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I. DE l’acide urique AU POINT DE VUE CHIMIQUE

qo Préparation et propriétés. — L’acide urique, découvert par Scheele qui lui donna le nom d’acide lithique, parce qu’il le retira d’abord des pierres vésicales, s’extrait des excréments des serpents ou du guano, lequel consiste essentiellement, comme on sait, en urate d’ammoniaque. Le procédé d’extraction est le suivant : on fait bouillir ces matières avec une solution étendué de potasse ou de soude; la liqueur obtenue est filtrée; on ajoute alors un excès d’acide chlorhydrique, et l’on voit l’acide urique se déposer en flocons formés de pailleltes cristallines.

Extrait par ce procédé des excréments des serpents, l’acide urique se présente sous la forme d’une poudre blanche, neigeuse, cristallisée. Si on se sert du guano pour l’obtenir, l’acide se précipite sous forme de paillettes fortement colorées.

Ces cristaux sont sans saveur ni odeur. Nous reviendrons tout à l’heure sur leur forme, qui mérite une étude à part.

Insoluble dans l’alcool et dans l’éther, l’acide urique est à peine soluble dans l’eau. Il faut 14000 parties d’eau froide pour en dissoudre une partie; à chaud, avec une réaction légèrement acide, il n’en faut plus que 1 800.

Par contre, il se dissout facilement dans l’acide sulfurique concentré, et est précipité de sa solution par l’addition d’eau. Il se dissout aussi dans les alcalis en formant des sels neutres, et dans les carbonates alcalins en formant des urates acides. Enfin, avec le phosphate neutre de soude, il forme une solution acide de phosphate acide et d’urate acide de soude.

On précipite facilement l’acide urique de toutes ces solutions en ajoutant une quanlité suffisante d’un acide plus fort, l’acide chlorhydrique par exemple. Si l’acide est insuffisant, ce n’est pas de l’acide urique mais de l’urate acide de soude qui se précipite sous forme d’une poudre blanche.

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La précipitalion peut encore s’obtenir à l’aide du lactate de plomb.

Les réactions de l’acide urique sur les sels d’argent méritent d’être signalées. Si cà une solution d’acide urique dans du carbonate de soude on ajoute une solution d’argent, il se forme un dépôt noir. L’acide urique réduit l’oxyde d’argent. Ajoutet-on à cette liqueur une solution d’argent 'et d’ammoniaque, il ne se fait pas de réduction, mais, d'après Salkowski, il se forme une masse gélatineuse qui contient l’acide urique, la soude et l’argent.

2° Sels. — ■ L’acide urique forme avec les bases deux ordres de sels ; des sels neutres et des sels acides. Parmi ces sels nous citerons : l’urate de soude, l’urate de potasse, l’urale de chaux, l’urate de magnésie et l’urate d’ammoniaque. Tous sont remarquables par leur peu de solubilité dans l’eau. Il faut 603 parties d’eau froide pour dissoudre l’urate de chaux, 700 pour l’urate de potasse, 1100 pour l’urate de soude, 1600 pour l’urate d’ammoniaque et 3750 pour l’urate de magnésie. Ces différents sels sont toutefois beaucoup plus solubles dans l’eau chaude.

Vurate de soude est celui qui nous intéresse le plus. C’est sous cette forme que l’acide urique se trouve dans le sang, dans les urines et dans les tissus. D’après Pawlinoff, Ebslein, etc., c’est à l’état d’urate neutre qu’il existerait dans le sang. Sous l’influence de l’acide carbonique des tissus, l’urate neutre se transformerait en urate acide moins soluble, et c’est sous cette dernière forme que l’acide urique se déposerait dans les tissus.

L’urate de soude se rencontre dans toutes les urines. Qu’on concentre le liquide, si l’urine en contient peu, ou spontanément, s’il y a un excès d’urate, le sel se dépose par le refroidissement. C’est l’urate de soude qui constitue le sédiment critique des étals fébriles. Presque toujours il se précipite sous forme d’une poudre rougeâtre ou jaunâtre — sedinientum laleritium. — Les urines où il existe en excès contiennent d’ordinaire aussi un excès de matière colorante.

La solubilité plus grande à chaud qu’à froid — 124 parties d’eau bouillante pour une partie d’uratc au lieu de 1100 d’eau froide — explique comment les urines jumcnlenses des fébricitants s’éclaircissent si rapidement par la chaleur.

Les formes cristallmes de l’urale acide de soude sont assez variables suivant les comlilions où la cristallisation se fait.

TRAITÉ THÉORIQUE ET l'RATIQUE DE LA GOUTTE.

a. — Dans les dépôts briquelés, le microscope montre l’urate sous formes de granulations, isolées, en chaînettes ou en petits amas, qui ressemblent assez pour un œil peu exercé aux micrococcus de l’urine. Parfois les granulations peuvent se grouper par quatre, de façon à simuler des sarcines.

b. — Si on fait évaporer l’urine, l’aspect des cristaux est un peu différent; ils apparaissent comme des masses arrondies plus volumineuses, comme des boules semblables acellesde la leucine mais plus foncées et homogènes sans striation radiée.

c. — Enfin dans les tissus des goutteux, dans les tophus, dans les cartilages qu’il infiltre, l’urate acide de soude affecte des dispositions cristallines absolument différentes. Il apparaît alors sous forme d’aiguilles à six pans, en général disposées en étoiles autour d’uu centre, qui, dans les cartilages, est souvent une cellule caitilagineuse.

L’urate acide d’ammoniaque s’obtient quand on ajoute à l’urate acide de soude du clilorydrate d’ammoniaque. Ce sel constitue la plus grande partie de l’uriue demi-solide des oiseaux et des reptiles, laquelle se compose presque exclusivement d’urate d’ammoniaque et d’eau. Dans l’urine de l’homme, l’urate d’ammoniaque apparaît pendant la fermentation ammoniacale. Dans les urines, qui ont séjournées un temps suffisant a 1 air pour subir cette fermentation, on constate au microscope la présence de petites masses sphériques ou ovalaires, de coloration jaunâtre, laplupail hérissées de petites aiguilles, en forme de boules rugueuses ou épineuses : ce sont les formes cristallines de 1 urate d ammoniaque.

3“ Constitution et dérivés. — La formule de l’acitle urique est la suivante {C'^lVkzW). C’est un corps facilement oxydable On peut le décomposer par divers procédés.

fl. Par la chaleur. — Soumis à la distillation sèche à une haute température, l’acide urique se décompose en urée, en acide cyanhydrique et en carbonate d’ammoniaque.

b. Par les acides. — Quand on traite l’acide urique par 1 acide nitrique, il se forme des produits dont la nature varie avec la concentration de l’acide nitrique et le degré de la température. Ces produits sont : l’alloxane, l’acide parabaiiique, l’acide oxalurique, l’urée, l’acide oxalique. Tous ces corps, découverts par Liebig et par Wohler, ont en somme pour point de départ l'alloxane.

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Traité cà froid par l’acide nitrif|ue, l’acide urique donne de l’alloxane et de 1 urée.

L’alloxane, traitée à chaud par l’acide nitrique donne naissance à l’acide parabanique.

Celui-ci, en s’adjoignant de l’eau, passe à l’état d’acide oxalique.

Au contact de l’ammoniaque, une solution d'alloxane se colore en rouge pourpre, en formant des vapeurs de purpuratc d’ammoniaque ou de murexide, réaction caractéristique de la présence de l’acide urique dans un liquide.

Avec l’acide iodhydrique ou chlorhydrique fumant l’acide urique, h une température de 100 tà 70®, se change en acide carbonique, ammoniaque et glycocolle (Stricker)U

Avec l’acide sulfurique concentré, à une température de 110 cà 130®, Schultzen et Filehne ont aussi transformé l’acide urique en glycocolle

c. Par d’autres corps oxydants. — Une solution de permanganate de potasse, même à froid, décompose l’acide urique en allantoïne et en acide carbonique. A une température élevée, on obtient de l’acide oxalique et de l’urée.

Quand on fait bouillir de l’acide urique dans de l’eau tenant en suspension de l’oxyde puce ou. bioxyde de plomb, il se forme de l’urée, de l’acide oxalique et de l’allantoïne. La réaction est la même avec d’autres oxydes métalliques, tels que les oxydes de fer et de cuivre.

d. Stj7ithèse de Vacide urique. — Bien des chimistes ont essayé de reconstituer cet acide urique qu’on décomposait si facilement. Dans ces derniers temps, Horbaczewski prétend être arrivé à ce résultat vainement cherché pendant longtemps. Voici comme il procède. Du glycocolle pur et bien pulvérisé, provenant d’acide hippurique est mélangé avec dix fois son poids d’urée et de cyanate d’ammoniaque. On chauffe rapidement à 200 ou 250 degrés dans une capsule jusqu’à ce que le mélange complètement incolore soit devenu jaune brun, trouble et épais. On refroidit. — On dissout la masse dans une solution alcaline, à laquelle on ajoute du chlorhydrate d’ammoniaque, et on précipite par un mélange d’une solution ammoniacale d’argent et de magnésie.

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