‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 52 sur 226 · Critchett, Med. Times and Gaz., 1858, t. I, p · texte numérisé non relu

Critchett, Med. Times and Gaz., 1858, t. I, p

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

! pliério de I;i moelle, sur une hauteur de trois à quatre ceuti- \ mètres L

I Cette même observation d’Ollivier est uu exemple remaiajuable de { dépôts uraliques sur toute la longueur du revêtement fibreux de j l’axe spinal. Graves ® et Albers^de Bonn, avaient rapporté plusieurs ^ cas de coucrétious d’apparence crétacée déposées à la surface de 1 la dure-mère, entre cette membrane et la colonne vertébrale. Chez I les malades d’Albers, qui avaient présenté des troubles de la motilité et de la sensibilité, il existait en outre des lésions d’artbrile déformante dans les diverses articulations de la colonne. Mais I dans ces différents cas, l’examen microscopique et ebimique des I dépôts n’avait pas été fait; il restait donc un doute sur leur nature j calcaire ou uralique. L’observation d’OUivier ^ ne permet plus de douter qu’il s’agit bien réellement de concrétions d’urate de soude. L’examen microscopique aussi bien que les réactions chi- ■ iniques caractéristiques montraient le même sel dans les dépôts mei uingés que dans les dépôts articulaires. 11 s’agissait d’un homme I de quarante-cinq ans, ayant eu successivement de nombreuses I attaques de coliques néphrétiques et de goutte articulaire et pré- I sentant des topbus au niveau des jointures et aux cartilages des oreilles. A l’autopsie, toute la surface externe de la dure-mère, comme le montre la planche jointe à l’observation, était parsemée de petites granulations blanchâtres formant en quelque sorte une couche uniforme, s’étendant de la troisième cervicale au canal sacré; le maximum de, confluence se trouvait vers le milieu de la région dorsale. Ces amas d urate se continuaient sur la plupart des gaines que la dure-mère fournit aux nerfs spinaux. Ils étaient tellement adhérents à la membrane fibreuse que le raclage ne I pouvait les en détacher. Il n’existait aucune lésion de la sub- : stance nerveuse médullaire, non plus que du cerveau ou de ses

i enveloppes.

Ce fait, rapproché de ceux de Graves et d’Albers fournit uu substratum anatomique à l’idée que Garrod n’avait émise qu’à titre I d’hypothèse, d’une inflammation goutteuse des méninges spinales pour expliquer certains phénomènes médullaires que nous aurons j à décrire plus loin.

' i. Ollivier, Cont. à l'élude de la goutte spinale, Arcli. pliys., 1878, p. 115.

2. Gravos, Clin- lectures, trad. IV. de Jaccoud, 1871, t. 1, p. 612.

; 3. Albers, /die marasmiche Knochengicht, deutscli. Klin., 1850, p. 289.

i 1. Ollivier, loc cil., p. 457.

120 TltAITÉ TllÉOmoUE ET PJIATIQIIE DE DA GOUTTE.

c. Encéphale. — Les accidents cérébraux qu’on peut observer chez les goutteux ne relèvent pas tous de lésions goutteuses du cerveau; on peut uiôine dire que les altérations encéphalif|ues qui se relient directement à la goutte sont exceptionnelles. 11 est aujourd’hui indiscutable que beaucoup do manifestalions cérébrales, dites apoplexie, épilepsie goutteuse, etc., sont des phénomènes urémiques dus à la néphrite interstitielle uralique. Ceci l'orme un premier groupe qu’il faut évidemment distraire anatomo-palbologiquemeiit des lésions encéphaliques de la goutte.

Dans un deuxième groupe, on doit placer les cas de ramollissement et d’hémorrhagie cérébrale que l’on rencontre chez les goutteux. Ce sont des lésions indirectes de la goutte, eu ce sens qu’elles relèvent de l’arlérile que nous avons indiquée plus haut. Mais ce sont bien des lésions goutteuses, au même titre que le ramollissement dû à l’artérite syphilitique rentre dans le cadre de la syphilis cérébrale.

Enfin les altérations réellement dues à l’acide urique, c’est-àdire les concrétions d'urale de soude, sont encore plus rares dans le cerveau que dans la moelle. Watson, dans la relation de l’autopsie d’un goutteux, parle d’un dépôt formé de matière crémeuse, semblable à de la chaux molle, siégeant à la face externe de la pie-mère; mais, dans ce cas, la nature chimique du dépôt n’est pas spécifiée. Schœnlein aurait au contraire constaté la présence de l’acide urique dans les concrétions trouvées à la surface des méninges cérébrales.

Enfin, dans ces derniers temps, Normann Moore a présenté à la Société pathologique de Londres une observation de dépôts nettement uratiques dans la pie-mère du lobe gauche du cervelet*.

Telles sont les lésions organiques que l’on rencontre à l’autopsie des goutteux. De ces lésions, les unes portent le cachet de la maladie, par suite de la présence des dépôts uratiques; elles sont la conséquence directe de la goutte. Les autres, d’aspect moins caractéristique, méritent le nom de lésions indirectes, elles relèvent secondairement de la goutte par l’intermédiaire d’une altération qui sert en quelque sorte de trait d’union et qui, le plus souvent, est une altération artérielle, l’artérite goutteuse.

Quant aux lésions que l’on peut observer du côté de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, phlegmon, anthrax, éruptions di-

1. Normann Moore, Palli. Socielij of London, 6 décembre 1881.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

verses, nous n’en parlerons pas ici pour ne pas nous exposer à (les redites inutiles quand nous aurons à traiter des manifestations cutanées de la goutte.

vit. GOUTTE CHEZ LES ANIMAUX ET GOUTTE EXPÉRIMENTALE.

L’existence de dépôts uratiques chez les animaux, même dans les espèces où l’acide urique forme la presque totalité de : l’urine excrétée, est un fait peu commun. Certains auteurs les ■nient absolument. Esser, professeur vétérinaire à Gœttingue, dit n’avoir jamais observé de goutte chez les animaux. Gleisberg, auteur d’un traité de pathologie comparée, conteste aussi la réalité des faits publiés sur ce sujet. Il croit que les cas de goutte - signalés chez les poules et différents oiseaux ne sont que des lésions articulaires, dues à des dépôts de chaux et non à des dépôts d’urate de soudeL

Nous devons toutefois indiquer un certain nombre d’observa- ; lions qui ne paraissent pas laisser de doute sur la possibilité

■ d’altérations fort analogues aux tophus de l’homme. C’est ainsi I que, chez les mammifères eux-mêmes, Bruchmullera constaté la I formation dans le périoste de dépôts uratiques pouvant atteindre' lia grosseur d’une noix. Il aurait trouvé ces dépôts chez un chien (de chasse dans plusieurs jointures et dans les cartilages des côtes.

La guanine, cette substance si voisine de l’acide urique, pourtrait aussi se déposer dans les tissus. Virchow en rapporte un (exemple; il trouva chez plusieurs porcs des dépôts de guanine mon seulement dans les muscles et les jointures, mais aussi dans : le foie.

Les muscles contenaient de nombreux points blanchâtres res- •semblant à des concrétions calcaires; mais traitées par l’aciile ■sulfurique, ces masses se dissolvaient sans dépôt de plâtre, elles

■ ne contenaient par conséquent aucun sel de chaux. Leurs réactions I rappelaient plutôt celles des dépôts d’urate de soude. Avec l’acide 'nitrique, il y avait dissolution facile sans formation de cristaux ;

avec l’acide chlorhydrique, la dissolution donnait naissance à des plaques quadrangulaires. Mais on n’obtenait pas ta cristallisation

1. Gleisberg, Lehrbuch der vergleieh, Path., Leipzig, 1805, p. 68i.

régulière de l’acide urique. La réaction caractéristique de la miirexide n’existait pas non plus. L’acide nitrique versé sur les concrétions les dissolvait; la solution cliaulTée à une forte température laissait un résidu jaune qni, traité par la potasse et la chaleur, donnait du purpurate.

AQrchow conclut de ces réactions que ces inasses disséminées dans les muscles étaient formés d’une substance qui présentait tous les caractères de la guanine, laquelle ne diffère, comme on .sait, de l’hypoxantbine ou sarkine que par un équivalent d’hydrogène et un équivalent d’azote.

En ouvrant l’articulation fémoro-tibiale, on constata dans les cartilages du l'émur, du tibia et de la rotule, dans les cartilages semi-lunaires et dans les parties ligamenteuses de l’articulation l’existence de plaques et de noyaux calcaires semblables aux concrétions topbacées des goutteux. Ces dépôts pénétraient à une certaine profondeur, sans altération de texture du cartilage. An microscope, ils apparaissaient formés, comme les dépôts musculaires, de fines aiguilles cristallines.

Ces concrétions furent retrouvées par Virchow dans les muscles et les jointures de deux autres cochons de AVestphalie; mais les lésions étaient moins prononcées. Toutefois dans le foie de ces deux porcs existaient des masses blanchâtres faisant corps avec le tissu hépatique et formées aussi de guanine.

Les propriétaires de ces animaux déclarèrent avoir depuis longtemps observé chez leurs cochons des lésions de ce genre. Mais aucun symptôme morbide ne paraît avoir été constaté en rapport avec ces altérations; les animaux n’ayant présenté ni douleurs dans les articulations, ni faiblesse, ni paralysie des membres, ni raideurs musculaires L

Mais c’est surtout chez les oiseaux et chez les reptiles que des lésions analogues à celles de la goutte ont été signalées. Charcot en a réuni plusieurs exemples empruntés à divers auteurs. D’après Aldrovandi, on trouverait, autour des doigts des faucons, des tumeurs formées par des amas de matière gypseuse Chez le perroquet, Bertin d’Utrecht a observé plusieurs fois sur les jointures du métatarse et des doigts antérieurs des nodosités cons-

1. Virchow, Gic.htconcreüonen im Schiueinefleisch , Yirchow’s Archiv, XXXVI, p. U7.

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