III. FOR.MATION ET ORIGINE DE L’ACIDE URIQUE
j Pour les chimistes et pour la plupart des physiologistes, 1 acide I urique est comme un des échelons par lesquels passent les inai tières albuminoïdes avant de se transformer en urée. « L acide ' urique qui se trouve dans l’urine, dit Wundt, n est en réalité que I le reliquat incomplètement oxydé d’un corps intermédiaire qui, dans l’organisme des mammifères, doit passer en général à un degré d’oxydation plus avancé. » Cette opinion classique trouve son argument le plus puissant dans la réaction célèbre de Wôhler, où l’on voit l’urée naître de l’acide urique traité par l’acide azotique. Mais de ce que les agents d’oxydation transforment partiellement in vitro l’acide urique en urée, c’est une simple vue ji de l’esprit de conclure que l’acide urique subit dans l’organisme la même transformation et qu’il n’est qu’une des phases des métamorphoses de l’urée.
Aussi a-t-on essayé de soutenir cette théorie de preuves expérimentales. Les recherches de Wohler et de Frerichs sont les premières dans cet ordre d’idées. D’après ces auteurs, les urates introduits dans l’organisme s’y transforment en urée, acide oxa-
liqiie cl allaiitoïne. Ea supposant exacte cette idée, l’introduction dans l’intestin d’acide urique, sous forme d’urate de potasse, devait déterminer la présence dans l’urine d’une plus grande ([uantité d’urée; si la théorie était fausse, l’excès d’acide urique non oxydé ni transformé devait se retrouver dans les urines. Or en nourrissant des chiens d’acide urique ou en leur faisant des injections de cette substance, Frerichs et Wôhler constatèrent une augmentation de la somme d’urée et d’acide oxalique rendue. Le résultat était donc favorable à l’hypothèse de 1a formation de l’urée aux dépens de l’acide urique. Stokvis obtint les mêmes effets; d’expériences faites sur lui-même il conclut que l’ingestion des urates augmente la quantité d’urée dans les urines. D’après Zabelin, tout l’acide urique absorbé est transformé en urée; le reste se retrouve dans les sellesL Les recherches de Neubauer concluent aussi dans le même sens^.
Mais les expériences de Frerichs et de AVôhler ont été répétées par Gallois, et avec des résultats tout dilférents. Observant dans les conditions où s’étaient placés les physiologistes allemands, Gallois n’a pas constaté qu’après l’ingestion d’urates la quantité d’urée augmentât dans l’urine, il a noté plutôt une diminution. Un lapin du poids de 1700 grammes rendait normalement ls'',873 d’urée dans ses urines des vingt-quatre heures. Après l’ingestion de 7 grammes d’urate dépotasse, onnetrouva dans les urines des vingtquatre heures que l8*',817 d’urée. La différence était sensibleinen t nulle. Dansuneautre expérience, Gallois trouva une différence plus grande mais toujours dans le même sens. Il l’attribue à ladiminution de la quantité d’urine qui se produit après l’administration de l’urate de potasse. C’estlàun fait important à noter et qui explique peutêtre l’erreur de Frerichs et de Wôhler. Si l’on dose en effet l’urée dans un poids donné d’urine avant et après l’ingestion des urates, on arrive à constater l’augmentation d’urée trouvée par ces physiologistes. Mais si l’on recueille la quantité totale de l’urine rendue dans les vingt-quatre heures etqu’ondose la quantité absolue d’urée qu’elle renferme, on trouve que l’ingestion des urates ne produit aucune augmentation de la proportion d’urée excrétée par les reins. Salkowski a obtenu les mêmes résultats négatifs. Il pense qu’une partie de l’acide urique ingéré passe à l’état d’allantoïne.