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III. LÉSIONS CARDIO-VASCULAIRES

En dehors des lésions des cartilages et des reins, il faut bien reconnaître que les altérations produites par la goutte dans les différents organes n’ont pas été étudiées de très près. Des lésions multiples ont été signalées à l’autopsie des goutteux; ces lésions résultent-elles de l’action directe de la maladie ou ne sont-elles que des modifications intercurrentes et justiciables de causes accidentelles ? Certains auteurs paraissent tendre à admettre cette dernière manière de voir. Mais il faut bien remarquer que les lésions que nous avons décrites dans les articulations et les reins des sujets* goutteux ne présentent rien de spécial. Dans les cartilages ce sont les lésions ordinaires de l’arthrite subaiguë ou chronique; dans les reins ce sont les altérations de la néphrite chronique parenchymateuse ou interstitielle. Une seule particularité est caractéristique, c’est le dépôt d’urate de soude, accompagné d’après Ebstein d’un processus particulier de nécrobiose à foyers limités. La recherche de ces dépôts, faciles à constater dans les jointures et dans les voies urinaires, n’a été faite que rarement pour les autres tissus et organes. A-t-on le droit de conclure de la rareté des constatations faites à l’absence de ces dépôts caractéristiques et à la banalité des altérations rencontrées chez les goutteux? Il nous semble difficile de le croire. Sans doute la démonstration directe d’infiltrations uratiques limitées serait un desideratum à satisfaire. Mais, outre que cette démonstration a été fai.e dans certains cas, il ne pai’aît pas impossible que la trame délicate des organes ne puisse subir des modifications plus ou moins profondes par le contact incessant de liquides saturés d urate de soude sans intervention d’un dépôt solidifié de ce sel. Les divers poisons minéraux, l’arsenic, le phosphore, d autres substances toxiques, l'alcool, produisent par leur présence dans le sang des dégénérescences et des inflammations indéniables dans les oiganes Ce n’est pas forcer les analogies que d attribuer à 1 acide urique

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. J 09

U un rôle semblable dans la production des différentes lésions trouvées chez les sujets atteints de goutte.

I Ces considérations sont surtout vraies dans l’interprétation des i altérations du système cardio-vasculaire. Ce système est le premier en cause, puisqu’il subit le premier le contact direct du sang vicié. 0r, il présente des lésions pour ainsi dire constantes et qui j portent aussi bien sur les parties périphériques, veines et artères,

! que sur les parties centrales, cœur. Bien que ces lésions n’offrent .. rien de spécial et puissent se produire sous d’autres influences, bien que la présence de l’urate de soude n’ait été recherchée et constatée que dans de rares circonstances, nous ne les considérons pas moins comme des conséquences directes de la maladie goiitteuse à aussi juste titre que les lésions des reins et des < jointures.

a. Veines. — C’est ainsi que les dépôts goutteux dans la paroi des veines n’ont guère été observés que dans un cas de Schrœder ’ van der Kolk * ; mais l’existence de lésions veineuses, caractérisées - par l’épaississement et la dilatation de ces vaisseaux, est un fait I d’observation courante chez les goutteux. Ces lésions aboutissent ) souvent à la formation de varices, dont la fréquence dans la goutte avait été indiquée par tous les anciens auteurs. Les poussées ' aiguës de 2)hlébite, les thromboses veineuses, étudiées par Paget, Tuckwell et que nous aurons à décrire plus longuement ailleurs, trouvent leur explication dans cet état morbide du système veineux.

. b. Artères. — L’artérite chronique, l’artério-sclérose, l’athérome,

I ces différents degrés du même processus d’indammation chronique i des artères, se rencontrent à l’autopsie de la plupart des goutteux; l’incrustation ossiforme des gros troncs y est aussi fréquente. La démonstration péremptoire de la nature goutteuse de ces altérations, c’est-à-dire de l’existence de l’uratede soude dans les dépôts athéroinataux, n’aété faite que dans quelques cas. CaiTod dit, il est vrai, avoir examiné les dépôts crétacés développés sur les parois I de l’aorte, chez plusieurs goutteux présentant d’ailleurs de volumi-

lieuses tumeurs topliacées, sans pouvoir y découvrir jamais trace d acide urique. Les seuls cristaux qu’il y a rencontrés sont des uistaux de cholestérine. Mais la présence de l’acide urique dans les concrétions de l’aorte thoracique a été constatée par différents

Schrœder

van der Kolk, Canslatt’s Jahresh., 1851, t. H, p. 40.

110 THAITÉ THÉOHIQUE ET PUATIQUE DE LA GOUTTE.

ailleurs, Maziiyer, Lantlerer, Bence Jones, Bramson L Landerer donne la composilion suivante d’un dépôt crétacé trouvé sur la face interne de l’aorte chez un goutteux - :

Acide urique 1-i

Phosphate de chaux G2

Carbonate de chaux IG

Carbonate de magnésie 2

Matière animale G

D’après G. deMussy, l’existence de l’atliérome chez un sujet jeune suffirait presque pour affirmer la nature goutteuse de la lésion. « L’immense majorité des cas d’athérome observés chez les individus encore jeunes, dit-il, s’est rencontrée chez des sujets qui avaient subi antérieurement des attaques de goutte ou dont les ascendants avaient été atteints par celle affection »,

Les conséquences de ces lésions artérielles sont les mêmes dans la goutte que dans les autres maladies où on les observe et nous devons nous contenter de les signaler. Dans l’aorte, elles donnent lieu à tous les symptômes de l’aoiTite, symptômes qui peuvent simuler un anévrysme comme Stokes en rapporte un exemple remarquable^. Elles peuvent même vraisemblablement aboutira la formation d’une dilatation anévrysmale. Localisée aux artères coronaires, celte artérite goutteuse produii’a des accès d’angine de poitrine ; dans les artères des membres elle expliquera la tendance à la gangrène sénile que présentent certains goutteux (Hutchinson,Gintrac, Ledwicb, Schœnlein). Enfin, dans le cerveau, elle déterminera les phénomènes habituels de l’alhéroine cérébral, dont le ramollissement est le dernier terme.

c. Cœur. — Les lésions cardiaques constatées chez les goutteux sont de plusieurs ordres et reconnaissent évidemment des causes diverses.

Pour ce qui est des lésions valvulaires proprement dites, elles sont rares. L’insuffisance aortique est peut-être la plus commune. En tous cas, le processus est différent de celui qui pré-

1. Mazuyer, De la présence de l’acide urique dans le sang considéré comme cause de la goutte, Arch. gén. de méd., 182G, t. XI, p. 132. — Bence Jones, The Lancet, 1856, p. 98. — Bramson, Zeitsch. f. ration. Medic-, 18-t5,

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