Salkowski, Ztsch. f. phys. Chem., II, S
Chlorure de sodium.
Urée.
TRAITEMENT UE LA GOUTTE
Delin ‘ a démontré que le chlorure de potassium agit flans le même seiis. Avec des doses faibles de chlorure de potassium (2 grammes), il a vu monter de 4 grammes le chiffre de l’urée.
De toutes ces recherches on peut donc, sans hésiter, conclure qu’à l’encontre des bicarbonates et des sulfates, les chlorures augmentent le travail de nutrition.
Ces propriétés des chlorures de sodium et de potassium ont du reste été constatées pour les eaux minérales dont ces sels forment les bases et qu’on j)rescrit d’ordinaire dans le traitement de la goutte.
Neuhauer a étudié les eaux de Wie.sbaden qui sont des eaux chlorurées sodiques et qui contiennent 20'',7 à 3fl‘',4 de chlorure de sodium par litre, et il a constaté que, prises en bain, ces eaux fai- •saient monter le chiffre de l’urée et baisser celui de l’acide urique. Dietz a constaté les mêmes résultats à propos des eaux de Homhoiirg qui sont également des chlorurées sodiques. Leur action est d’autant plus énergique qu’on les administre à l’intérieur.
Sous l’influence des eaux de Wiesbaden, Braun a vu, d’un Jour à l’autre, avec un demi-litre de ces eaux, l’urine monter de 1535 à 2051 cc., le chiffre de l’urée s’élever de 73‘',725 à 14if,363, celui de l’acide urique de O'J‘^,88 à la'‘,341. Toutefois, on est en droit de se demander si cette élévation du chiffre de l’acide urique est constante et de nouvelles recherches à cet égard sont désirables. Une observation rapportée par Uoth tendrait à démontrer que les eaux chlorurées, tout en activant le travail de nutrition, agissent en provoquant la disparition de l’acide urique. Cette observation viendrait à l’appui de l’opinion de Dielz. Il s’agit, dans le cas de Uoth®, d’un goutteux de quarante-sept ans, qui futsoumis à l’usage des eaux de AYieshaden, après qu’on eût, au préalable, constaté dans le sang la présence de l’acide urique à l’aide du procédé du fil. Au bout de vingt-deux jours, l’état du malade s’étant notablement amélioré, on reconnut que le sang ne contenait plus trace d’acide urique. L’expérience renouvelée au bout de trente-sept jours fut encore négative. En présence de ces faits, on peut se demander si ces eaux n’ont pas une action s’opposant à la formation de l’acide urique par suite des modifications (|u’elles im-
t. Dehn, Arch. f. d. (jeu. PliyHiol., XIII, .S. 307, J870.
2. Roth, Die Wirkung des Wiesbadener Mineralwassers bei einem Gichlkrankerv, Virchotv's Arch,, RV, 31)0, T13, 1872.
priment au fonctionnement du foie. Beneke e.st arrivé à des résultats analogues, pour les eaux de Nauheim qui sont également lies clilornrées sodiques. Enfin, pour terminer l’exposé de ces recherches, qui toutes tendent à démontrer que, sous l’influence du chlorure de sodium, on voit dans l’économie augmenter le travail d’assimilation et de désassimilation des matières azotées, nous dirons que l’élude que nous avons faite des eaux de Saint- Nectaire, qui sont également des eaux mixtes, bicarbonatées el chlorurées sodiques, se rapproche quelque peu des précédentes. Nous avons pu constater que, sous l’influence de ces eaux, l’élimination de Uurée et de l’acide urique était considérable et que la polyurie était manifeste.
Il résulte de ces recherches que, contrairement aux bicarbonates et sulfates alcalins et calcaires, les chlorures alcalins activent le processus nutritif, que les eaux qui en contiennent sont utiles à prescrire dans tous les cas de déchéance organique, quelle que soit la cause de cette déchéance. C’est à titre d’eaux reconstilüantes qu’elles se trouvent indiquées aux individus atteints depuis longtemps de diathèse goutteuse, alors que la diathèse se traduit par les manifestations caractéristiques de la goutte chronique, alors que les cellules organiques ont perdu à la longue leur puissance de transformation, alors que cette puissance de transformation s’est émoussée peut-être sous l’influence nocive d'nne formation excessive et longtemps prolongée de l’acide nrique contenu dans le sang, alors que l’inactivité des cellules se traduit par une diminution des globules sanguins, ainsi que nous l’avons souvent constaté, par un abaissement du chiffre de l’urée contenue dans l’urine, alors que, par suite de souffrances longtemps prolongées, de suppurations parfois intarissables, de troubles digestifs souvent répétés, de manifestations viscérales diverses enrayant les fonctions vitales nécessaires à l’entretien de la vie, s’est produit l’état cachectique.
On comprend que de telles eaux ne sauraient être prescrites au début de l’évolution de la diathèse goutteuse, dans les cas de goutte aiguë, quand elle se traduit par une exagération du processus nutritif, et qu’on constate dans l’urine un excès d uiée el d’acide urique. C’est dans ces cas qu’on les voit provoquer des états congestifs dangereux. Les médecins qui les administrent en défendent avec raison l’usage aux malades.
On ne doit donc les conseiller qu’aux malades qui piesentenl
TRAITEME^ÎT DE I.A GOUTTE.
les manileslalions caraclérisliques de la goutte chronique cl chez lesquels il est necessaire de relever la vitalité de l’organisine.
Les eaux chlorurées recommandées en pareille occurrence sont nombreuses. Il en existe en France, en Allemagne et en Angleterre. Celles qui jouissent de la réputation la mieux établie sont celles d’Allemagne et d’Angleterre. Les unes sont athermales ou peu thermales, comme les eaux de Hombourg, de Kissingen, de Salies-de-Béarn, de Soden,'de Kreuznach, de Cheltenham, de Leamington. Les autres sont thermales, comme celles de Wiesbaden, de Nauheim, de Salins-Moustiers, de Baden-Baden. Nous allons les passer rapidement en revue.
A. — Eaux chlorurées athermales . — Eaux de Hombourg. — Les eaux chlorurées sodiques de Hombourg sont athermales. Les sources en sont nombreuses ; Elisabeth , Ludwig , Kaiser, Luisen, Stahl. Celles qu’on emploie le plus spécialement dans le traitement de la diathèse goutteuse an’ivée à sa deuxième période sont ; Élisabethquelle et Ludwig et Luisenquelle. La dernière est chlorurée ferrugineuse et les autres chlorurées sodiques.
Elles se donnent en boisson, mais on prescrit également à Hombourg des bains qui contiennent beaucoup d’acide carbonique. Cette administration externe des eaux de Hombourg ne constitue qu’une partie pour ainsi dire accessoire de la médication qui est surtout interne.
Ces bains, qui sont alimentés par le Ludwigquelle et le Kaiserquelle, s’additionnent parfois d’eaux mixtes. Enfin on emploie aussi des bains de gaz acide carbonique.
Elisabethquelle se prescrit le matin à la dose de deux à quatre verres, avec un intervalle de promenade de quinze à vingt minutes.
L’après-midi, on prend, suivant le besoin, le Ludwigquelle, qui est une eau chlorurée simple plus faible que celle de l’Elisabethquelle, ouïe Luisenquelle, qui est une eau ferrugineuse, à la dose de deux à trois verres.
L’eau de Hombourg, l’eau chlorurée simple de l’Élisabeth ou de Ludwigquelle, est purgative ou du moins laxative. Si quelques personnes restent réfractaires, la grande majorité ados selles plus fréquentes et plus liquides, ainsi que l’a constaté Labat',
1. LaJjat, Elude sur. la slalion el les eaux de Ilomlmmj, Paris, 18U7.
6G“2 TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LA GOUTTE, ainsi que nous l’avons observé nous-môme. On ne cherche qu’à obtenir deux ou trois évacuations denii-molles, qui ont d’ordinaire lieu deux à trois heures après l’ingeslion delà boisson. De trois à cinq verres suffisent pour obtenir ce résultat.
Il y a toujours purgation, et l’on ne saurait admettre, comme le fait très bien remarquer Labat, la distinction de MM. Trousseau et Lasègue en cure sèche et en cure purgative.
L’eau de Hombourg est également diurétique et elle l’est d’autant plus que les selles sont moins abondantes. On éprouve fréquemment une sensation de cuisson et d’ardeur dans le canal de l’urèthre.
Dans les premiers jours de la cure, l’appareil circulatoire éprouve une stimulation qui s’annonce par la fréquence du pouls, par sa plénitude et par une certaine sensation de chaleur de la peau.
L’énergie plus grande imprimée à la circulation veineuse a pour signe l’affaissement des organes abdominaux, mieux encore la diminution de volume des veines ' sous-cutanées qui affectaient une tendance variqueuse (Labat).
L’innervation s’élève à un plus haut degré de vitalité. On devient plus sensible, plus communicatif, plus disposé au mouvement.
D’une manière générale, il y a donc excitation des grandes fonctions de l’économie. Cette activité nouvelle de l’organisme, secondée par l’e.xercice et le régime, met le corps humain dans un état analogue à celui qu’on observe à la suite des méthodes dites d’entraînement, où la combinaison des purgatifs et de la gymnastique produit des résultats si prompts et si singuliers. Les fonctions plastiques qui touchent aux phénomènes mystérieux de la nutrition en sont profondément modifiés. On en a la preuve dans l’élévation du chiffre de l’urée constatée par Dietz, qui aurait vu en même temps baisser celui de l’acide urique.
Il peut survenir sous l’influence de ces eaux des accidents qu'il est important de connaître.
Il peut y avoir intolérance du tube digestif. Cette intolérance, qui dans certains cas est un indice de saturation de l’économie et qui dans d’autres cas est un signe de l’inopportunité de ces eaux, se traduit par une diarrhée abondante ou par de la constipation accompagnée le plus souvent d’un embarras gastrique.
Dans d’autres cas, on observe une congestion active caractérisée
TRAITEMENT DE LA GOUTTE
par de l’oppression avec batlements de cœur, rougeur de la face. Il peut enfin survenir de la congestion encéphalique et même de riiémorrliagie cérébrale (Labat.)
L’excitation circulatoire peut être excessive, et produire même une véritable fièvre; on voit alors le pouls s’accélérer, la chaleur cutanée devenir fébrile. Il y a de la courbature, et le sommeil est troublé par de l’agitation et des cauchemars
Parmi les nombreuses maladies tributaires de ces eaux se trouve la goutte. Mais, ainsi que le fait observer Labat, le traitement par l’eau de Hombourg est loin de convenir à tous les goutteux, comme lèvent le D'' Hœber. Évidemment on ne saurait la prescrire dans les cas de goutte aiguë inflammatoire; si elle revêt une physionomie atonique, soit en vertu des modifications qu’elle a graduellement subies en débilitantla constitution, soit parce qu’elle s’est développée d’emblée sur le terrain du lymphatisme et de la veinosité, elle trouve dans les eaux salées un reconstituant efficace pour l’amélioration de la digestion, l’augmentation de la sécrétion urinaire et de la diaphorèse, le réveil d’une circulation languissante, l’exagération du travail nutritif. On observe alors le retour des accès aigus, et, si je puis m’exprimer ainsi, dit Labat, la régularisation de cette fonction transitoire que la diathèse goutteuse a créée dans l’organisme.
On prescrira en outre avec avantage les eaux de Hombourg pour combattre la dyscrasie veineuse de provenance goutteuse, la pléthore abdominale, ou, pour parler un langage plus moderne, le catarrhe chronique de l’estomac et de l’intestin, les hémorrhoïdes qui se montrent si souvent avec l’état congestif du foie chez les malades atteints de goutte avancée. L’hypochondrie, conséquence habituelle de ces différentes manifestations, se dissipe fréquemment sous l’influence de ces eaux.
N’oublions pas toutefois de dire que, en raison des congestions pulmonaire et encéphalique que provoque l’usage de ces eaux, Dietz redoute de les employer dans les cas de goutte irrégulière.
Il les défend également dans les cas où il existe des localisations cérébrales etcardiaques. LeseauxdeBaden-Haden etde Wiesbaden, dont nous aurons à nous occuper, jouissent dans ces cas d’une plusjuste renommée. Iloeber cependant ne partage pas ces craintes, et, suivant lui, les eaux de Hombourg auraient pour propriété do prévenir l’irrégularité de la goutte, de transformer même a goutte
6tM TUyUTE THEORIQUE ET PRATIQUE JJE LA GOUTTE.
irrégulière en goiitle régulière. Enfin dans les cas de diallièse gouUeuse avancée, lorsejue 1 elat anéniicjue est des plus prononcés on doit l'aire concurremment usage des eaux chlorurées simi)les et de l’eau chlorurée ferrugineuse de Luisenquelle.
Il est d’autres eaux chlorurées sodiques (|u’on utilise parfois dans le traitement de la goutte, telles sont celles de Soden, de Kreuznach, de Salies.
Les eaux de Soclcn conviennent parfaitement, d’après Koehler', aux individus atteints de diathèse goutteuse avancée, chez lesquels la nutrition laisse à désirer, dont l’excitabilité nerveuse est considérable, les téguments décolorés, qui sont affectés de troubles respiratoires et digestifs et de pléthore abdominale.
Dans nos eaux, dit SlabeD, dansun travail très estimé sur les eaux de Kreuznach, nous trouvons un moyen e.xcellent, le premier que réclame la goutte; c’est celui d’activer l’écbange des matériaux et d’éliminer l’excès d’acide urique. Les eaux salines ont une double action. Non seulement elles éliminent les dépôts pathologiques et font disparaître les altérationsde motilité qui en résultent, mais elles favorisent la digestion ; elles éloignent donc la première cause de la goutte, l’altération de la nutrition et empêchent la récidive.
« Pour ce qui est de la goutte, dit le D" Foix', la forme atonique seule peut trouver à Salies des soulagements qu’elle chercherait vainement ailleurs. La goutte congestive au contraire doit être formellement exclue. »
Eaux de Kissingen. — Les sources de Kissingen sont au nombre de cinq : trois se trouvent sur la promenade : le Rakeozy, le Pandur et le Maxbrunnen. Les deux autres, le Soolen et le Schoenbarn, sont en dehors de la ville. Ce sont les trois premières qu’on prescrit aux malades.
Ces eaux sont froides, gazeuses, salines et ferrugineuses.
La plus généralement prescrite est le Rackozy. L’eau de cette source est bue le matin à jeun avec des intei’valles de quinze à vingt minutes entre chaque verre. L’eau de Pandur se prescrit dans l’après-midi également à jeun, tandis que l’eau de Maxbrunnen se boit indifféremment à toute heure du jour et même aux repas. On prescrit les eaux de Rackozy et de Pandur à la dose moyenne de quatre verres par jour.