Ord, loc. cil., p
cristallisation de cet acide.- La combinaison formée par l’acide urique avec la matière colorante de la bile aurait de la tendance <à cristalliser sous une forme spéciale, distincte des autres formes de cristaux uriques. La combinaison formée avec le sucre hépatique serait au contraire difficilement cristallisable et dissimulerait même à l’acide chlorhydrique une notable quantité d’acide urique. On trouverait peut-être là, en poursuivant ces recherches, l’explication de certains faits relatifs à la diminution remarquable et même à l’absence de l’acide urique dans différentes urines, par exemple dans l’urine des diabétiques.
5“ Moyens de reconnaUre Facide urique. — Le procédé le plus simple pour reconnaître la présence de l’acide urique est la réaction qui aboutit à la formation de la murexide, — réaction de Scheele.
a. Par la murexide. — On verse le liquide où l’on soupçonne l’existence de l’acide urique dans une cap.snle; on ajoute quelques gouttes d’acide nitrique; on chauffe et on évapore; il reste un produit jaunâtre qui, au contact de l’ammoniaque, donne une magnifique couleur pourpre. Cette coloration lient à la formation de la murexide, sel ammoniacal, dont l’acide purpurique est inconnu à l’état libre.
b. Par les sels de cuivre. — L’acide urique étant dissous dans une solution de soude, si on ajoute quelques gouttes de liqueur de Febling et qu’on chauffe, il se produit de l’nrate d’oxydule de cuivre blanc. S’il y a excès d’oxyde de cuivre, il se forme de l’oxyde de cuivre rouge.
c. Par les sels d'argent. — Si on dépose quelques gouttes d’une solution d’acide urique dans du carbonate de soude sur un papier à filtrer imbibé de nitrate d’argent, on voit apparaître une tache d’argent réduit. Suivant la quantité d’acide urique la couleur de cette tache varie du jaune hrun au noir foncé (Schiff). Cette réaction n’a rien de caractéristique, car la réduction des sels d’argent n’appartient pas seulement à l’acide urique.
d. Par le chlorhydrate d'ammoniaqxte. — L’acide urique étant dissous dans un alcali, si on traite par le chlorhydrate d’ammoniaque on obtient un précipité gélatineux d’urate d’ammoniaque.
e. Par le microscope. — On porte la substance qu’on veut vérifier sur une lame de verre, on la dissout dans une solution de soude. On ajoute quelques gouttes d’acide acétique ou d’acide chlorhydrique, et il se forme aussitôt des cristaux d’acide urique,
DE L’AGIÜE URIQUE. 13
le plus souvent eu tublettes rliomboïdales à bords arrondis.
Tels sont les divers procédés qui permettent de déceler la présence de l’acide urique. On peut varier leur application suivant les circonstances. Ainsi on peut avoir à faire cette recherche dans l’iirine, dans les divers liquides de l’organisme, dans les tissus, dans le sang.
a. Acide urique dans l’urine. — La richesse en acide urique du liquide à examiner facilite notoirement sa mise en évidence. C’est ainsi que, pour l’urine, il suffit le plus souvent d’en prendre 100 cc., d’y ajoute 5 cc. d’acide chlorhydrique et de laisser reposer vingt-quatre heures. Il se forme des cristaux facilement reconnaissables au microscope.
Il faut toutefois savoir que certaines urines, riches en acide urique, ne donnent rien par l’acide chlorhydrique (Salkowski). Il faut alors avoir recours à la précipitation avec un sel d’argent. On additionne l’iiriiie, acidifiée par l’acide chlorhydrique, d’ammoniaque pour l’alcaliniser. On ajoute ensuite quelque peu d’un mélange de magnésie et d’ammoniaque. On filtre pour séparer le phosphate ammoniaco-magnésien, et au filtrat on ajoute une solution de nitrate d’argent. Il se forme un dépôt gélatineux dû à un urate d’argent et à une hase. Le chlorure d’argent blanc qui se forme souvent en même temps est facile à distinguer de l’urate, parce qu’il se dissout par le repos; si cette dissolution tarde, l’addition d’un peu d’ammoniaque suffit à la provoquer. Le volume du dépôt d’argent est en rapport avec la quantité d’acide urique.
b. Dans les divers liquides. — Le procédé par la solution du nitrate d’argent est le même.
On verse le liquide à vérifier dans dix fois son poids d’eau bouillante pour le débarrasser de l’albumine. On filtre et on réduit au quart le filtrat et l’eau de lavage. On alcalinise avec do l’ammoniaque et on ajoute un peu de magnésie. Après une demi-heure de repos, on se débarrasse du phosphate ammoniaco-magnésien par le filtre; puis on ajoute la solution d’argent.
c. Dans les tissus. — Quand on veut rechercher l’acide urique des tissus, il faut de même commencer par les débarrasser de leur albumine. Pour cela, on les coupe en tranches minces et on les soumet à la coction dans de l’eau à 45 ou 50°. On traite ensuite comme ci-dessus.
d. Dans le sang. — Ici deux procédés peuvent être mis en
l/l TllAlTÉ THÉOUIQUE ET l'HATlQÜE DE LA GOUTTE.
usage : le procédé chimique propremenl dit, et le procédé, dit du fil, do Garrod.
Procéiié cliiiiiiqDc. ■ — • Oii réduit à siccité l’extrait aqueux obtenu avec le sang à examiner, puis on reprend par l’alcool à 85°. On filtre, on évapore au bain marie, et le résidu est traité, comme il a été indiqué plus haut, par l’ammoidaque, la magnésie et la solution d’argent. On arrive ainsi, d’après G. Salomon, à constater la présence des plus faibles quantités d’acide urique dans le sang.
Procédé du fu. — Ce procédé appartient à Garrod qui l’a désigné sous le nom d'expérience du fil pour la recherche de l’acide urique. D’une manière générale, il suffit aux besoins du clinicien et ne présente aucune des difficultés de l’analyse ebimique. Voici en quoi il consiste : on verse de 4 à 8 grammes de sérum sanguin, obtenu par une saignée locale, dans un verre de montre très aplati. On ajoute au sérum une certaine proportion d’acide acétique, la quantité indiquée par Garrod estde0g"',35 pour 3 grammes et demi de sérum. Il se produit alors un dégagement de quelques bulles de gaz. Ce mélange fait, on y plonge quelques brins de fil, extraits d’un morceau de toile ouvrée; quelques brins de charpie fine peuvent suffire. On met alors le verre de montre à l’écart dans un endroit frais jusqu’à ce que le sérum soit coagulé ou presque sec. Le temps nécessaire pour que l’opération soit terminée varie de cinquante à soixante heures, suivant le degré de sécheresse ou d’humidité de l’atmosphère. S’il y a un éxcès d’acide urique dans le sang, cet acide se déposera sous forme de cristaux le long des fils, de manière à rappeler la disposition bien connue du sucre candi. En regardant les fils au microscope à un grossissement de 50 à 60 diamètres, on distinguera facilement les cristaux rhomboédriques aplatis, disposés en traînées allongées; ces cristaux seront plus ou moins abondants suivant la quantité d’acide urique contenu dans le sang
On peut, au lieu du sérum sanguin se servir de la sérosité obtenue par l’application d’un vésicatoire. Le procédé ainsi modifié est peut-être moins sensible; mais il donne encore des résultats suffisants dans la plupart des cas de goutte.
Quel est le degré de sensibilité du procédé de Garrod? En d’autres termes, quel minimum d acide uiique doit-il exister dans le sang pour que des cristaux se déposent le long des fils? L auteur anglais a essayé de répondre par quelques expériences à cette
DE L’ACIDE URIQUE. 15
question. Il a ajouté do l’urate de soude en proportions diverses et déterminées au sérum du sang provenant d’un sujet sain. Voici le tableau qu’il donne et qu’il nous paraît utile de reproduire :
1' 65 grammes de sérum avec addition de ^
üa',0013 d’acide urique (
2“ 65 grammes de sérum et O05ÜÜI6 d’acide (
urique f
3" 65 grammes de sérum et Ou'', 0019 d’acide (
urique (
4“ 65 grammes de sérum et 0»50026 d’acide 1
urique (
5° 65 grammes de sérum et 0^50032 d’acide (
urique (
6° 65 grammes de sérum etOor,ü039 d’acide (
urique j
7° 65 grammes de sérum etOu"', 0052 d’acide ( urique (
8° 65 grammes de sérum etOo^OOOS d’acide ( urique I
9° 65 grammes de sérum et O»'’, 01 3 d’acide ^ urique j
Il n’y a pas de dépôt d’acide urique.
Deux ou trois cristaux se sou déposés sur le fil.
Quelques cristaux.
Plusieurs cristaux.
Les cristaux sont assez rapprochés sur le fil.
Le fil est à peu près couvert de cristaux.
Très nombreux cristaux.
Beaucoup plus de cristaux que l’on n’en rencontre d’habitude dans le sérum.
Le fil est entièrement recouvert d’acide urique et, en outre, de nombreux cristaux se voient çà et là dans le sérum.
On voit d’après ce tableau qu’il faut de 1 milligramme et demi à 2 milligrammes d’acide urique pour 65 grammes de sérum, indépendamment des traces qui existent à l’état normal, pour que le fil décèle la présence de ce corps. Au dessous de 1 milligramme et demi aucun cristal ne se dépose, à plus forte raison n’obtient-on rien avec le sang normal. D’après Garrod, la quantité d’acide urique qu’on trouve en moyenne dans le sang des goutteux, à l’aide de ce procédé, varie entre 3 et 11 milligrammes pour 65 grammes de sérum.