépôt de cette substance au niveau ^:les articulations, il s’oppose à l’état congestif que provoque ce lépôt, et par suite à l’œdème que n’en est que la conséquence. Ce qui prouve que tel est bien son mode d’action, c’est que, si on le
■ lonne alors que l’attaque s’est déjà nettement accusée, l’on ne voit ‘las l’attaque disparaître siihitcmenl; seulement les poussées noc- I urnes par lesquelles elle se traduit .sont de moins en moins fortes,
!i) rai.son de la diminution dans la formation de l’acide urique’
ooc. TIWMTÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE.
qui va s’aoceiiUianI, avec les quantités croissantes de colchique al)Sorbé. Ainsi la deuxième nuit est moins pénible que la première, la troisième nuit l’est moins encore que la deuxième, si même elle n’est pas tout à fait bonne.
Le colchique n’est pas seulement supérieur au salicylate dans la l'apidité et la sûreté de son action ; il l’est encore en ce sens qu’il est des cas où le salicylate ne saurait être employé sans danger, tandis que le colchique ne comporte pas de contre-indication. Nous voulons parler de ces cas si fréquents où la diathèse goutteuse a provoqué des affections rénales. Ces cas sont même si fréciuents et échappent si souvent à l’attention du malade et du médecin qu’on ne peut prescrire le salicylate aux goutteux qu’avec la plus
grande réserve. J
On a conseillé (Todd et Galtier-Boissier) de ne prescrire le col- J chique qu’à faihle dose. Nous ne saurions accepter une telle manière de laire qui nous paraît désastreuse à tous les égards. En agissant ainsi, on ne supprime pasl attaque, on 1 atténuerons expose à une accumulation nouvelle et prochaine de 1 acide urique dans le sang et par suite au retour à courte échéance d une nouvelle attaque.
En agissant ainsi, on diminue 1 intensité des attaques et on en aug- 1 mente la fréquence. Triste résultat, puisqu’en procédant ainsi on I précipite la marche de l’évolution de la diathèse et 1 on hâte 1 ap- I parition de la goutte chronique, terme avancé de cette diathèse. I C’est même en tenant compte de ces manifestations que l’on a I cherché à incriminer l’intervention du colchique dans le traite- t ment de la diathèse goutteuse. Pour nous, de tels résultats ne sont dus qu’à l’emploi irrationnel ducolchique, quand ils nesontpas dus à la marche naturelle de la maladie. Pour nous, qui employons le colchique à dose suffisante et sans aucune hésitation, nous n’avons jamais rencontré d’accidents qui puissent être attribués à l’action ^ de ce médicament.
Mais, si le colchique doit être donné à doses suffisamment lortes i pour agir efficacement contre la goutte, il ne faut pas les exagérer, j
etl’ondoit serappeler, ainsique nousavonsétéàmêmedeleconstater )
bien des fois, que l’efficacité de ce médicament ne se juge ni par | son action diurétique, ni par son action purgative, ni par son action | diaphorétique. Certains auteurs ont constaté que ses effets sont | d’autant plus sûrs qu’il ne produit ni sueurs, ni selles exagerees 3| ni urines abondantes. Toutefois nous devons reconnaître qu il n en est point ainsi dans tous les cas. Nous connaissons des malades i
TUAITEMENT DE LA GOUTTE. (307
chez lesquels le colchique ne paraU agir qu’à la condition de provoquer de la sueur, de donner quelques selles. On devra pourtant en baisser les doses loi’squ’on le vei’ra donner lieu à des hypersécrétions exagérées, surtout lorsque surviendra une diarrhée abondante. Le colchique est plus spécialement le médicament de l’attaque de goutte ou de la manifestation viscérale que de la diathèse goutteuse. Cependant nous pensons qu’il peut être employé à ce double point de vue, et nous l’avons souvent utilisé et contre la diathèse et contre ses manifestations. Seulement l’attaque ou la manifestation viscérale passée, il faut en diminuer les doses, de manière à tenir les cellules organiques sous l’action du médicament, et surveiller son action sur l’in testin ; car il peut à la longue provoquer un peu d’entérite membraneuse.
Le colchique sera donc avec avantage prescrit dans toute manifestation articulaire ou viscérale de la goutte; mais c’est surtout dans le traitement de la goutle aiguë qu’on doit l’employer. Dans les cas de goutte chronique, il n’est guère utile qu’au moment des manifestations, la diathèse goutteuse réclamant dans l’intervalle des attaques 1 intervention d’autresagentsmédicamenteuxdontnous aurons à parler.
Scudamore employait de préférence le colchique sous forme de teinture de colchique, de vin de colchique, de préparation acétique de colchique, de décoction aqueuse. Garrod, nous l’avons vu, prescrit plus volontiers le vin et l’extrait acétique du bulbe, ^ous avons tour à tour recours, suivant les cas, à la poudre de 'Colchique, à l’extrait de colchique et plus généralement à la tein- I ture .1 alcoolique. Nous prescrivons très fréquemment la liqueur . Laville qui n est assurément qu’une teinture de colchique et dont ' nous nous trouvons bien.
Il est rare que nous dépassions la dose quotidienne de 2 à 4 . grammes de teinture de colchique, de 0'J'-,15 à 03'',20 de poudre ou de O'i'', 05 à O^"', 10 d’extrait en pilules, que nous prescrivons dès le début de l’attaque, cessant ensuite ou diminuant les doses suivant que nous nous proposons d’atténuer l’intensité de la diathèse , goutteuse soit a 1 aide des alcalins, soit à l’aide du colchique, 'Continué dans l’intervalle des attaques.
TUMTÉ TIIÉOIUOIIR ET PRATIQUE DE I.A GOUTTE.
Eaux mim-rales cinpluyccs Jans lo IraiLcmeiil do la gouUe.
Dès la plus liante antiquité les eaux minérales furent mises à contribution pour le traitement des maladies les plus diverses. Hérodote et Aristote préconisent leurs vertus curatives. On les regardait alors comme douées de vertus surnaturelles. Aussi n’estil pas étonnant de les voir placées sous le patronage de divinités diverses telles qu’ Apollon, Esculape, Hercule. On a retrouvé dans des fouilles faites en Grèce, en Sicile, des bronzes qui ne laissent à cet égard aucun doute. Près de ces eaux étaient le pins souvent des temples, existaient des colonnes sur lesquelles les piêties inscrivaient la nature des maladies qui relevaient de ces eaux et les guérisons qu’on en avait obtenues.
Parmi les maladies tributaires de ces eaux se trouve indiquée la
goutte.
Strabon, Joseph et Pline le Naturaliste parlent d’une source de nature sulfureuse, située en Palestine, près de Tiberias, et qui guérissait la goutte.
Pline mentionne encore, comme très elTicaces dans le traitement de cette maladie, les eaux de Maltiaci, aujourd’hui AVies-
baden.
Avec les Romains ne fit que s’accroître la vogue dont avaient joui les eaux minérales chez les Grecs et les Juifs. 11 est juste 'toutefoisdedirequ’ellesne trouvèrentque d’assez faibles défenseurs parmi les médecins qui, comme Galien et à 1 exemple d Hippociale, n’en vantèrent guère les vertus.
L’usage ne s’en répandit pas moins sous les empereurs. Nous n’en voulons pour preuve que les traces nombreuses que les Romains ont laissé de leur passage dans toutes les stations thermales des pays où s’étendit leur domination, en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et jusqu’en Alrique.
Tous les médecins du reste ne montrèrent pas la réserve d Hippocrate ou ne partagèrent pas les craintes de Galien , qui préférait, comme 011 sait, pourles bains l’eau ordinaire à l’eau minérale donl les sels, d’après lui, pouvaient être nuisibles à l’économie. Ainsi Celsus Aurelianus conseillait les eaux d’Ischia (chlorurées siiltii-
reuses) aux goutteux atteints de gravelle. . . i n
Vilruve de son côté, sans hlàmer l’usage des eaux minérales, di
TIIAITEME.NT DE I.A GOUTTE. 60U
qu’il faul cvilcr tl’avoir recours à celles qui contieanciil des mélaux, tels que le fer, car elles oui pour effet de donner la goulle aux malades. Yilruve avait, sans s’en douter, découvert la propriété de certaines eaux qui, très aptes à soulager les goutteux, n’arrivent à ce résultat qu’en provoquant une poussée aiguë de manifestations caractéristiques de la goutte.
A la chute de 1 empire romain, les eaux minérales tombèrent en discrédit. Les stations thermales furent abandonnées et pendant tout le moyen âge le silejjce se fit presque complètement sur leurs vertus curatives.
Les médecins aiabes, Rhazes, Avicenne, continuèrent bien à en conseiller l’usage; mais leurs efforts furent insuffisants pour leur ■ conserver l’estime k laquelle elles avaient droit. C’est k peine si quelques-unes échappèrent cà l’oubli qui les enveloppa. Aix-la- Chapelle fut peut-être la seule qui dut au haut patronage de Charlemagne et de ses successeurs d’échapper complètement à l’indiffé- ;rence.
11 faut arriver à une époque relativement rapprochée de nous pour voir à nouveau se prononcer le sentiment public en faveur des eaux minérales. Celles qui paraissent les premières avoir ireconquis leur vogue passée sont précisément des eaux propres au traitement de la goutte. Telles sont celles de Warmbrunnen Rxii^ siècle), de AViesbaden (xiii^ siècle), de AVildhad (xiv= siècle), ■de Carlsbad (xiv' siècle), de Gastein (xv^ siècle), de Fougues, ;Rath, Buxton, Vichy et Vais (xviF et xviii'* siècles).
Toutefois il est juste de reconnaître que les véritables indicai lions de ces eaux dans le traitement de la goutte, que leur véritable 'vogue n’a repris que depuis les travaux qui ont été entrepris rela- • tivement cà leurs vertus curatives.
^ Parmi cesjravaux sont ceux du moine Clément (deGralz)qui, dès l’année 1495, n’hésite pas à conseiller les eaux de AVarmbrunnen dans le traitement de la goutte et de la sciatique.
Puis vinrent les travaux de G. Hoffmann sur les eaux minérales en général ; ceux de Pidoux (1505), de du Foiiilhoux (10'-^8) sur les
('“85); Je Doràimnue •Uutlos (1G88) sur les eaux de France; ceux de John Floyer(lG98)
-sur les eaux anglaises; ceux de Fred. Hoffmann (de Halle) sur Carlsbad, Fins, Aix-la-Chapelle; de Leroi, de Duchanoy, deBordeu sur les eaux françaises, de Monro, de Adaer sur les eaux an- :glaises; de Weber, sur les eaux allemandes au xyin" siècle
LECORCHé. Goutte.
(110 TUAITÉ TllÉOUKJUK ET PUATIQUE \)E LA GOUTTE.
Les éludes auxquelles se sont depuis livrés, tant eu France qu’à l’étranger, les médecins les plus distingués de la fin du xviiTsiècle, et surtout ceux du commencement de ce siècle, parmi lesquels il nous suffira de citer en France ; Bayard, Thouvenel, Petit, Dupas- ^ quier; en Allemagne Delens,Moas, Ilufeland,ïhélenius,Bei'zelius, * J. Hoffmann, Tralles, Kreysig, Frank; en Angleterre, Falconer, Bobertson etTunstall, et plus près de nous Granville *, Rotureau^, Durand-Fardel, Lebret et Lefort^ Altbaus*, Flechsig ont jeté une vive clarté sur le mode d’actioTi des eaux minérales dans le traitement de la goutte. Elles démontrent surabondamment qu’on peut à l’aide de ces eaux combattre avantageusement, non seulement les manifestations de la diathèse goutteuse, mais encore cette diathèse elle-même. Ces eaux, qui sont ou bicarbonatées, ou sulfatées, ou chlorurées, qui jouissent de propriétés physiologiques ou thérapeutiques tout à fait différentes, ne peuvent point, on le comprend, se prescrire indistinctement dans tous les cas de goutte, et à toutes les périodes de son évolution; aussi est-il bon de chercher à en préciser le mode d’emploi.
Beneke®, à qui l’on doit des études si intéressantes sur les eaux ( chlorurées, principalement sur celles de Nauheim, a cherché à spécifier les indications thérapeutiques des eaux minérales dans le traitement des maladies constitutionnelles et en particulier dans le traitement de la goutte. Mais, enchaîné par sa manière d’envisager la nature de cette maladie, il n’est arrivé qu’à formuler des indications, à notre sens, tout à fait inexactes et souvent inexplicables.
Partant de cette idée que la goutte n’est que la conséquence, comme il le dit, d’un retard apporté dans la dissociation des matières azotées, ce qu’on a désigné en France, en s’assimilant cette idée, par le nom de ralentissement de la nutrition, il arrive, | pour ainsi dire, à ne prescrire contre cette maladie qu’une seule I espèce d’eaux alcalines, les eaux chlorurées sodiques; aussi est-on I
1. Granville, The spas of Germany, of France , of Enyland, etc. LondoiiB
1841« fl
"notureau Des principales eaux minérales de l’Europe. Paris, 1358. «
3. Durand-Fardel, Lebret et J. Lefort, Dict. général des eaux miné- |
raies, Paris, 1860. , .oco ^