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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

voir (pic les cristaux el la niasse amorphe coiUenus dans la substance iiiterinédiaire du carlilage disparaissaient les premiers, en laissant les cellules de carlilage noires et comme incrustées. Puis la membrane des cellules commençait à paraître, et les urates contenus dans son intérieur étaient dissous jusqu’au noyau qui restait opaque. Enlin le noyau et, en dernier lieu, le nucléole devenaient transparents j) L

Cornil et Ranvier ont observé aussi qu’en traitant la préparation 1 par l’acide acétique ou par la potasse à 40 p. 100, on voit le réactif I dissolvant agir sur chaque groupe de cristaux de la périphérie au centre, de telle sorte que la substance fondamentale du cartilage peut être dépouillée complètement des amas d’urates, tandis que les cellules eu sont encore infiltrées i Quoi qu’il en soit, les concrétions uraliques ue pénètrent d’or- I dinaire qu’à une profondeur relativement peu considérable. Garrod a fait remarquer avec raison qu’elles n’envahissaient pas ordinairement plus des deux tiers du cartilage. Toutefois Cornil et Ranvier ont vu, mais exceptionnellement, toute l’épaisseur d’un cartilage épiphysaire incrustée par les dépôts. A l'examen microscopique d’une coupe de cartilage faite perpendiculairement à sa surface, et montée dans l’eau, la glycérine, ou un liquide neutre, on voit parfois l’urate de soude accumulé vers les parties superlicielles en si grande quantité qu’on ne distingue qu’un liseré opaque et granuleux. C’est là sans doute ce qui a fait dire à Budd que la matière tophacée se présentait dans les cartilages sous deux apparences distinctes, tantôt amorphe ou granuleuse, tantôt cristalline. Mais Garrod a démontré que cet état amorphe n’était qu une apparence produite par le mode de groupement et la di- I rection générale des aiguilles, et qu’en se servant du polariscope on constatait toujours que ces conci’étions soi-disant granuleuses étaient en réalité entièrement formées de petits cristaux.

En tout cas, à la limite du dépôt avec les parties profondes, on se rend très nettement compte de la disparition des cristaux à aiguilles rayonnant autour d’un centre. Ce centre, qui est la partie la plus opaque, est pour Cornil et Ranvier une cellule de cartilage ; mais le fait reste encore douteux pour Ebslein. Ces cristaux à ai-

l. Charcot et Cornil, Conlribulion à l'élude des alléralions analomiques de la fjoulle, el spécialement du rein chez, les goulteux, iMém. de la Société de biologie, 1803, p. 1()9.

‘2. Cornil et Ranvier, Manuel d‘hist. palh., t. 1, p. 429.

guilles sont tantôt droits, tantôt courbes, affectant parfois la forme d’une S italique. Ils ont jusqu’à 5 et 0 centièmes de millimètre de long (Cornilet Ranvier). Ebstein les a vus atteindre sept centièmes de millimètre. Le plus souvent, nous l’avons dit, ils s’irradient autour d’une partie centrale plus opaque; d’autres fois, les aiguilles s’entrecroisent d’une façon irrégulière. Souvent elles affectent une direction verticale par rapport à la surface articulaire du cartilage, d’abord parallèles, puis s’épanouissent en pinceaux vers leur extrémité inférieure. Quand le dépôt d’urate est abondant et que tous les cristaux rayonnent autour d’une capsule de cartilage comme centre, celle-ci, opacifiée et hérissée d’aiguilles, prend l’aspect d’une pomme épineuse (Cornil et Ranvier).

b. Modifications subies par le cartilage. — Le tissu du cartilage est-il altéré dans la goutte? et si quelque altération existe, cette altération est-elle antérieure ou postérieure aux dépôts uratiques? Jusqu’à ces derniers temps la plupart des auteurs niaient toute lésion du cartilage; pour quelques-uns, des lésions pouvaient survenir comme conséquence de la présence des cristaux d'u rates. Mais personne ne paraît avoir indiqué de modifications précédant le travail d’infiltration topbacée. D’après Garrod, lorsqu’on fait macérer pendant plusieurs jours dans l’eau chaude l’extrémité d’un os revêtue d’une épaisse couche d’urate de soude, ce dépôt ne tarde pas à disparaître en entier. Les parties reprennent alors l’apparence de l’état normal, et le cartilage se dessine nettement à la surface de l’os. La seule modification constatée par Garrod c’est que la surface des cartilages incrustés est quelque peu inégale et ({u’ils deviennent transparents et comme spongieux quand ils se sont desséchés. En plaçant de minces coupes de cartilage incrusté d’urate dans l’eau chaude pendant plusieurs heures, on voit le sel se dissoudre graduellement et finalement disparaître, « à tel point que le cartilage reprend sa structure normale. » — « Ces expériences démontrent péremptoirement, dit Garrod que la formation des dépôts tophacés n’est point précédée de la résorption du tissu cartilagineux; l’urate de soude se dépose dans les interstices de ce tissu. »

Charcot n’est pas moins affirmatif ; « A part l’incrustation d’urate de soude, dit-il, le cartilage diarthrodial ne présente habituellement dans la goutte aucune altéi'ation appréciable. » Il n’existe pour lui ni segmentation de la substance fondamentale, ni prolifération des cellules cartilagineuses. Les chondroplastes ont

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conservé leur forme et leurs dimensions normales ^ Danssesleçons sur les maladies des vieillards, Charcot conslate encore que « le cartilage debarrassé de ces inscrutations offre une structure parfaitement normale et ne présente aucune altération visible soit au microscope, soit à l’œil nu. Telle est, du moins, la règle générale, ajoute-t-il ^ »

D’après Cornil et Ranvier, s’il en est ainsi dans la première période du processus goutteux, qui pour eux est « une simple lésion nutritive des cartilages et de la synoviale », il n’en est plus de même dans la seconde période. A ce moment ces auteurs ont constaté une véritable inflammation du cartilage avec agrandissement des capsules, prolifération des cellules et segmentation de la substance j fondamentale^.

I Mais Ebstein, dans le travail que nous avons déjà cité, est allé ! plus loin, et il affirme que des altérations constantes précèdent la I formation des dépôts uratiques. En se servant de procédés spéciaux, lumière polarisée d’une part, matières colorantes de l’autre, brun de Bismark, aniline, carmin d’alun, il a toujours constaté l’existence de foyers nécrobiotiques, dans la substance cartilagineuse, siège de l’infiltration topbacée'’’. C’est là un fait du plus haut intérêt, qui assimile le processus goutteux primitif au processus i de calcification et qui permet une interprétation satisfaisante du dépôt de la matière uratiqiie dans les tissus.

Il convient donc de distinguer dans le cartilage goutteux deux ordres d’altérations.

Des altérations primitives précédant et expliquant la formation des dépôts d’urale.

2“ Des altérations secondaires, conséquences de ces dépôts.

l" Altérations primitives. — Pour se rendre compte de ces modifications qui ont échappé aux premiers observateurs et qui ne sont appréciables qu’au microscope, on doit plonger des coupes I minces de cartilage, après les avoir débarrassées des urates qui les !i' incrustent à l’aide de l’acide acétique, dans une solution de brun ; de Bismark. Les pièces sont alors montées et conservées dans le ! baume de Canada. Examinées au microscope, cês coupes montrent

I. Charcot, in Garrod, De la goutte, etc., note à la traduction française,

, 2. Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards, 2° édit., \8U, p. 50.

j a. Cornil et Ranvier, Loc. cil., p. -tOO.

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