X..., âgé de cinquante et un ans
Pas de goulte dans la famille.
Au Sénégal violent accès de fièvre intermittente. ^
Coliques sèches et hépatite. ■ i
Gravelle et catarrhe vésical. ;
trente-deux ans première attaque de goutte au gros orteil, — '
limitée aux pieds pendant quatre ans.
Genoux pris consécutivement; puis les coudes, les poignets.
Au début une attaque par an, puis cinq à six chaque année.
Pas de saison pour les accès. La douleur, au moment des attaques, esl aussi vive le jour que la nuit.
Urine d’ordinaire trouble pendant les attaques; lorsqu’elle se clarifie c’est que l’attaque va cesser. .
Rien au cœur, ni au poumon; pas d’éruption cutanée.
Vers le mois de novembre 1882, le malade eut de violents accès de soif surtout pendant la nuit.
Les urines devinrent très abondantes, six à sept litres par jour.
C’est dans ces conditions que nous vîmes M. X... dont l’urine contenait 37 grammes de sucre par litre, et des traces d’albumine. Sous l’influence d’un régime approprié (alcalins, opium, fer, le sucre tomba à 15 grammes et la quantité d’urine ne fut plus que 2 litres par vingt- (|uatre heures.
Cet état se maintint jusqu’en mars. Survint alors une attaque de goutte qui dura huit à dix jours. Sous l’influence de cette attaque disparut toute trace de sucre dans l’urine.
Attaque à l’indicateur de la main gauche.
Le malade, qui est médecin, nous écrit que depuis cet accès de ^
goutte ses urines ont encore diminué, qu’il n’a plus de soif; que -,
l’état général est bon, sauf de la constipation qui n’est pas habituelle.
L’appétit ejt revenu; la somnolence de la journée a disparu et le sommeil de la nuit est bon. '
Eu moyenne avant l’attaque de goutte.
Densité 1031 t
Urée 16 \
Sucre 14.50
Pas d’albumine.
Par le fait d’une attaque de goulte disparaît la glycosurie.
DU SANG ET DES URINES DANS LA GOUTTE
Densité 1015
Urée 9
Ni sucre ni albumine.
La quantité des urines tombe à 1600 ce.
Ces altérations de Turine caractérisées par l’apparition de l’al- I buinine et du sucre qu’on rencontre d’une façon pour ainsi dire 1 toute passagère dans les cas de goutte aiguë peuvent s’accentuer davantage et devenir persistantes. C’est ce qu’on observe assez ; fréquemment dans le cours de la goutte chronique. Elles sont alors intimement liées à des lésions viscérales plus profondes,
I intéressant le rein ou le foie.
I C’est en effet dans les cas de rein goutteux qu’on a l’occasion de constater l’e.xistence de ces urines albumineuses, le plus souvent I abondantes, qui sont symptomatiques d’une néphrite interstitielle I compliquée de néplu’ite parenchymateuse. De même, c’est dans les cas de diabète lié à nue lésion hépatique que se rencontrent les urines qui contiennent du sucre en quantité plus o,u moins considérable, mais d’une façon continue; on se trouve alors en présence de maladies nettement définies que nous avons eu l’occasion de décrire dans notre traité des maladies des reins et dans notre ' traité du diabète et sur lesquelles nous ne jugeons pas à propos I de revenir.
î II peut se faire enfin que dans les cas de goutte articulaire aiguë ou chronique, on se trouve en présence de fausses albuminuries. Il en est ainsi lorsque la présence de l’albumine est due à une 1 inflammation des bassinets ou de la vessie. On constate alors que l’urine est alcaline et que tes sédiments qui s’y forment renferment, en quantité plus ou moins grande, des globules pyoïdes, du pus I même.
La connaissance de ces faits est d’une importance capitale,
I attendu qu’on peut alors s’expliquer très facilement la nature des • sédiments que contient l’urine dans ces cas. On y trouve en effet, j outre les globules purulents et le mucus, des graviers d’acide uri- I que, de l’urate de soude et des cristaux de phosphate ammoniaco- !i magnésien en quantité plus ou moins considérable. L’urine acide, i! à sa sortie du rein; et charriant des sables ou des graviers d’acide I urique, devient alcaline au contact des muqueuses enflammées sur ! lesquelles elle passe. Par le fait de cette alcalinité, se précipite le I phosphate ammoniaco- magnésien qu’elle renfenne parfois en
(réiiormes proportions ; on conçoit même qn’il puisse se former dans la vessie des calculs phospliatiques. Nous avons été à môme d’observer plusieurs cas de cette nature que nous relaterons à propos de la cystite.
Il peut même se faire qu’on ne rencontre dans les urines alcalines et muqueuses que des phosphates ammoniaco-magnésiens sans traces de sables uriques ; il en est ainsi lorsqu’on se trouve en présence d’une manifestation viscérale de la goutte, portant d’emblée sur la vessie. Cette manifestation qui peut alterner avec des manifestations articulaires, qui peut être remplacée par elles, est souvent d’une durée toute passagère et parfois l’on voit, au bout d’un temps très court, les urines reprendre leur caractère d’acidité et se débarrasser des sédiments phospliatiques. Nous en rapporterons des exemples à propos de la cystite goutteuse. '
L’urine, dans les cas où la manifestation goutteuse porte sur le rein ou la vessie, est trop fortement altérée par la nature de la complication pour qu’on puisse y rencontrer les caractères qui sont propres à la diathèse goutteuse, et qui sont nettement accusés, lorsijue la localisation se fait sur les jointures. Mais nombreux sont les autres viscères sur lesquels se lacalise parfois la diathèse goutteuse, et l’on est en droit de se demander si, dans ces cas, l’on constate du côté de l’urine les modifications qu’on y rencontre au moment des attaques articulaires. Le cei’veau, le poumon, le cœur, la peau, les muscles et le tube digestif peuvent être le siège de ces localisations. Eh bien ! il est un fait cà signaler : c’est que, lorsqu’on a affaire à une manifestation viscérale, on n’observe que rarement ces modifications, si tant est qu’on les observe. Le chiffre de l’acide urique et de l’urée ne baisse pas sensiblement au début de la manifestation; on ne constate pas davantage d’augmentation dans l’élimination de l’acide urique à une époque plus ou moins éloignée du début de la manifestation, et parfois, loin d’être diminuée, la quantité d’urine semble notablement augmentée. Ce qui fait dire au malade que ses urines sont nerveuses. Une fois seulement, chez un de nos goutteux atteint de céphalée intense qui céda au colchique, nous avons pu constater à l’apparition de la céphalée une diminution dans l’élimination des principes constitutifs de l’iirine. Mais souvent nous avons vainement chèrché cette diminution chez les névropathes goutteux. Chez l’un d’eux, atteint de névrose cérébro-cardiaque, nous ne l’avons rencontrée qu’une seule fois, alors qu’il eut une localisation articulaire. Chez nous-
DU SANG ET DES URINES DANS LA GOUTTE
I même nous n’avons jamais constaté, depuis notre dernière attaque J articulaire, de modification dans l’élimination de l’acide urique, s bien que nous ayons souvent éprouvé des malaises multiples, car- I diaques, gastriques et céphaliques.
Nous avons fait la même remarque dans les autres manifestations viscérales . de la diathèse urique, que ces manifestations aient intéressé le poumon, le tube digestif ou la peau; qu’il se soit agi de simples états congestifs ou de véritables inflammations, l’acide urique n’a présenté aucune modification, ni au début ' de ces manifestations, ni à une époque plus avancée. L’étude de l’urine n’en est pas moins très intéressante à faire. Elle contient toujours, dans ces cas, des proportions très notables d’acide : urique. Or cet excès d’élimination suffit parfois à lui seul pour donner l’éveil et faire soupçonner, chez .un malade qu’on ne con- I naît pas, l’existence de la diathèse goutteuse et par suite la nature de la maladie qu’on est appelé à soigner. Il nous est arrivé plusieurs fois de diagnostiquer, en présence de cet excès d’acide urique, la nature d’une entérite ou d’un catarrhe bronchique qui résistaient aux médications employées avec succès
d’ordinaire contre ces affections (opiacés, bismuth, révulsifs ). Il
nous a suffi alors d’avoir recours à la médication anti-goutteuse (colchique, salicylate, eaux minérales) pour arriver à triompher de ces maladies. Dans d’autres cas, ce fut la marche ultérieure des accidents qui vint confirmer notre diagnostic. Il nous est arrivé de voir céder ces manifestations à la suite d’une localisation articulaire. Nous avons fait la même remarque à propos de la pneumonie.
Nous avons de plus constaté, à propos de cette affection, que si, pendant le cours de son développement, l’élimination de l’acide urique ne présente aucune des particularités que nous avons signalées lors de l’attaque articulaire, il en est tout autrement lorsque cette inflammation vient à être jugée par une localisation articu- I laire. Cette localisation s’annonce par un abaissement dans l’élimination de l’acide urique, bientôt suivi d’une augmentation.
I En présence de cette particularité, que toute manifestation vis- 5 cérale goutteuse n’apporte aucun changement spécial dans la cons- I titulion de 1 urine, n est-on pas en droit de se demander si cette indifférence des reins n’est pas la cause de la ténacité et de la longueur que présentent parlois les manifestations viscérales. Il semble <iue 1 acide urique reste dans le sang à l’état de biurate et (|u’il continue, sous celte lorme, à provoquer l’état inflammatoire ou
congeslirdes organes. C’est peut-être à cette iiidilTérence du rein, dans les cas de goutte viscérale, qu’il faut attribuer le danger que présente, sous cette forme, la diathèse urique.
En somme et pour nous résumer en terminant cette étude sur la constitution des urines goutteuses, nous dirons :
Que la véritable caractéristique de la diathèse goutteuse est l’excès de l’acide urique dans les urines ;
Que cet excès se constate aussi bien dans la période qui précède les manifestations goutteuses, que dans le cours des localisations, que ces localisations soient articulaires ou viscérales.
Que cet excès d’acide urique s’exagère, au moment des localisations articulaires, après avoir baissé d’une façon remarquable au début de l’accès de goutte; que cette exagération dans l’élimination de l’acule urique se Riitau fort de l’attaque et non point à sa terminaison, comme le croyait Garrod.
Que si l’acide urique parait baisser dans le cours de la goutte chronique, articulaire ou viscérale, c’est que, dans ces cas, les malades sont épuisés et qu’on aurait tort de vouloir chercher la caractéristique d’une maladie, lorsqu’elle arrive à son déclin. La preuve que c’est bien l’acide urique qui, dans la goutte, constitue le corps du délit, c’est que, même dans les cas les plus accentués de goutte chronique, l’acide urique augmente d’une notable façon, au moment des attaques articulaires, bien que les manifestations en soient tout à fait apyrétiques.