Sli'ieker, Ann. (1er Ch. uml Pharm., Bd CXLI
2. Schullzon cl Filchnc, Derichl derdeuls. ckem. G-’xell., Berlin, 18G8.
r. TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE UE LA GOUTTE.
Le précipité, qui contient de l’acide urique, est lavé avec de l’eau ammoniacale et décomposé avec le suH'ure de potassium; on filtre. Le liquide qui passe est précipité avec de l’acide chlorhydrique. On refroidit, et on dissout le produit brut obtenu dans une lessive alcaline; on le précipite de nouveau; on répète deux fois ce traitement.
On obtient finalement une poudre jaune, qu’on lave successivement à l’alcool, au sulfure de carbone, pour enlever l’excès du soufre, et à l’éther. Le produit qui reste a tous les caractères de l’acide urique. 11 présente au microscope les formes caractéristiques de cet acide. Il réduit à chaud les sels alcalins et à froid les sels de cuivre et d’argent. Traité par l’acide nitrique à chaud il donne avec l’ammoniaque la couleur rouge de la murexide. Enfin l’analyse élémentaire aurait aussi donné à Horbaczewski des chiffres analogues à ceux de l’acide urique L
40 Formes cristallines. — Si on ajoute à une certaine quantité d’urine un peu d’acide chlorhydrique et qu’on laisse reposer la solution acidifiée dans un endroit frais, on trouve au bout de vingtquatre heures sur les parois du vase une fine poussière jaunâtre, qui, examinée au microscope, est formée de cristaux d’aspect particulier et caractéristique. L’acide urique, ainsi obtenu, quand il est parfaitement pur, se présente sous la forme de cristaux rhombiques aplatis, disposés en masse ou en traînées. C’est la forme ci’istalline typique et fondamentale de l’acide urique, un prisme droit à hase rectangle. C’est de là que dérivent toutes les autres formes des cristaux uriques. Mais il faut bien avouer qu’il serait parfois difficile de reconnaître le type primitif dans les figures et les dispositions bizarres qu’affectent le plus souvent ces cristaux.
La forme la plus régulière est le losange aplati ; par l’émoussement de ces angles, ce losange se déforme et aboutit à des formes arrondies, cylindriques, ellipsoïdales; les cristaux ont alors l’aspect de tambour, de barillet. Ce sont là des déformations facilement reconnaissables du type fondamental. Mais comment décrire les innombrables autres formes absolument irrégulières de l’acide urique? Comment donner une idée des mille aspects bizarres sous lesquels les cristaux apparaissent au microscope? Poignards, lames d’épée, sabres, baïonnettes, pierres à aiguiser, tonne de clou, d’épines, de faisceaux allongés, toutes les comparaisons ont etc
1. Horbaczewski, nenclit der deut.ich. chem. Gesell.. 1882, Bd Xï .
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épuisées pour figurer à l’espril quelques-unes des images conslatées. Ces différentes formes appartiennent aux cristaux formés isolément. Mais, dans d’autres cas, ces cristaux se réunissent en amas; ce sont alors des aspects encore plus bizarres. Tantôt d’un amas de cristaux formant boule partent, en divergeant dans tous les sens, de grands cristaux allongés, de longueur inégale, formant comme un rayonnement autour du nœud central. Tantôt les aiiiuilles prismatiques sont très fines et très courtes; elles se disposent autour de lignes régulières, formant des aigrettes et des rosaces; d’autres fois ce sont des aiguilles, plus ou moins longues, plus ou moins étroites, qui sont amassées en forme de faisceaux, et comme cerclées à leur partie moyenne par une ligne transversale, de façon à simuler une gerbe de blé. Parfois la partie moyenne du faisceau paraît homogène, les extrémités sont seules striées; on a alors l’image d’une petite boîte cylindrique remplie d’aiguilles dont les bouts passeraient aux deux extrémités.
Nous ne saurions avoir la prétention de décrire tous les aspects que peut revêtir l’acide urique. Ces quelques comparaisons suffisent pour donner une idée de leur variété. Il est plus intéressant de rechercher s’il existe des causes definies à ces modifications si nombreuses du type primitif. Cette recherche a été tentée par plusieurs observateurs. Les résultats obtenus ne sont peut-être pas d’une valeur absolue, mais ils méritent d’être indiqués.
Le premier point à éclaircir était de savoir si la quantité d acide chlorhydrique ajouté à l’urine n’était pas susceptible de faire varier la forme des cristaux. Pour le docteur Sansom ce premiei point est établi : l’excès d’acide chlorhydrique et la force de la solution d’urate influencent au plus haut degré la cristallisation de l’acide urique. Nous avons nous-même fait quelques expériences dans cet ordre d’idées, en traitant successivement 50 centimèties cubes d’urine par 5, 10, 15, 20 centimètres cubes d acide chlorhydrique. A 5 centimètres cubes les cristaux sont fendillés, irréguliers, en forme d’étui à aiguilles, de gerbe de blé. A 10 centimètres cubes, il y a encore de nombreux cristaux de ce genie, mais beaucoup ont la forme de prismes épais, réguliers, de cylindies, de barillets. A 15 centimètres cubes, on ne constate plus de ciistaux fibrillaires aux extrémités ; la forme qui prédomine est la foi me arrondie, avec l’aspect de boules fortement colorées en jaune lougeàtre et hérissées de prismes irréguliers de même coulcui. Avec 20 centimètres cubes, on n’a plus (luc des cristaux losangiques
aplatis, incolores, innombrables et très petits, afçglomci'cs en longues chaînes ou disposés en amas île Ibrmcs varices. On peut conclure de Laque l’acide urique cristallisé prend une forme d’autant plus pure que l’on emploie une plus grande quantité d’acide chlorhydrique.
Le temps pendant lequel on laisse reposer l’urine est encore d’après Beale une des conditions à noter dans les variations de forme de l’acide urique. Les cristau.v seraient d’autant plus réguliers que la cristallisation se serait faite plus rapidement; les formes bizarres appartiendraient surtout aux urines vieillies. Ord, dans les recherches dont nous allons parler, a remarqué que les cristaux du deuxième jour différaient des cristaux déposés dans les premières vingt-quatre heures. — « Et, ajoute-il, quand on conservait les cristaux pour un examen ultérieur, on les trouvait souvent complètement modifiés et devenus méconnaissables au bout de peu de jours '. »
Les expériences de Ord ont porté sur un autre côté de la question. S’inspirant des recherches de Rainey au sujet de l’inlluence des substances colloïdes sur les formes cristallines, l’auteur anglais a supposé que la variabilité des aspects de l’acide urique était peut-être en rapport avec la nature des autres éléments constituants de l’urine. Il a donc étudié les modifications que pouvait faire subir à la cristallisation de l’acide urique l’addition de substances albuminoïdes ou sucrées. A une solution d’acide urique dans de la potasse caustique il ajoutait soit de l’albumine de l’œuf, soit du sucre de raisin ou de canne ou bien une solution de gomme arabique, d’amidon, de gélatine. Il versait ensuite dans le mélange un excès d’acide chlorhydrique, et notait le lendemain, au microscope, les formes cristallines obtenues.
D’après ces expériences, la présence de l’albumine ou du sucre déterminerait de remarquables différences dans le mode de cristallisation. Dans les solutions sucrées, ce sont les formes lamellaires et micacées qui prédominent. Ord a retrouvé les mêmes aspects de prismes aplatis dans les urines diabétiques qu’il a examinées à ce point de vue. Il pense que l’aptitude du sucre à se combiner avec les autres substances cristallines et à modifier leur solubilité et leurs autres caractères rend vraisemblable l’explication
1. Ord, Sortie experimenVs relaling to lhe fonns assumed bij U rie Acid., St Thomas Hosp. Reports, 1870, p. 344. .
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suivanlo,à savoir qiio les dilTéronces observées dans les expériences avec les substances sncrces tiennent à quelque combinaison analos^iie de ces substances avec l’acide urique. Les cristaux colorés en jaune, déposés dans rurinc et si différents comme forme et comme caractères des cristaux incolores précipités des solutions artificielles, sembleraient indiquer d’autre part que les combinaisons de la matière colorante de l’urine avec d’acide urique ne sont pas sans inlluence sur le mode de cristallisation.
Dans les solutions albumineuses, les formes aplaties font défaut; ce sont des cristaux petits, épais, subcubiques, passant par degrés aux formes sphériques et arrondies, môme dans l’espace de vingtquatre heures. Quelques jours suffisent pour émousser tous les angles et toutes les arêtes vives de ces cristaux et pour les amener aux formes en cylindres, en tambours, en petits barils. C’est Là, pour Ord, une preuve remarquable de l’influence des substances colloïdes sur la neutralisation de la force de cristallisation. La présence de l’albumine dans les urines gênerait donc la formation régulière des cristaux uriques qui affecteraient surtout des aspects anormaux et bizarres dans les urines albumineuses.
Nous avons répété les expériences de Ord, en nous servant non d’une solution artificielle d’acide urique, mais d’urine même à laquelle nous ajoutions de la gélatine, de l’amidon, de ralbuminc ou du sucre. Voici le résultat de quelques-unes de ces expériences.
1“ Amidon. — En ajoutant à 100 cc. d’urine 15 cc. d’une solution concentrée d’amidon et en laissant reposer pendant vingtquatre heures, on obtient de très beaux cristaux jaunes d’acide urique, affectant la forme de losanges disposés en croix. Si à cette urine additionnée d’amidon on ajoute 4 cc. d’acide chlorhydrique et qu’on laisse déposer pendant vingt-quatre heures, on constate au microscope des cristaux en forme de cônes ou de barillets jaunâtres; par places, certains cristaux ressemblent à des stalactites.
2“ Sucre. — Dans 100 cc. d’une urine de pneumonique on verse 15 cc. d’une solution de sucre de canne. Au bout de vingt-quatre heures, on obtient des cristaux losangiques superposés et agglomérés. Les formes sont les mêmes si on ajoute 4 cc. d’acide cblorbydrique.
Sr Gomme arabique. ■— Xh ce. d’une solution de gomme sont ajoutés à 100 cc. d’urine. Après vingt-quatre heures, on trouve des
crislaux jaunes prismatiques, triangulaires, se rejoignant par leur sommet et formant ainsi des rosaces. Additionnée de 4 cc. d’acide chlorhydrique, celte urine donne de nomhreu.x cristaux cylindriques formés la plupart de fuseaux ou d’aiguilles agglomérées.
4“ Gélatine. — Les cristaux obtenus sont de forme losangique aplatie; les losanges sont superposés régulièrement. Avec 4 cc. d’acide chlorhydrique en plus, les cristaux sont de deux formes; à la surface du liquide, ils sont en forme de petits cônes allongés et agglomérés; au fond du vase, où la gélatine s’est amassée, ils sont surtout losangiques.
5° Albumine. — Dans 100 cc. d’urine, on ajoute 15 cc. d’albumine de l’œuf. Au bout de vingt-quatre heures on ne constate aucun cristal d’acide urique. Avec 4cc. d’acide chlorhydrique, des crislaux sont précipités ; ils sont jaunes, de forme cylindrique ou cubique, aux angles mal accusés, émoussés.
La fréquence des cristaux en forme de clous, de stalactites, de bottes d’épines, a été aussi indiquée dans les urines contenant des leucocytes, chez les individus atteints de pyélite.
Nous avons, d’autre part, recherché si l’addition dans l’urine d’acides différents avait quelque influence sur la forme des crislaux précipités. Nous avons expérimenté avec l’acide acétique, l’acide chlorhydrique, l’acide nitrique et l’acide sulfurique. Nous n’avons obtenu que des modifications peu marquées. L’acide acétique et l’acide chlorhydrique paraissent donner naissance aux formes plus régulières. Avec l’acide sulfurique, on obtient des cristaux fusiformes, presque incolores, d’un aspect grenu et quelques cônes tronqués. L’aspect grenu est dû à ce que les crislaux volumineux sont recouverts d’une foule de petits cristaux fusiformes ou losangiques qu’on distingue nettement à un fort grossissement. L’acide nitrique donne des formes irrégulières et imparfaites, des prismes et des débris de prismes striés, déchiquetés, ébréchés à leurs extrémités.
Bien que Ord ait signalé le rôle de la matière colorante de l’urine,
11 n’a pas recherché l’influence du pigment biliaire sur les formes cristallines dé l’acide urique. Nous avons, dans plusieurs cas d’ictère catarrhal, étudié au microscope les dépôts uriques obtenus par l’addition d’acide chlorhydrique. Au milieu des cristaux prismatiques et arrondis, nous avons souvent rencontré des formes aciculaires remarquables par leur longueur. Ces aiguilles égalaient parfois l’étendue en longueur de deux fois le champ du micros-
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copc. Très Unes d’ordinaire, cflilées aux deux exirémilés, elles étaient, dans d’aulres cas,renllées cà^un bout; quelques-unes étaient comme cassées à une de leurs extrémités, d’une cassure irrégulière et dentelée, et l’aiguille semblait constituée là par une série de fines lamelles stratifiées. A côté de ces aiguilles semblables à de longues lances, on en voyait de plus courtes, très fines aussi, réunies en une sorte de botte, de gerbe, comme par un lien circulaire.
Nous n’insisterons pas plus longuement sur ce point qu’il serait intéressant d’élucider complètement par une étude suivie des diverses urines hépatiques, ictériques ou cirrhotiques. D’après nos recherches peu nombreuses, il paraît évident que la biliverdine a une action réelle sur l’apparition dans Turine de certaines formes cristallines spéciales de l’acide urique. Ce fait serait d’autant plus important à approfondir que la formation de l’acide urique nous semble tenir par des liens étroits aux fonctions du foie. Une des expéi’iences de Ord se rapporte jusqu’à un certain point à ce sujet. Ord a cherché à établir l’effet de la présence du glycogène et du sucre hépatique sur l’acide urique. Voici cette expérience.
« Un morceau de foie frais de jeune bœuf fut broyé et bouilli dans l’eau. La décoction, après filtration, était claire, d’une couleur foncée, réduisait l’oxyde de cuivre et donnait par l’acide chlorhydrique, un précipité dense et amorphe formé surtout de glycogène. A une partie de cette décoction on ajouta une forte solution d’acide urique dans de la potasse, et ensuite de l’acide chlorhydrique en excès comme d’habitude. Dans le précipité, mélangé à la matière glycogène, on trouve des cristaux lamellaires avec un contour brisé par places. La quantité de cristaux déposée ne correspondait nullement à la quantité d’acide urique employée, aucun précipité ne s’était en fait produit quand on s’était servi de la solution urique ordinaire. 11 faut conclure de là que l’acide urique avait, pour une part, formé avec certains éléments conslituants de la décoction quelque composé difficilement cristallisableL »
Bien que la description des cristaux lamellaires trouvés dans la solution laisse à désirer et que la figure jointe au texte paraisse se rapporter plutôt à des cristaux de cholestérine qu’à des cristaux d’acide urique, cette observation mérite d’ètre rapprochée de nos rccbercbes au sujet de l’influence de la biliverditie sur la